Prédication sur Luc 4,1-2 et 13-14 / Eph 4,30 – 5,2a / Ro 8,1-2 et 7-9 et 28-29

Quand l’Esprit me conduit dans le désert et la tentation.

Pentecôte, fête de la venue du St. Esprit. Le St. Esprit n’est plus un grand inconnu pour la plupart d’entre nous. Nous sommes une paroisse qui souhaite donner plus de place au Saint Esprit, nous sommes des chrétiens qui souhaitons vivre sa présence de manière plus forte. Mais au fait… qu’attendons-nous de lui ? Qu’est-ce que j’attends de lui si je souhaite plus de sa présence ? Qu’est-ce que nous souhaitons qu’il produise dans notre paroisse si nous lui faisons plus de place ? Qu’attends-tu de lui pour ta vie ?

Nous avons chacun nos attentes envers le St.Esprit : qu’Il nous donne la paix, qu’il nous guide, qu’il nous fasse connaître Jésus, qu’il provoque un réveil, qu’il rende vivante l’Eglise, qu’il suscite des conversions et des miracles, qu’il nous remplisse de joie. Qu’il mette l’Eglise au bénéfice de ses dons. En fait, très souvent, nous attendons du St.Esprit qu’il nous rende la vie chrétienne un peu plus authentique, mais avec facilité. Et là nous risquons d’avoir des sacrés surprises.

Dans le Nouveau Testament, une des actions du St. Esprit est totalement surprenante : il n’est pas seulement celui qui nous affirme comme enfants bien-aimés de Dieu – ce qu’il fait avec Jésus à son baptême – mais il est aussi celui qui nous conduit dans le combat, au désert de la mise à l’épreuve et de la sécheresse, dans une confrontation avec notre fragilité et nos zones d’ombres. Et il est celui qui nous y conduit, souvent après des étapes de notre vie où nous faisons preuve de foi, de confiance, de recherche de sa volonté, de disposition à aligner notre vie sur sa volonté.

Nous prions, nous voulons lui obéir, nous lisons notre Bible et voilà que le combat arrive, que nous sommes plongé dans un désert, dans une tourmente ; que nous trébuchons, nous nous trompons, faisons tout faux ; que nous sommes saisis par le doute, la peur, le questionnement. Et alors nous nous disons : Mais ce n’est pas possible… je veux vivre ma foi et je me casse la figure… je prie que le Seigneur règne en moi et sur ma vie et il semble que c’est le contraire qui se passe. Je demande le matin au Seigneur de m’aider à ne pas m’énerver avec un tel, le matin ça va, mais l’après-midi j’explose. Je demande au Seigneur de m’aider à pardonner, j’ai l’impression que ça va et soudain le ressentiment jaillit du fond de mon cœur. Vous avez sans doute déjà vécu cela.

C’est comme si demander au St.Esprit d’agir en nous, de se manifester d’avantage, de nous conduire plus avant nous cause des ennuis ou en tous cas, apparemment, n’aide pas. Ce qui repose la question de la justesse de nos attentes envers le St.Esprit.

Je pense pouvoir dire que Paul et Jésus nous présente le St.Esprit comme le divin coach. La Société romande de coaching définit le travail du coach ainsi : celui qui accompagne et aide une personne à réussir le changement qui lui est demandé[1]. Paul décrit ce changement ainsi : se défaire du vieil homme qui se corrompt sous l’effet de convoitises trompeuses et revêtir le nouvel homme créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité (cf. Eph 4,22-24 tob). Ce chemin de changement, de suivance de Jésus, de confiance en Lui et de mise en conformité avec sa personne n’est pas tjs facile.

L’apôtre Paul nous encourage, en même temps qu’il nous met en garde sur deux dangers. Voyons d’abord l’encouragement.

Nous savons, du reste, que tout coopère pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son projet (Ro 8,28nbs), à devenir semblable à son Fils. Ce verset que l’on met parfois à toutes les sauces se trouve dans un contexte qui parle du combat chrétien à vivre sa vie en conformité avec la volonté de Dieu. Ce verset est une promesse pour nous qui souhaitons vivre notre foi sérieusement et authentiquement : même nos combats, même nos échecs, même nos défaites, Dieu les fera coopérer à son projet de nous façonner à l’image de Jésus son Fils. C’est la promesse que tout coopère à notre sanctification, à notre transformation, à notre mise en conformité avec Jésus. Ces combats, ces échecs, ces faux pas, le St.Esprit les utilise pour mettre en lumière nos zones d’ombres. Il les utilise pour que nous le laissions nous habiter plus profondément, pour que nous ayons conscience que son travail n’est pas terminé, que nous avons besoin de lui, et qu’il y a encore des choses qu’il veut guérir en nous.

Nos déceptions face à nous-mêmes, devant nos faux pas sont une bonne chose, car elles nous révèlent une chose : c’est que notre vieil homme est encore actif, mais aussi que le nouvel homme en nous est aussi déjà actif.

Ne pas se décourager face à nos lenteurs, voire nos trébuchements. Luther dira que le Seigneur agit avec nous comme un père qui, parfois, demande à son enfant une tâche un peu au-dessus de ses forces pour le conduire à se rapprocher de papa et lui demander de l’aide. Luther dit aussi que lorsque nos prières aboutissent à l’effet contraire de ce que nous avons demandé c’est tant mieux, car Dieu ne peut agir que lorsque nous comprenons que ce n’est pas notre manière de faire ou ce que nous croyons être bon et juste pour nous qui prévaut. Alors ce qu’il sait être bon et la bonne manière peut entrer en action[2].

