Façonner Jésus, Dieu à mon image ou me laisser façonner à son image

100% Jésus… voilà le slogan préféré de Neymar qui a offert à son pays la médaille d’or de foot au JO de cette année. Aurait-il mis le bandeau si le Brésil n’avait pas gagné contre l’Allemagne en ce 20 août à Rio ?neymar

Jésus sert-il à gagner un match ou une médaille ? Sert-il mon succès ? Est-il au service de mes intérêts économiques ou personnels ? Est-il au service de ma santé, de ma sécurité, de mes prières ?

Question que Pierre se prend en pleine figure et de manière assez violente à Césarée de Philippe, après avoir accompagné Jésus durant environ 2 ans et demi. Pierre est aussi 100% Jésus : ça fait 2 ans qu’il voit Jésus enseigner avec autorité, opérer des guérisons, etc.

Jésus interpelle ses disciples quand il leur dit qu’il va être rejeté, souffrir, être mis à mort, puis… ressusciter. Parce que le Messie selon eux, c’est le Sauveur Tout-Puissant qui va dompter ses adversaires, rendre à Israël sa dignité et sa grandeur, sa liberté et sa prospérité.

Jésus laisse entendre qu’il n’est pas dans cette ligne-là. Il interroge : « Seras-tu 100% Jésus à l’heure de la maladie, à l’heure du deuil, à l’heure du chômage, à l’heure du rejet, à l’heure où tout va se liguer contre toi ? Seras-tu 100% Jésus à l’heure où les représentants du paganisme romains feront taire ton Jésus et détruiront le Temple ? » C’est tout le défi de l’Eglise persécutée actuellement ? Seras-tu encore 100% Jésus quand les circonstances de la vie auront mis à mal l’idée que tu te fais de Jésus ?

Pierre le croyant, le disciple de Jésus s’est peu-à-peu construit une image du Sauveur, de Jésus, de Dieu qui ne correspond pas à ce que Jésus est. Il a mis son Jésus, Dieu à son service. Lui qui au début de sa vie de disciple avait suivi Jésus pour le servir, le voilà qui est passé devant son maître et souhaite que son maître le suive. Jésus est très dur : il lui dit, adversaire, passe derrière moi et donne-moi la préséance.

Dans notre vie de disciple de Jésus, nous courrons le risque de faire de lui un maître à notre image alors qu’il veut que nous, nous soyons à son image. C’est là tout l’enjeu de la condition du chrétien. Et parfois, nous vivons des circonstances qui nous confrontent à la fausse image que nous nous sommes faites du Seigneur Dieu… Parmi ces fausses images : le dieu bien-être, le dieu magicien-arrangeur-protecteur, le dieu noir-blanc, le dieu béni-oui-oui.

Et toi, Jésus… il te sert à quoi ? Ose cette question avant que les circonstances de la vie s’en chargent. Quand et pourquoi es-tu 100% Jésus ? Marc écrit prioritairement pour les chrétiens de Rome au moment du martyre de Pierre et de l’arrivée d’un vent de persécution. Le Psaume 30 dit qu’il nous semble parfois que Dieu nous retire de son agenda, de ses bons papiers… et que tout va de travers…

Il est bon de se souvenir de ceci : ni l’auteur du Psaume 30, ni Jésus, ni Pierre ne font marche arrière au moment où tout se complique.

L’image que Jésus donne de Dieu est radicalement différente de tout ce qu’on aurait pu imaginer jusqu’là. Il se mit à enseigner 31  qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. (…). 34  Puis il dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui–même et prenne sa croix, et qu’il me suive ».

Jésus vient faire briller l’Amour de Dieu dans la pire des situations qui soit : une situation désespérante de souffrance, d’injustice, de cruauté et d’incompréhension ; une situation où tout, à priori, semble perdu ; une situation des plus sombres : la mort. Ce que le centurion discerne quand il dit : Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu (Marc 15,39).

