Prédication sur sur Ez 36.22-35 et Mt 3.1-11.

Un ancrage solide. Une repentance confiante. Joie à voir Dieu nous reconstruire.

 

Chers amis.

Ce matin, la prédication porte sur le verset choisi pour présider à la nouvelle année. La promesse de Dieu choisie pour 2017 est comme un phare d’espoir et une balise d’orientation. Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair (Ez 36,26).

Cette promesse de Dieu parle de changement. Voilà qui est dans l’air du temps, où bien des gens aspirent au changement et le manifestent en déposant leur bulletin de vote dans les urnes. On l’a vu en Angleterre et aux USA où des secteurs entiers de la population ont l’impression d’avoir été oubliés par leurs gouvernements. Alors on opte pour un changement de pouvoir, espérant que ce changement de pouvoir amènera un changement structurel dans la société.

Ezéchiel vit une situation proche. Il fait partie de la 1ère vague d’Israélites que Babylone a déportés loin de la Judée dans la région du Kedar au sud de l’Irak actuel. Ces déportés aspirent au changement. Ils aimeraient retrouver leur pays et se sentent abandonnés par Dieu[1]. Quant à Jean-Baptiste, il vit une époque où les gens aspirent à la fin du règne d’Hérode le sanguinaire et au départ des Romains : leur espoir réside dans la venue du Messie, du Sauveur : les écrits juifs de l’époque témoignent de cette attente.

Jean-Baptiste annonce la venue de ce Sauveur qui baptisera le peuple non pas avec de l’eau mais avec l’Esprit de Dieu ; ce qui fait écho à la promesse faite par Dieu dans Ezéchiel. Jean-Baptiste et Ezéchiel ne nous voient pas comme les bénéficiaires passifs de cette promesse. Mais nous sommes impliqués dans sa mise en œuvre. Il s’agit pour nous de frayer un chemin au Seigneur. Le don d’un cœur nouveau passe par un changement de dispositions intérieures[2]. En effet, le cœur dans la pensée hébraïque est le siège de la pensée, de la volonté, de la réflexion, de ce qui porte à l’action.

Arrêtons-nous donc un instant sur cette promesse et l’invitation qu’elle contient, lesquelles nous sont proposés pour éclairer notre année.

Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un Esprit nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.

Cette promesse est au service d’un but : Je mettrai en vous mon esprit. Ainsi je vous rendrai capables de respecter et de faire ce que je vous ai commandé (v.27). Le Seigneur nous promet son Esprit Saint pour transformer notre cœur, quartier général de notre vie, ce lieu où s’élabore notre pensée, nos décisions, nos actions. Cela, c’est le but. Pour y arriver, Ezéchiel nous propose un chemin de renouvellement en 3 étapes qui se nourrissent mutuellement et où nous sommes actifs.

Premièrement. Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu. Il s’agit ici d’un lien d’appartenance, d’alliance. Nous négligeons souvent le fait que notre baptême nous introduit dans un lien d’appartenance au Père, au Fils et au St.Esprit. A notre baptême, le Seigneur pose la marque de sa grâce sur nous. Il nous signifie qu’il a fait alliance avec nous et que nous somme invités à répondre à cette alliance avec notre foi, à dire oui à ce Dieu qui nous aime avant que nous puissions faire quoi que ce soit pour lui. Le baptême même reçu bébé exprime l’alliance de grâce que Dieu fait avec nous. Que nous sommes à lui, que nous lui appartenons, qu’il est notre port d’attache, notre oasis, notre refuge, notre abri, notre forteresse, notre source vive. Que nous sommes ses bien-aimés, appelés à grandir en enfant de Dieu.

Trop souvent nous vivons comme entièrement déterminés par ce monde, entièrement piloté par les valeurs de ce monde, comme si notre vie ne reposait pas dans la main de Dieu. Je le dis aussi pour moi-même Qui est ma source, qui est ma référence, qui est ma sécurité, qui est la lumière orientant mon regard ? Le Seigneur ? Notre papa céleste nous invite à tabler sur lui. A nous ancrer en lui. A nous laisser remplir par son amour et l’assurance que son amour est souverain.

Deuxièmement. Alors vous vous souviendrez de votre conduite qui était mauvaise et de vos actions qui n’étaient pas bonnes; vous ne pourrez plus vous regarder en face (v.31). On nous parle ici d’un regard nouveau que nous portons sur nous-mêmes et qui nous conduit au changement. La repentance, comme on dit dans le jargon religieux, ne vient plus d’une instance extérieur qui nous dit ce qui ne va pas chez nous. Elle vient de nous-mêmes. C’est ce qui est nouveau quand le St.Esprit habite en nous. Pour autant que nous ne mettions pas la tête dans le sable. N’oublions pas que ce texte nous parle d’une transplantation cardiaque. Cela passe par le constat que notre cœur a besoin de ce changement si on ne veut pas mourir; que notre cœur est à ce point malade qu’il ne reste que cette solution ou la mort. Il y a des dénis qui peuvent conduire à la mort. Les maladies de notre cœur se traduisent par des perversions que les pères orientaux appellent passions. Pour nous qui ne sommes pas familiers des pères, nous pouvons néanmoins observer les symptômes qui nous disent que quelque chose ne va pas: nos mauvais fonctionnements bien ancrés en nous parce que parfois hérités de notre enfance ou de plusieurs générations, ces disfonctionnements que nous voyons nous perturber régulièrement : la colère, la méfiance, le mensonge, l’amertume, la médisance, la facilité à juger les autres, la peur de manquer, la pitié repliée sur soi, etc. Nous rechignons à oser reconnaître à quel point notre cœur est malade et ça c’est le produit de notre orgueil. Et Dieu est dur avec notre orgueil : il dit qu’il y résiste. Un père du désert disait : L’homme qui déteste le mal, c’est celui qui déteste ses propres péchés[3]. Quand Dieu commence à changer notre cœur, il permet que nous détestions nos propres péchés. Les détestons-nous vraiment ou nous accommodons-nous d’eux ?

