Prédication sur Ge 24,1-27 .

Se ressourcer dans l’activité.

En ce 20 août, alors que la période des vacances d’été va s’achever, il est peut-être trop tard pour dire vamos à la playa. Cette plage caricature du repos et de la détente, ressourcement pour beaucoup. Il est plutôt temps de revenir de la plage vers la vie sérieuse, active, au rythme effréné. Cette vie de parents qui vont de nouveau devoir jongler entre boulot et vie de famille, en veillant à garder du temps de qualité pour soi et les siens. Parfois, d’ailleurs, on revient de vacances avec de bonnes résolutions qui vont durer un temps… juste un temps. Finalement, l’idéal ne serait-ce pas de pouvoir se ressourcer durant toute l’année, même au sein de nos activités et de nos responsabilités?…

En tous cas, l’histoire du serviteur d’Abraham n’est pas de tout repos… et pourtant elle donne l’impression de sérénité.

Abraham confie l’avenir matrimonial d’Isaac son fils à son serviteur le plus ancien, entendez par là l’homme qui le sert depuis le plus longtemps. L’homme qui connaît l’histoire de la famille, qui connaît aussi l’histoire d’Abraham avec son Dieu, le départ de Haran pour cette terre inconnue de Canaan, la promesse d’un fils, d’un pays, etc.

Le chapitre 24 de Genèse dresse de ce serviteur un portrait qui fait de lui un homme de parole, de fidélité, et d’action, un homme qui n’hésite pas, un homme efficace qui sait ce qu’il se veut. Il jure à son maître de lui obéir fidèlement, puis il part pour la Mésopotamie disposant des biens d’Abraham. Deux versets résument son long voyage de plusieurs jours (700 à 1000km) : 10 Le serviteur prit dix des chameaux de son maître et il partit. Ayant en mains tout ce que son maître avait de meilleur, il se leva pour aller dans l’Aram–des–deux–Fleuves à la ville de Nahor. 11 Il fit s’accroupir les chameaux à l’extérieur de la ville près du puits, à l’heure du soir, l’heure où les femmes sortent pour puiser. Et là il demande à Dieu de conduire les circonstances afin que son voyage réussisse.

Dans ce récit, pas trace de fatigue chez le serviteur d’Abraham. D’ailleurs pas trace de fatigue non plus chez Rebecca qui à la fin de cette journée abreuve le troupeau de l’inconnu en plus du siens. Pas une petite affaire sachant qu’un chameau peut boire 140 litres d’une traite et qu’il y en a 10 à satisfaire.

Bref, Rebecca et le serviteur nous donnent l’impression de légèreté et de fraicheur. Cela en contraste avec l’histoire d’Agar ou celle de la Samaritaine. Je me suis demandé pourquoi. Que nous révèle donc cette rencontre au puits ? Que s’y passe-t-il ? Vous vous souvenez : le puits c’est le lieu de la vie, le lieu de la source… c’est là qu’on y cherche ce qui est indispensable à la vie. Vous vous souvenez aussi que le mot puits traduit 2 mots différents en hébreu, l’un issu d’une racine signifiant explication, compréhension, l’autre signifiant aussi oeil, regard. Dans la Bible, on observe que ce qui se passe dans les histoires de puits est relié à recevoir un regard nouveau sur soi, sur l’autre, Dieu, la vie.

Le serviteur d’Abraham peut devenir source d’inspiration pour nous, afin qu’au milieu de nos responsabilités quotidiennes, le ressourcement suive. Cet homme fidèle et intègre envers son maître et ses convictions. Cet homme fidèle et intègre envers la promesse de Dieu faite à son maître. Cet homme s’efface, se rend disponible à son maître, à son prochain et à Dieu. Oui c’est ça! Ce serviteur arrive à ce puits et se met en disponibilité. Il met ses chameaux (son outil de travail) au repos et demande à Dieu de conduire maintenant les circonstances: il a fait sa part, il est venu de Canaan, maintenant à Dieu de prendre la relève. Éternel, Dieu de mon seigneur Abraham, fais-moi, je te prie, rencontrer aujourd’hui ce que je cherche et agis avec bienveillance envers mon seigneur Abraham ! Me voici placé près de la source d’eau.

