100% Jésus. Oui mais à quelle condition ?…

100% Jésus… voilà le slogan préféré d’un grand sportif, le footballeur brésilien Neymar, qui a offert à son pays la médaille d’or de foot au JO de cette année. Neymar s’est fait une habitude après ses victoires de mettre ce bandeau sur son front. Neymar dit en effet: La vie n’a de sens que lorsque notre idéal le plus élevé est de servir le Christ

[1].

Au-delà du fait qu’à titre personnel j’apprécie le bandeau de Neymar[2], sa démarche m’interroge : aurait-il mis le bandeau si le Brésil n’avait pas gagné contre l’Allemagne en ce 20 août ?

La grande question c’est : Jésus sert-il à gagner un match ou une médaille ? Sert-il mon succès ? Est-il au service de mes intérêts économiques ou personnels ? Est-il au service de ma santé, de ma sécurité, de mes prières ?

Cette question… le disciple Pierre se la reçoit en pleine figure et de manière assez violente à Césarée de Philippe, après avoir accompagné Jésus durant environ 2 ans et demi. Pierre, aussi, est 100% Jésus. Et puis, il a des raisons pour cela… : ça fait 2 ans qu’il voit Jésus enseigner avec autorité, qu’il voit Jésus opérer des guérisons et des exorcismes ; ça fait 2 ans qu’il voit Jésus remettre en boîte les religieux et leur tradition. Ah… et puis en plus… Pierre, comme les 11 autres, a été envoyé par Jésus faire ce que lui-même faisait : enseigner, guérir, chasser les démons et ça a marché ! Jusque là Jésus a répondu aux attentes de Pierre ; alors, oui, il est 100% Jésus.

Jésus ne dit pas à Pierre qu’il a tort, bien au contraire de le confesser Sauveur[3]. Par contre, Jésus interroge ses disciples… quand il leur dit qu’il va être rejeté, souffrir, être mis à mort, puis… ressusciter. Parce que le Messie selon Pierre, le Christ selon Pierre, c’est le Sauveur Tout-Puissant qui va mettre une déculottée aux Romains dont ils se souviendront. Il est le Sauveur qui va dompter ses adversaires, qui va rendre à Israël sa dignité et sa grandeur, et sa liberté, et sa prospérité.

Et voilà que Jésus laisse entendre qu’il n’est pas dans cette ligne-là. Il interroge : « Seras-tu 100% Jésus à l’heure de la maladie, à l’heure du deuil, à l’heure du chômage, à l’heure du rejet, à l’heure où tout va se liguer contre toi ? Seras-tu 100% Jésus à l’heure où les représentants du paganisme romains feront taire ton Jésus et détruiront le Temple ? » C’est tout le défi de l’Eglise persécutée actuellement ? Rester 100% Jésus quand l’EI te chasse de chez toi et viole ta fille avant de te tuer. Rester 100% Jésus quand tu as réussi à sauver ta peau de cet enfer et qu’arrivé en Europe, on te refuse l’asile… Un défi qui pourrait un jour devenir le nôtre… Seras-tu encore 100% Jésus quand les circonstances de la vie auront mis à mal l’idée que tu te fais de Jésus ?

Pierre est croyant, disciple de Jésus et pourtant, durant ces 2 ans et demi il se construit une image du Sauveur, une image du Christ, une image de Jésus, de Dieu qui ne correspond pas à ce que Jésus est. Il a mis son Jésus à son service, il a mis son Dieu au service de son idéal. Comme il nous arrive à nous aussi de le faire. Lui qui au début de sa vie de disciple avait suivi Jésus pour le servir, le voilà qui est passé devant son maître et souhaite que son maître le suive, que le Christ, le Sauveur le suive dans ses projets, ses idées, ses attentes. Et Jésus est très dur : il lui dit littéralement, adversaire, passe derrière moi et donne-moi la préséance[4].

Dans notre vie de disciple de Jésus, nous courrons le risque de faire de lui un maître à notre image alors qu’il veut que nous, nous soyons à son image. C’est là toute la question. Et parfois, nous vivons des circonstances qui nous confrontent à la fausse image que nous nous sommes faites du Seigneur Dieu… Parmi ces fausses images, voyons en quelques unes.

  • Dieu bien-être. C’est le Dieu qui est intéressé à ma guérison, à ma prospérité, à mon bonheur, à ma réussite, car Il est, je pense, glorifié par tout cela. Longtemps Israël, dans l’AT, avait cette conception de Dieu. Une image de Dieu que la maladie et l’épreuve peuvent anéantir…
  • Dieu magicien-arrangeur-protecteur. Je fais appel au Seigneur pour résoudre mes petits problèmes, ma place de parc, protéger mes biens, et rattraper mes erreurs. Je ne suis pas sûr que le Seigneur soit prioritairement intéressé par cela. Je ne dis pas non plus qu’il ne le fait.
  • Dieu noir-blanc. C’est ce Dieu en qui je crois et qui me permet de cataloguer l’humanité, mes voisins, mon entourage entre bons et méchants, pécheurs et rachetés, sauvés et perdus. Lire attentivement la Bible pourrait bien mettre à mal cette idée. Et l’attitude surprenante envers nous de certaines personnes que nous avions blacklistées aussi.
  • Dieu béni-oui-oui. Dieu de la tolérance du tout-le-monde-il-est-beau-il-est-gentil… et du on-ira-tous-au-paradis. C’est le sous-produit de la Réforme dont la grâce s’est muée en grâce à bon marché, voire en indifférence.