Se charger de sa croix… ce n’est pas prendre plaisir dans la souffrance et l’épreuve. Ce n’est pas les choisir non plus. Se charger de sa Croix, c’est, je crois, vivre ce que j’ai à vivre en laissant le Saint Esprit qui a ressuscité Jésus briller auprès de moi et en moi pour les autres.

Pierre va l’apprendre et ces 2 lettres sont pleines de cela : laisser Christ transparaître dans nos difficultés afin que cela serve de témoignage aux personnes qui ne connaissent pas encore Jésus et sa réalité. Se charger de sa Croix c’est choisir d’affronter mes situations de vie difficiles en demandant au Seigneur de briller au travers de moi.

Notre Dieu n’est pas à notre image ni à notre service : il se donne à vivre au sein de nos fragilités ; il se donne à vivre au sein de nos difficultés ; il se donne à vivre face à l’opposition dont il est l’objet et dont nous pouvons être l’objet parce nous sommes ses disciples. Le disciple n’est pas plus grand que son maître. Le disciple apprend à être 100% Jésus comme Jésus a été 100% AbbaPère dans la nuit humaine. Notre Dieu est un Dieu surprenant qui du sein du renoncement à notre prétendu droit au pouvoir, au bien-être, à une vie facile… va briller… va se révéler comme nous ne l’attendions pas… mais de manière plus éclatante encore.

Le Jeûne Fédéral fut institué après la guerre du Sonderbund ayant opposé cantons protestants et catholiques. Le général Dufour a marqué durablement notre histoire : à la victoire de l’armée fédérale protestante, il a souhaité l’amnistie ou la quasi amnistie des cantons catholiques. C’est ainsi qu’il a transformé ce qui devait être une guerre civile en grande réconciliation. Dans une situation des plus difficiles, il a su faire briller une des marques de fabrique du Christ : le pardon.

Jésus n’a pas mis de déculottée aux romains… pourtant du haut de la croix, il a mis le centurion à genoux.

100% Jésus… Même si le chemin que Dieu semble prendre avec toi ne te convient pas ?…

Amen.

Questions pour approfondir la prédication en groupes:

·       quel regard je pose sur la démarche de Neymar ?

·       et sur sa phrase : La vie n’a de sens que lorsque notre idéal le plus élevé est de servir le Christ

[1].

·       suis-je moi aussi 100% Jésus ? Si oui, en toutes circonstances ? Sinon, qu’est-ce qui me conduit à n’être plus 100% Jésus ?

·       quel lien entre la phrase de Neymar et son bandeau ? Entre un match perdu, une vie en souffrance et 100% Jésus ?

·       franchement, à considérer mon parcours chrétien, est-ce que j’ai connu ou connais une période où j’avais mis Dieu à mon service ? Comment cela se traduisait-il ?

·       ai-je vécu des circonstances qui ont remis cela en question ? Puis-je en parler pour édifier les autres ?

·       voir les autres petites questions encadrées dans le résumé.

A méditer encore…

Au commencement du monde, Dieu a demandé au Christ et à Satan de lui soumettre séparément un plan de gestion de l’humanité qui en est encore au stade de l’enfance. Le plan de Satan était simple, semblable à ce que soumettraient nos chefs politiques ou militaires. Dieu n’avait qu’à munir ses anges de son autorité suprême et d’en placer un auprès de chaque humain. Les hommes accompliraient ainsi sa volonté en toutes choses.

Le Christ fit une proposition tout à fait différente mais plus imaginative:

Que les humains aient le libre arbitre pour agir librement ; mais que je puisse vivre au milieu d’eux pour leur montrer l’amour dont tu les aimes.

– Sais-tu jusqu’où cela pourra te conduire? a demandé Dieu.

– Oui, a répondu le fils.

Dieu a choisi le plan du Christ et le Satan s’est rebellé … mais son discours n’a pas changé.

Antoine Nouis, L’aujourd’hui de l’Evangile, éd. Olivetan, 2013, p.256.[1]Vu sur https://www.instagram.com/p/kRgc5SRtu5/

2016-11-08T15:53:31+00:00
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