Prédication sur Genèse 16.

Se ressourcer ou s’abreuver au regard de Dieu.

Vamos à la playa, c’est le titre de notre série estivale de prédications. Beaucoup de gens vont à la plage en été et certaines grandes villes comme Paris s’inventent des plages artificielles pour la saison. On y va se détendre, peut-être se défouler, en tous cas oublier la dureté du quotidien. On met de la distance avec ce quotidien. Les vacances créent un vide au lieu de notre présence habituelle.

Agar, elle aussi, part. Elle aussi met de la distance. De la distance avec le lieu où elle souffre de la dureté de Saraï. Elle finit par arriver à un puits, comme Jésus et la samaritaine, dans Jean 4. Mais, n’allons pas tout de suite au puits. Restons d’abord un peu chez Saraï et Abram.

Agar est partie. Restent Saraï et Abram, l’un face à l’autre. Saraï voulut utiliser Agar pour se faire un avenir, car en hébreu avoir un fils signifie aussi bâtir, construire. Abram pensait donner un coup de pouce au Seigneur pour qu’Il réalise ainsi sa promesse de lui donner une descendance aussi nombreuse que les étoiles. Agar est partie, emmenant avec elle l’enfant qu’elle porte, l’avenir de Saraï. Je me demande bien comment ils ont vécu cela : le projet conçu est avorté. Saraï a utilisé Agar, cela a donné un certain pouvoir à Agar qui s’est fait méprisante, Saraï en a eu de la crainte et puis de la haine. Et voilà que tout s’effondre.

Triste histoire. En même temps, histoire tellement banale, que nous avons peut-être déjà vécu nous-mêmes : une histoire d’abus. Il y a un tas d’abus possibles : abus physique, abus émotionnel, abus spirituel, abus de confiance. Il y a abus quand j’utilise quelqu’un ou que je suis utilisé par quelqu’un pour un but qui lui est propre. Quand j’utilise l’autre pour me construire, pour m’élever, pour m’assurer une position, un avenir, une situation. Ou que je suis utilisé pour cela par quelqu’un. Nous vivons cela parfois au travail, soit avec le patron, soit avec les collègues ; en société en général ; en Eglise (quand on t’utilise pour certaines tâches, et qu’on t’oublie ensuite ou que la personne qui t’a mise à son service se donne la gloire du travail accompli, etc.) ; en famille aussi, très souvent, trop souvent. Oui, parce que nous vivons dans un monde où la performance et le plaisir occupent une grande place, l’abus de nos personnes ou l’abus par nous des autres est devenu banal. Parfois, nous nous en accommodons. Comme Agar au début : porter l’enfant du chef du clan lui donnait un statu particulier, pensait-elle. Elle s’imaginait être devenue l’élément central du bonheur de sa maîtresse. Intéressant : en hébreu, le mot enfanter signifie aussi imaginer. Agar s’imagine une situation… des perspectives. Comme nous qui pensons que ceux qui nous utilisent nous en serons reconnaissants plus tard. Mais… comme pour Agar… ça finit souvent en vinaigre, en désolation intérieure. Agar, c’est tout un programme : son nom signifie la fuite. Egyptien signifie double oppression. Elle est de plus esclave. Une esclave enceinte en fuite, en route… quelle précarité. Précarité de se savoir utilisée, abusée, en ayant l’illusion de se croire nécessaire à l’autre.

Agar part, fuit. Et elle s’arrête à Shur. Shur en hébreu c’est le mur. Sa précarité l’a conduite au pied du mur. Et là… il y a un puits, une source. En hébreu, source c’est le même mot que œil.

Il y a des situations dans notre vie où nous sommes mis au pied du mur, où nous nous trouvons comme face à un mur à cause des abus dont nous sommes victimes, à cause qu’on nous a traités comme une chose et qu’on s’est laissé faire par la force des choses[1].

Agar arrive devant ce mur, et elle y trouve un puits, un œil, un regard, une écoute. Une présence mystérieuse. L’ange de l’Eternel c’est une manière de parler de Dieu Lui-même sans le nommer.

