Prédication sur Jean 20,1-23. Dimanche de Pâques 2017.

Jésus enlevé à ma foi – Jésus retrouvé au-delà de mes doutes.

A la demande de ses proches, le bureau d’enquête du gouverneur diffuse l’avis de disparition suivant : Jésus de Nazareth, dit Christ, a disparu de son tombeau dans la nuit du samedi au dimanche de Pâque ; seul son linceul a été retrouvé. Marque particulière : profondes blessures dans le thorax, aux mains, aux pieds et au front. Toute personne pouvant fournir des informations est priée de prendre contact avec le bureau des affaires religieuses du gouverneur. Tel pourrait être l’avis de disparition émis par les forces de police de Jérusalem en ce 1er jour de la semaine après Pessah.

On a enlevé le Seigneur, tel est le cri de Marie-Madeleine face au tombeau ouvert. Marie-Madeleine est venue au tombeau tôt en ce matin de Pâques. L’évangile de Jean ne parle pas des autres femmes, ni de leur intention de procéder au rituel d’aromatiser la dépouille de Jésus. Cela n’a pas retenu l’attention de Jean. Serait-ce qu’il a perçu autre chose de la démarche de Marie ? Marie va au tombeau… et elle est catastrophée par la pierre roulée : elle n’entre même pas dans le tombeau. Tu penses bien… vendredi soir… des gardes avaient été postés devant la tombe au cas où quelqu’un s’aventurerait à voler le corps pour faire croire à sa résurrection. Et là… pas un chat… les gardes… volatilisés… juste un silence de mort en ce matin tôt. Pourquoi Marie est-elle venue si tôt ? Elle s’attendait à trouver un tombeau scellé et sous bonne garde. Mystère. C’est comme si elle voulait revenir sur le lieu d’un grand chagrin et pour continuer son deuil. C’est comme si elle revenait sur le lieu d’un grand mystère pour poursuivre son cheminement et qu’il manque soudain une pièce au puzzle. C’est comme si tu reviens sur les lieux du crime et que tous les indices ont été effacés. C’est comme si tu reviens sur tes pas parce que tu t’es perdu et que tu ne parviens pas à retrouver l’endroit où tu t’es trompé de chemin.

C’est terrible. Le Jésus de Marie-Madeleine, son Jésus, Son Seigneur bien-aimé, celui qui l’avait libérée et guérie, celui en qui elle avait mis sa confiance… il a disparu ! L’objet de sa foi a disparu. On a enlevé le Seigneur. Jésus disparaît, après sa mort, durant le temps où Marie s’est tenue à l’écart pour cause de sabbat. Et durant ce sabbat, il a dû se passer beaucoup de chose en Marie de Magdala: des questions suscitées par la mort de celui qu’elle croyait être le Seigneur, qui avait été son Sauveur; Jésus était-il vraiment qui il prétendait être ? Était-il vraiment celui qu’elle avait pensé qu’il était ? Aurait-il été un imposteur comme le proclamaient les religieux ? Etc.

Nous vivons, nous aussi des situations où Jésus le Seigneur semble avoir disparu de notre foi, où il semble nous avoir été volé, kidnappé. Ce sont des situations de vie, ou des moments de notre histoire qui font suite à des difficultés plus ou moins grandes… durant lesquelles nous avons été plongés dans la nuit. Dans la nuit du doute. Dans la nuit de la souffrance. Dans la nuit de la crise. Nous y avons perdu nos repères. Nous y avons perdu notre foi d’enfant. Car ce que nous avons vécu a secoué ce que nous avions cru croire jusque là. Nous y avons laissé notre innocence. Certains disent parfois : j’aimerais tant croire, mais je n’y arrive pas ou je n’y arrive plus. D’autres diront : Oui, je crois qu’il y a Quelqu’un là-haut… mais je ne peux pas en dire d’avantage.

Cela peut aussi nous arriver parce que notre réflexion, notre cheminement spirituel nous conduit sur un chemin de questionnement et de doute. Notre recherche spirituelle nous conduit à prendre parfois des détours… par d’autres spiritualités, par d’autres réponses, par d’autres chemins. On reste croyant, mais notre foi se modifie et on perd Jésus. Et il y a la pression du monde où l’on vit, avec l’évolution des croyances, l’évolution de notre vision du monde et des mœurs. Plusieurs aimeraient croire, mais en sont retenus par le discours ambiant. Tout cela peut faire disparaître Jésus de notre foi.