Vous avez peut-être remarqué que le puits près duquel les chameaux ont été arrêtés est devenu source. Entre deux il y a la prière du serviteur. Voyons 3 points en lien avec cette prière.

1°. Me voici placé… Une prière qui n’invite pas à la passivité. Une prière qui est portée par une posture vigilante. En hébreu, ce mot placé comporte l’idée d’être installé, posté en position bien droite et ferme, un peu comme une sentinelle ou comme en position d’autorité. Le serviteur prie, mais il ne va pas se coucher en attendant que qqch se passe. Il prie, il demande un signe et agit en conséquence. Sa prière le rend actif. Sans prendre la place de Dieu, et en laissant une place pour l’autre. Le serviteur est venu jusqu’ici et il passe maintenant la main pour que d’autres prennent leur place. Me voici c’est aussi la réponse que donnent plusieurs personnages bibliques à l’appel que Dieu leur lance. Ici la réponse est donnée avant l’appel.

2°. Le serviteur permet alors à Dieu d’agir en sa faveur au travers de Rebecca et de sa disponibilité. Prier en laissant la place à l’action des autres. Découvrir que Dieu agit par d’autres en ma faveur; que Dieu agit par d’autres pour que sa volonté et sa promesse s’accomplisse dans ma vie. L’homme s’interrogeait en silence à son sujet, pour savoir si l’Éternel faisait, oui ou non, réussir son voyage.

3°. A ce puits qui devient source, Rebecca découvre qu’elle devient la personne ressource du Seigneur en faveur du serviteur; que Dieu agit par elle, que Dieu la prend dans son projet pour la famille d’Abraham.

La leçon que le serviteur d’Abraham nous donne n’est-elle pas qu’il intègre la prière dans son activité, dans la réalisation du travail qui lui est demandé, dans la responsabilité qui lui est confiée. Il y intègre la prière non pas comme solution de dernier recours, mais comme moyen de 1er recours. Il intègre la prière non comme oreiller de paresse à son impuissance, mais comme un appel à Dieu qui le met en position d’expectative active. Il intègre la prière non comme une sorte de démission, mais comme une prise de responsabilité où il y a place pour l’autre. Il s’attend à ce que Dieu utilise l’autre pour l’exaucer. Il fait donc une place à l’autre. Ce qui permet à l’autre de se découvrir canal de l’action de Dieu, voire plus: sujet incontournable de son action.

Serait-ce donc qu’au sein de nos tâches, de nos responsabilités, de nos obligations une source peut surgir? Oui si nous y intégrons par la prière le Seigneur et si nous nous disposons dans notre prière à recevoir l’exaucement par ceux que nous allons croiser, conscient que notre prière nous place aussi dans la position d’être une personne ressource pour ceux que nous allons croiser. Mon action, mon travail, ma fonction, mes responsabilités deviennent alors un lieu d’échange, le lieu où l’autre est instrument de la fidélité de Dieu dans ma vie et où je suis l’instrument de sa fidélité dans la vie de l’autre. Ce qui apporte le ressourcement au sein de mon activité c’est que je m’ouvre à cet échange consciemment, c’est que le regard que je porte sur mon activité change : ce n’est plus juste un travail, mais un lieu où Dieu se manifeste par moi et par l’autre.

Oui, au sein de nos tâches, une source peut surgir, quand nous nous disposons à accueillir l’action de Dieu, en y étant attentif. Son action au travers des autres pour moi et au travers de moi pour les autres.

Le puits devient alors source, car l’action de Dieu passe de l’un à l’autre, comme un grand courant de vie.

Amen.

 

 

 

 

2017-08-18T12:16:50+00:00
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