Oui, des fois, nous avons besoin de partir, de mettre de la distance d’avec ce qui nous fait mal, d’avec ceux qui nous font mal. Et Agar est magnifique… elle peut être un encouragement pour nous. Regardons en quoi.

Elle se laisse questionner. D’où viens-tu ? Où vas-tu ? Où en es-tu ? Que t’arrive-t-il ?

Elle se laisse regarder par l’Eternel. Elle accueille son regard.

Elle se laisse changer par ce regard et ce n’est pas un petit changement qui lui est demander : retourner vers Saraï. Faire demi-tour.

Elle reçoit par la foi une promesse : de cet abus naîtra un fils, Ismaël, ce qui signifie Dieu écoute. Au sein de cet abus, tu découvriras que Dieu a écouté et vu ta souffrance.

Ce récit émouvant est un encouragement pour nous.

Les vacances (à la plage ou ailleurs) peuvent être occasion de mettre de la distance avec des situations difficiles où nous ne nous sentons pas reconnus. Parce que… nous avons besoin de reconnaissance. Nous ne sommes pas des choses. Et dans cette prise de distance… Dieu nous attend. Il nous attend près du puits, ce lieu de rafraîchissement, de repos et de vie. Il nous attend. Avec son regard, et avec ses questions. Recevons ce regard, ces questions, chacun, chacune là dans ce qui fait la réalité dont nous essayons de prendre distance.

Avec Agar, découvrons que Dieu est Dieu qui nous voit, le Vivant qui nous voit. Dieu qui te voit. Dieu qui t’attendait… là… à l’écart…

Il y a des regards qui fusillent. Il y a des regards qui font vivre et rendent confiance.

Le regard que Dieu pose sur nous est tjs un regard de vie.

Il voit la femme malade d’hémorragie, abusée depuis 12 ans par différents médecins… et il lui rend la vie… la confiance… la paix… la santé. Il voit David, le petit dernier de sa famille, petit berger… combien de fois a-t-il été abusé dans sa famille… lui la petite chose au service des plus vieux ? Dieu en fait un roi. Il voit Joseph abusé par ces frères, vendus comme esclave et il en fait le ministre de pharaon. Il voit Esther enlevée et emmenée dans le harem d’Assuérus : de cette situation d’abus il tire une libération pour son peuple. Il voit le centurion romain abusé par ses supérieurs, utilisés par ses supérieurs pour mettre à mort un innocent, qui découvre que Jésus est vraiment le fils de Dieu.

Dieu nous regarde. Il voit aussi comme nous sommes si souvent abusés par nos propres pensées, nos propres ressentiments, nos propres cinémas intérieurs, nos imaginations. Nous devenons les objets de ces pensées. Ton amertume te guide par le bout du nez. Ta tristesse t’envahit. Etc.

Là au pied du mur… il y a un puits. Là à la playa de nos prises de distance, il y a un puits. Dieu t’attend. Son regard t’attend. Son regard d’amour. Là un avenir de vie t’attend. Regarde et accueille son regard sur ta vie, son regard plein d’amour posé sur toi, son regard sur ta situation. Peut-être devras-tu faire demi-tour ? Peut-être rien ne changera dans tes circonstances… mais avec lui à tes côtés… tout changera. Avec sa promesse de vie… ton horizon sera différent.

Invoque, appelle l’Eternel qui te voit, le Vivant qui te voit. Même si tu pense que tu es kaputt, fichu, lui le Vivant, lui qui a vaincu la mort, lui qui règne pour les siècles des siècles… il te voit… et il va te communiquer son regard au travers des questions que tu te poses, ou qu’Il te pose. Le regard de Dieu posé sur toi deviendra source de vie, paix profonde, redirection assurée, promesse d’avenir.

Amen.

 

 

[1] Agar n’a pas eu le choix : elle a été traitée comme une esclave sexuelle.

2017-08-18T12:04:36+00:00
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