Et chez toi, Jésus… il te sert à quoi ? Ose cette question avant que les circonstances de la vie s’en chargent. Quand et pourquoi es-tu 100% Jésus ? Marc écrit prioritairement pour les chrétiens de Rome au moment du martyre de Pierre et de l’arrivée d’un vent de persécution. L’auteur du Psaume 30 nous rappelle qu’il nous semble parfois que Dieu se retire de notre vie, ou qu’il nous retire de son agenda, de ses bons papiers… et que tout va de travers…

Il est bon de se souvenir de ceci : ni l’auteur du Psaume 30, ni Jésus, ni Pierre ne font marche arrière au moment où tout se complique. L’auteur de Psaume 30 se tourne encore plus résolument vers le Seigneur dans sa prière. Et Pierre aurait pu dire à Jésus : Si après tout ce temps passé ensemble tu me traites de Satan, va promener, moi je te laisse. Mais, non… Pierre reste là fidèle, en recherche…

L’image que Jésus donne de Dieu est radicalement différente de tout ce qu’on aurait pu imaginer jusqu’là. Il se mit à enseigner 31  qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. (…). 34  Puis il dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui–même et prenne sa croix, et qu’il me suive ».

La Croix que nous sommes appelés à saisir… ce n’est pas forcément nos souffrances. Pourquoi Jésus va-t-il en croix ?.

Jésus vient faire briller l’Amour de Dieu dans la pire des situations qui soit : une situation désespérante de souffrance, d’injustice, de cruauté et d’incompréhension ; une situation où tout, à priori, semble perdu ; une situation des plus sombres : la mort. Pas la mort de qqn de 100 ans qui est dans l’ordre des choses : la mort d’un homme de 33 ans, d’un fils qui plus est, sous les yeux de sa mère. Après un procès expéditif à la chinoise. Et c’est là que Jésus fait briller l’amour de son Père. Et c’est ce que le centurion ayant supervisé l’exécution discerne quand il dit : Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu (Marc 15,39).

On retrouve ce sceau de l’action divine tout au travers de la Bible. Dieu choisit un petit peuple pour briller dans ce monde au travers de ses tribulations. Il nous appelle à cela.

Se charger de sa croix… ce n’est pas prendre plaisir dans la souffrance et l’épreuve. Ce n’est pas les choisir non plus. Se charger de sa Croix, c’est, je crois, vivre ce que j’ai à vivre en laissant le Saint Esprit qui a ressuscité Jésus briller auprès de moi et en moi pour les autres. Ce que je vous dis là, je suis bien conscient de devoir moi aussi l’apprendre.

Pierre va l’apprendre et ces 2 lettres sont pleines de cela : laisser Christ transparaître dans nos difficultés afin que cela serve de témoignage aux personnes qui ne connaissent pas encore sa réalité. Le martyre en grec c’est le témoin. Se charger de sa Croix c’est choisir d’affronter mes situations de vie difficiles en demandant au Seigneur de briller au travers de moi. C’est vrai… ça engage… ça engage ma vie… C’est tout le contraire de s’en aller… de se désengager… Judas s’est désengagé. Pierre non. Pierre dira devant le désengagement de plusieurs disciples : A qui irais-je, tu as les paroles de la vie éternelle[5]. En d’autres mots : Je vois bien qu’il y a en toi quelque chose de vrai, de vital, d’authentiquement vital et sain/t… qui me donne envie de vivre et d’espérer malgré tout, envers et contre tout. Je veux vivre moi aussi cela… Tu as les paroles de la vie éternelle.

Notre Dieu n’est pas à notre image ni à notre service : il se donne à vivre au sein de nos fragilités ; il se donne à vivre au sein de nos difficultés ; il se donne à vivre face à l’opposition dont il est l’objet et dont nous pouvons être l’objet parce nous sommes ses disciples. Le disciple n’est pas plus grand que son maître. Le disciple apprend à être 100% Jésus comme Jésus a été 100% AbbaPère dans la nuit humaine. Notre Dieu est un Dieu surprenant qui du sein du renoncement à notre prétendu droit au pouvoir, au bien-être, à une vie facile… là… il va briller… là il va se révéler comme nous ne l’attendions pas… mais de manière plus éclatante encore.

Nous fêtons le Jeûne Fédéral institué après la guerre du Sonderbund ayant opposé cantons protestants et catholiques. Le général Dufour a marqué durablement notre histoire parce qu’à la victoire de l’armée fédérale protestante, il a souhaité l’amnistie ou la quasi amnistie des cantons catholiques. C’est ainsi qu’il a transformé ce qui devait être une guerre civile en grande réconciliation. Dans une situation des plus difficiles, il a su faire briller une des marques de fabrique du Christ : le pardon.

Jésus n’a pas mis de déculottée aux romains… pourtant du haut de la croix, il a mis le centurion à genoux.

100% Jésus… Même si le chemin que Dieu semble prendre avec toi ne te convient pas ?…

Amen.

 

 

2016-11-08T15:53:32+00:00
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