Un appel à devenir agent transmetteur du Règne de Dieu.

Introduction aux lectures.

Chers amis,

Je me propose dans les 4 prochains messages que je vous apporterai de méditer avec vous 4 étapes importantes du parcours spirituel de Pierre avec Jésus. Je vais principalement me baser sur l’évangile de Marc. Pourquoi ? Parce que selon la tradition des Pères de l’Eglise, Marc fut un proche de Pierre qui aurait écrit son évangile sur la base de ce que Pierre lui a raconté de Jésus. Marc laisse paraître 3 grandes étapes spirituelles de la vie de Pierre. La 4e nous la tirerons de Jean. Ces 4 étapes du parcours spirituels de Pierre, nous allons les retrouver dans notre vie :

1.      l’appel à découvrir une nouvelle dimension de la vie… dans ma vie…

2.     la confrontation à nos fausses images de Dieu…

3.     la confrontation à nos peurs et nos fragilités…

4.     la libération de la foi et de l’amour en nous…

J’énonce cela de manière peut-être trop succincte ainsi.

 

Marc 1

14 Après que Jean eut été livré, Jésus alla dans la Galilée ; il prêchait la bonne nouvelle de Dieu

15 et disait : Le temps est accompli et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle.

16  En passant le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient leurs filets dans la mer ; en effet ils étaient pêcheurs.

17  Jésus leur dit : Suivez–moi et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes.

18  Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent.

19  En allant un peu plus loin, il vit Jacques, (fils) de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient aussi dans une barque et réparaient les filets.

20  Aussitôt, il les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans la barque avec ceux qui étaient employés, et ils le suivirent.

21  Ils se rendirent à Capernaüm. Et, le jour du sabbat, Jésus entra dans la synagogue et se mit à enseigner.

29 En sortant de la synagogue, ils se rendirent avec Jacques et Jean à la maison de Simon et André.

30  La belle–mère de Simon était couchée, elle avait de la fièvre ; aussitôt on parla d’elle à Jésus.

31  Il s’approcha, la fit lever en lui saisissant la main ; la fièvre la quitta, et elle se mit à les servir.

 

Colossiens 3

1 C’est avec le Christ que vous avez été réveillés de la mort. Cherchez donc les choses d’en haut, là où le Christ se trouve, assis à la droite de Dieu.

2  Le but de votre vie est en haut et non sur la terre.

3  Oui, vous êtes passés par la mort, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu.

4  Le Christ est votre vie. Quand il paraîtra, vous aussi, vous paraîtrez avec lui et vous participerez à sa gloire.

5 C’est pourquoi, faites mourir ce qui en vous appartient à la terre : par exemple, mener une vie immorale ou impure, désirer des choses honteuses et mauvaises, chercher à avoir tout pour soi, ce qui est une façon d’adorer les faux dieux.
Ce matin, une fois de plus, nous avons baptisé des enfants, en mentionnant le fait que ce baptême est l’appel que le Seigneur leur lance d’entrer dans cette adoption qu’il leur offre. Appel qui demande une réponse, un oui ou un non. Il n’y a pas d’entre-deux. Un peu comme sur ce rivage du lac de Tibériade où Jésus passe.

Jésus passe… et la vie de Pierre et de ses compagnons est changée. Ils laissent leurs filets… Un père du désert disait : Lorsqu’un esclave voit un homme libre, il veut être libre. Lorsqu’un pauvre voit un riche, il veut être riche. Lorsqu’un soldat voit un général, il veut être général

[1]… Qu’est-ce que Pierre voit chez Jésus ?