Nous souvenir de l’alliance de grâce que Dieu a faite avec nous, de ce lien indéfectible qui nous unit à lui… nous permet de prendre conscience de nos disfonctionnements, sans nous plonger pas dans un tourbillon de culpabilité, parce que Christ nous a déjà sauvés de nos saletés, il nous a déjà pardonnés, tout pardonné.

Luther avait gravé sur sa table de travail : je suis baptisé. Chaque fois que l’Accusateur venait lui faire croire qu’il était indigne et rejeté de Dieu à cause de ses propres péchés, il lui opposait cette affirmation : je suis baptisé, j’appartiens au Christ. Tu appartiens au Seigneur Jésus et à cause de cela, tu peux lui apporter tes manquements, tes disfonctionnements et lui demander pardon, c-à-d lui demander de te délier de ceux-ci, de te détacher de ceux-ci et de t’aider à reconstruire.

C’est le 3e point. Reconstruire. 33 Le jour où je vous purifierai de toutes vos fautes, l’on rebâtira sur les ruines ; 35  et l’on dira : ce pays désolé est devenu comme un jardin d’Éden. Je crois que la promesse véritable se trouve là. Cette reconstruction procède du don d’un Esprit nouveau, le St.Esprit et aboutit au don d’un cœur nouveau qui permet d’édifier le Règne de Dieu en nous, et autour de nous. Le jardin d’Eden c’est le lieu où l’homme a une relation non-faussée avec Dieu, avec les autres et avec lui-même. La reconstruction de notre relation avec le Seigneur passe par la confiance et la demande de pardon. Il en va souvent de même entre nous[4]. Ce qui bloque le processus c’est notre orgueil qui ne peut qu’être brisé par une découverte renouvelée de l’amour immense que le Seigneur nous porte malgré tout. Dans nos relations, il faut du courage pour demander pardon. Ce courage nous est volé par notre orgueil qui nous fait croire que nous perdons des plumes en demandant pardon. Par contre ce courage est nourri et renforcé par l’assurance d’être un enfant bien-aimé pleinement accepté par notre papa céleste.

Ce verset contient une promesse, celle d’une reconstruction possible de ce qui a été brisé dans nos vies, dans nos relations. Une reconstruction qui passe par redécouvrir ce merveilleux lien qui nous unit au Seigneur, et pouvoir ainsi nous regarder nous-mêmes dans une lumière nouvelle. Alors nous oserons nous laisser utiliser par le Seigneur pour contribuer à changer notre environnement immédiat, notre Eglise, notre monde. Amen

 

[1] C’est la même situation dans Esaïe 40.

[2] Moi, je vous dis honnêtement, que j’aimerais un changement de cœur sous narcose. J’aimerais que cela se fasse durant une nuit et que je me réveille tout neuf le matin. Ou que le monde se réveille tout neuf un matin. J’imagine que certaines populations du monde souhaiteraient se réveiller un matin comme si tout ce qu’elles vivaient n’était en fait qu’un cauchemar, qu’un mauvais rêve. Nous avons tous nos histoires de vie et nos situations que nous aimerions être différentes. Nous avons nos luttes, nos troubles et nos aspirations… à du neuf. Quand je dis du neuf, ce n’est pas quelque chose de plus récent, mais c’est quelque chose de non encore vécu, non encore expérimenté, qqch de l’ordre d’une réalité nouvelle, d’une création nouvelle. Souhaiter que cela se passe sous  narcose, c’est naturel car la narcose nous permet de ne pas assister au changement, de ne pas sentir la douleur engendrant le neuf. C’est un peu comme la chenille qui s’endort dans la chrysalide pour renaître papillon, sans devoir affronter en toute conscience sa transformation.

Un ancien disait : nous n’avançons pas dans la vertu parce que nous ne connaissons pas nos limites, et que nous n’avons pas la patience de continuer ce que nous avons commencé. Nous voudrions devenir vertueux sans la moindre peine. (Thomas Merton, La sagesse du désert, Albin Michel 2006, p.53).

[3] Thomas Merton, La sagesse du désert, Albin Michel 2006, p.105.

[4] Au chap. 37, Ezéchiel parle de cette reconstruction en utilisant l’image des ossements desséchés qui retrouvent vie et se remettent ensemble pour former un être vivant.

 

2017-03-29T11:22:14+00:00
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