Dieu permet nos faux-pas pas pour que nous perdions la face, mais pour que nous prenions conscience d’un élément de plus à devoir travailler, à devoir conduire à la lumière de l’amour de Dieu pour nous. Il permet cela afin que nous percevions un élément de plus dont nous devons nous dépouiller, un trait de caractère de plus à travailler, une blessure qu’il veut guérir. Le St.Esprit est un coach qui opère par étape successive, par couche successive. Gentiment. Et il fait concourir cela à mon bien.

Paul, vivant cette réalité, s’est rendu compte que souvent il faisait le mal qu’il ne voulait pas et qu’il ne faisait pas le bien qu’il voulait et il nous partage sa découverte qui changea tout pour lui : Il n’y a maintenant plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ (Ro 8,1). Bernard de Clairvaux a cette belle phrase : en Jésus, nous sommes sortis de l’hiver, c-à-d de cette crainte sans amour qui nous fait connaître la volonté de Dieu mais n’épanouit personne dans la perfection. Lorsque l’amour survient, il chasse cette crainte comme l’été chasse l’hiver. Il ajoute que la foi en cet amour de Dieu qui se dispose à faire tout coopérer à notre bien nous permet de nous offrir à son émondage, à son chemin de changement et de guérison aussi[3]. Car le St. Esprit a pour objectif la vie et la paix pour nous, dans la ressemblance à Jésus.

Je ne peux terminer sans un mot sur la mise en garde que Paul nous adresse quand il écrit à plusieurs reprises : N’attristez pas le St. Esprit[4] (Eph 4,30). Certes, nous attristons le St.Esprit lorsque nous résistons à ce qu’il nous dit. Toutefois, le contexte de ce verset parle d’une autre manière d’attrister le St. Esprit : manquer de bienveillance les uns envers les autres. Non seulement j’attriste le St.Esprit, mais j’ai la possibilité d’éteindre son action dans la vie du frère, de la sœur en Christ qui est dans ce processus de laisser la ressemblance à Jésus se former en elle.

Mes amis, nous avons un rôle essentiel dans la vie des frères et sœurs : encourager, appuyer, fortifier… et veiller à ne pas juger ni condamner, veiller à ne pas laisser du ressentiment prendre racine en nous, veiller à ne pas médire de ce frère, de cette sœur qui a fait un faux-pas, qui s’est cassé la figure, s’est planté, qui s’est étalé de tout son long en trébuchant sur le chemin de l’obéissance au Christ. Car ce faux pas est le moyen par lequel une promesse se met en route : la promesse que cela va coopérer à la naissance encore un peu plus de la ressemblance à Jésus de cette personne. Notre rôle n’est pas d’empêcher la naissance d’un disciple. Notre rôle est de l’encourager. Médire sur qqn qui a fait un faux pas c’est semer du poison dans la vie de cet autre, mais à coup sûr c’est aussi étouffer la vie de l’Esprit Saint en soi-même et permettre à l’hiver de se réinstaller, comme dirait St. Bernard.

Comprendre d’abord que le St.Esprit travaille à tout faire coopérer dans notre vie – y compris nos faux-pas, nos moments d’incrédulité et nos passages à vide – en vue de la mise en forme de Jésus en nous… cela nous aidera à ne pas éteindre la vie du St.Esprit en l’autre qui se trompe, à ne pas l’enfoncer, mais à l’encourager et le relever. C’est ainsi que le printemps et l’été brilleront dans nos vies chrétiennes. Amen.

 

[1] D’après le site internet de la société romande de coaching http://www.srcoach.ch/.

[2] La vie des saints et des croyants au milieu de toutes les misères et des malheurs qu’ils endurent n’est rien d’autre qu’un jeu doux et aimable que Dieu joue avec nous à la manière d’un père qui demande parfois à ses jeunes enfants une tâche qu’Il sait au-dessus de leurs forces. Quand, malgré sa faiblesse, l’enfant fait des efforts pour réaliser la chose, le père l’aide ; il loue le zèle et la force de son jeune fils afin d’initier son garçon à l’obéissance et au partage de l’amour. A.Greiner, Martin Luther prédicateur, Excelsis, 2002, p.68-69.

Ce n’est pas un mauvais mais un très bon signe si le contraire de ce que nous demandons semble arriver. Et ce n’est pas un bon signe si tout arrive à souhait par suite de nos demandes. Et il ajoute : La raison de cela c’est l’excellence du conseil et de la volonté de Dieu qui dépasse notre entendement. Par son très bienveillant conseil, il nous rend capables de recevoir ses dons et ses œuvres. Or, nous sommes capables de recevoir ses œuvres et ses conseils quand cessent nos conseils et que nos œuvres sont au repos. Lorsque tout est désormais désespéré et que tout commence à arriver contre nos vœux et nos prières, c’est alors que l’Esprit vient en aide à nos faiblesses. Martin Luther, Œuvres, tome 12, Labor et Fides, 1985, p. 375

[3] Prier au quotidien, mai 2017, p51.

[4] Ou : N’éteignez pas le St. Esprit (1Th 5,19).

2017-06-18T16:00:59+00:00
X