Pourtant… notre besoin de croire… reste. C’est comme si derrière les apparences de notre désarroi… l’élan de la foi se fait entendre malgré tout. Et on aimerait retrouver ce Seigneur, ce Dieu dont nous étions si proches. Cette foi d’enfant, toute simple. Même si Jésus semble avoir disparu. Souvenons-nous alors : la résurrection de Jésus est une bonne nouvelle. Rien ne peut nous l’enlever.

Et à un moment donné de notre existence, qui constitue une sorte d’aube nouvelle… Il fait encore nuit… nos questions sont encore là… nos doutes aussi… nos désillusions également… mais quelque chose est en train de bouger… nous prenons le chemin du jardin… de ce lieu où nous avions laissé Jésus au tombeau…

Et j’aimerais te dire ce matin que Jésus se tient là. Jésus se tient dans le jardin de tes désillusions et de tes questions. Tu es désabusé par la religion. Tu es dépassé par la violence de ce monde. Tu es habité par des questions existentielles graves. Jésus est là… tu ne le vois pas clairement, tu ne le reconnais pas, un voile couvre tes yeux. Mais il est là et il te dit : Pourquoi pleures-tu ? Raconte-moi ce qui te pèse, raconte-moi ta désillusion, raconte-moi tes doutes… Raconte-moi ton chagrin, ta révolte. Jésus est là et il te demande : Qui cherches-tu ? Que cherches-tu ?

Ecoute… L’entends-tu chuchoter ton nom là au fond du jardin de ton cœur ? Devant cette question sans réponse qui t’habite… Il prononce ton nom. Il te connaît. Il sait ce que tu vis… Mais il aimerait que tu puisses le lui dire, cela renouera ou approfondira ta relation avec Lui et  il pourra te conduire un pas plus loin.

Un pas plus loin en direction de la Paix. Cette Paix que lui seul peut te donner. Cette Paix qui dépasse tout raisonnement, toute réflexion, parce qu’elle émane de Sa Présence. Parce qu’elle est produite par Son Amour qui t’assure et te rassure.

Je crois que la présence de Jésus ressuscité parmi nous, et en nous, dans le jardin de notre vie, cette présence très réelle de Jésus, elle m’arrache à la tentation de vivre la foi comme un acte de consommation spirituelle. En effet, Jésus va nous dire comme à Marie-Madeleine : Ne t’agrippe pas ainsi à moi… Mais va vers mes frères et dis-leur que je monte vers celui qui est mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu. Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Recevez l’Esprit saint. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.

Vous savez… La résurrection de Jésus a chamboulé non seulement les disciples, mais l’histoire parce que désormais, Jésus veut vivre en chacun de nous par son Esprit Saint. Depuis 2000 ans, il vit en tout ceux qui accueillent son Esprit Saint sans lui faire obstacle. Jésus vit en toi et te dit : Je t’envoie comme le Père m’a envoyé. Je t’envoie être porteur de moi, porteur du Père aussi, porteur du Saint Esprit, porteur de ma présence, de mon action, de ma parole, de mon amour, de mon écoute. De mon pardon. Je t’envoie continuer mon œuvre. Pas tout seul, mais avec mon Esprit en toi. Ce même Esprit qui prononce ton nom tout au fond du jardin de ta vie. Ose aller. Ose croire. Ma Présence en toi est plus forte que tes questions, plus forte que tes doutes. Ce n’est pas à toi de mettre la main sur moi… je te demande juste de te laisser habiter par moi.

En conclusion, face à l’avis de disparition de Christ Jésus, on devrait pouvoir dire au bureau des affaires religieuses : Nous l’avons vu… il est bel et bien présent dans la vie d’un tel ou d’une telle, il est à l’œuvre dans la paroisse de Bulle et dans l’Eglise du  Saint Esprit. Et j’ai entendu sa voix murmurer mon nom, là, au fond du jardin de ma vie.

Amen.

2017-05-05T11:38:08+00:00
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