Jésus répondrait-il à une aspiration profonde de Pierre ? Et si oui, laquelle ? Je ne suis pas Pierre pour répondre à sa place. Mais Pierre vit à un moment de l’histoire qui  n’est pas facile : la Galilée est en train de vivre les débuts d’un chamboulement culturel, avec une présence croissante des soldats romains qui impose la culture gréco-romaine, les valeurs et les religions gréco-romaines. L’archéologie montre que le 1er siècle coïncide avec une romanisation importante de la Galilée. Capernaüm abrite une garnison romaine. Tu es sûr de ne pas échapper aux impôts romains et aux réquisitions d’usage. Après Hérode le Grand, c’est au tour de Ponce Pilate de réprimer dans le sang la moindre velléité de révolte. Alors à quoi Pierre  peut-il bien aspirer?

Et voilà Jésus qui vient et proclame : Le moment fixé est arrivé, car le Règne de Dieu s’est approché ! Convertissez-vous et croyez la Bonne Nouvelle !  Et passant vers Pierre, Jésus le regarde, s’arrête et lui dit : Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d’humains. Pierre et ses amis laissent[2] alors leurs filets… pour suivre Jésus. Plus loin, Jésus prendra la main de la belle-mère de Pierre qui est souffrante de fièvre. Le grec utilisant l’imparfait cela peut signifier que cette fièvre était un était qui durait depuis longtemps. Et Marc dit que la fièvre laissa alors la femme. C’est le même verbe. C’est aussi le même verbe que dans la phrase du NP qui dit : pardonne-nous… comme nous pardonnons… C’est un verbe qui contient l’idée de ne plus aller avec, de quitter, de rompre les liens (c’est aussi le verbe utiliser pour le divorce). Le pardon c’est ne plus être lié à l’offense subie. Ici Pierre se délie de sa condition de pécheur… Sa belle-mère est déliée de sa fièvre… Il y a une libération. Une libération parce que Jésus dit : c’est maintenant le moment, c’est maintenant l’occasion favorable, c’est maintenant ou jamais… le Règne de Dieu est là… à ta porte… tu ne peux pas laisser passer l’occasion… il est là… Si le règne de Dieu est là, c’est qu’il y a plus à vivre… Il y a plus à vivre que de se tuer au travail… il y a plus à vivre que d’amonceler des richesses… il y a plus à vivre que de juste vivre en fonction de sa retraite… il y a plus à vivre que de craindre l’avenir… il y a plus à vivre que de craindre la maladie et la mort… il y a plus à vivre que de s’énerver à cause de  la géopolitique du moment… il y a plus à vivre que de se plaindre de tout ce qui ne va pas. Parce que Dieu et son règne sont là, à la porte de notre vie… et que si nous n’ouvrons pas… alors… on passe à côté de la seule chose qui pourra nous libérer. Cela ne veut pas dire qu’on va se retirer sur un petit nuage rose. Pierre est marié et devenir disciple ne va pas le dispenser d’assumer ses responsabilités de chef de famille… d’ailleurs combien de fois ne voyons-nous pas ensuite Jésus sur une barque… la barque de qui ? Celle des disciples.

Pierre saisit qu’il aspire à autre chose que d’être pécheur de poissons. Il découvre que son vrai appel, sa vocation véritable… ce pour quoi il existe… c’est devenir pécheur d’homme. Il ne sait pas encore ce que ça veut dire… mais il va le découvrir avec Jésus…

Jésus vient nous montrer que Dieu nous aime gratuitement, fidèlement, sans compter… qu’il est là présent à nos côtés… Que sa fidélité primera toujours. Que son amour aura tjs le dernier mot. Pierre va découvrir comment Jésus pèche les humains : en réveillant en eux l’assurance qu’ils sont aimés, acceptés, accueillis par l’Eternel, et que l’Eternel veut les relever, les restaurer, les remettre droit dans leur botte. Et participer à ce projet. En étant témoin de cet amour et de cet accueil. En l’exerçant.

Et si on réfléchit bien… pécher des poissons c’est les sortir de leur milieu naturel pour leur donner la mort. Pécher des humains c’est les sortir de l’eau pour leur éviter la noyade et donc la mort. C’est leur donner une chance de vie. Ce que Jésus met en œuvre dans son ministère.

Pierre découvre que quelqu’un croit en lui plutôt que de se méfier de lui. Il découvre que qqn compte sur lui. Il découvre que pour ce qqn, il n’est pas la vache à traire… il n’est pas l’objet à exploiter… Il découvre que le Seigneur Dieu croit en lui, lui fait confiance… Je te ferai devenir pécheur d’hommes. Ce devenir… Pierre va le vivre petit-à-petit : accueillir les lépreux, les traîtres qui collaborent avec les Romains, les estropiés en tout genre, les païens, les étrangers… etc. Apprendre à être porteur de vie dans la vie des autres.

Si Dieu croit en lui… Si Dieu croit en toi… cela demande effectivement une conversion quotidienne, une remise en question quotidienne. Je ne peux juste pas dire que je suis chrétien, chrétienne parce qu’un jour j’ai été baptisé ou confirmé… Faut pas plaisanter… le Règne de Dieu ce n’est pas 3 gouttes d’eau. Croire en Jésus, ce n’est pas adhérer à une tradition. Devenir disciple, ce n’est pas acquis comme un stempel sur ton passeport religieux. Devenir disciple c’est répondre à l’appel que Dieu te lance aujourd’hui… C’est pécher tes enfants pour qu’il découvre le règne de Dieu et cela t’engage.

Pierre et ses amis découvrent la bonne nouvelle du règne de Dieu qui s’invite dans leur quotidien, là au bord du lac. Et que cette occasion ne peut pas être perdue…

Jésus apporte le règne de l’amour du Père dans notre vie… il apporte le règne du pardon de Dieu dans notre vie… mais ce règne demande notre conversion, exige notre conversion. Si le Seigneur vient habiter dans ma vie, il me demande d’être prêt à le laisser modifier le regard que je porte sur la vie, sur les circonstances, sur les autres. Non pas parce que j’ai peur de Dieu… peur de son jugement… Mais parce que j’ai envie de connaître plus de sa présence, plus de son amour, plus de son règne, plus de son action… plus de sa paix… plus de sa joie… plus de sa douceur… plus de sa souveraineté… plus de sa maîtrise de toute situation. Et que j’ai envie d’être agent de ce règne ici-bas.

Enzo Bianchi, prieur du monastère de Bose, dit : La conversion atteste de la jeunesse pérenne du christianisme ; le chrétien est celui qui dit toujours : aujourd’hui, je recommence. Le chrétien et l’Eglise ont tjs besoin de conversion, parce qu’ils doivent tjs discerner les idoles qui se présentent à eux, lutter contre elles pour manifester la seigneurie de Dieu sur leur vie[3]. J’aime cette phrase : la jeunesse, la vigueur de mon christianisme se mesure à ma disposition à me convertir quotidiennement. Mon christianisme est mort si je n’ai pas cette envie d’accueillir le règne de Dieu dans mon quotidien. Mon baptême ne sert à rien du tout si je n’accueille pas le règne de Dieu dans mon quotidien.

Souvenons-nous de cela : c’est vrai que nous devons travailler et dur dur pour subvenir à nos besoins ; c’est vrai que nous avons besoin de la santé pour cela ; c’est vrai qu’il y a d’innombrables contraintes auxquelles nous n’échappons pas. Mais… que voulons-nous devenir ? Au fin fond de nous… il y a ce désir de ne pas nous laisser avoir par tout cela. Il y a ce désir d’être libres pour mieux… Parce que le Seigneur notre Créateur nous a fait pour ce mieux… il nous a fait pour que nous intégrions sa présence, son règne dans ce quotidien parfois pesant et frustrant. Il nous a faits pour que notre vie soit non seulement l’espace où il exerce son amour envers nous… où il manifeste sa présence auprès de nous… mais aussi pour que nous soyons l’agent par lequel il va exercer cette réalité dans la vie des autres. Etre pécheur d’hommes, c-à-d être porteur de vie, être favoriseur de vie, être accoucheur de vie dans l’existence des autres.

Amen.

2016-11-08T15:53:31+00:00
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