Prédication sur Apoc[1] 21,1-7(23) / txt annexes : Jér 2.10-18 / Tite 2,11-13.

Laisser l’à-venir de Dieu aimanter notre vie présente, nos luttes et notre espérance.

Nous sommes le 10 octobre 1492, quelque part dans l’Atlantique, le vent ne souffle plus depuis des jours et des jours, les hommes de Christophe Colomb se mutinent. Colomb leur avait promis qu’ils toucheraient terre en maximum 1 mois, les voilà en route depuis 2 mois, au milieu de nulle part, sans vent, sans perspective de rencontrer la terre tant espérée : pour eux il est temps d’abandonner[2]. Colomb devra faire œuvre de persuasion pour les encourager. En fait, Colomb croit si fortement à ce qu’il va trouver qu’il y va sans peur. Ce qu’il croit de l’avenir façonne son engagement présent, sa posture présente.

Nous aussi d’ailleurs, nous faisons cette expérience ; la plupart du temps inconsciemment : quand tu prends l’avion pour aller en vacances, ta croyance que d’ici quelques heures tu seras arrivé fait que tu embarques. Il arrive que des voyageurs demandent à descendre d’un avion parce que son état d’entretien laisse à désirer.

Ce qui fait dire à Skye Jethany[3] que l’idée que tu te fais de l’avenir détermine fortement ton présent. Pourrions-nous dire que la foi est une vision du futur agissant sur notre présent, une vision du futur qui se base sur la parole de Dieu ? On pourrait objecter que dire cela c’est tomber dans une sorte de pensée positive. Pourtant, à considérer les grands personnages bibliques, leur vie est bien façonnée par une vision du futur issue d’une promesse divine qui leur a été faite.

  • Abraham quitte son pays et sa famille croyant à cette promesse divine qu’il deviendra une grande nation qui sera en bénédiction pour le monde entier et qu’il héritera d’une terre, le pays de Canaan. Le présent d’Abraham sera grandement façonné par cette promesse, pas seulement quand il part, mais aussi dans sa façon de traiter ses adversaires avec bonté.
  • Joseph est vendu par ses frères à des marchands d’esclaves. Il avait fait des rêves qui révélaient qu’il serait un jour le chef de la tribu, lui l’avant-dernier de 12 enfants. Cela avait agacé ses frères. Comment Joseph a-t-il pu résister à plus de 15 ans d’esclavage et de prison injuste en Egypte ? Ne serait-ce pas parce qu’il ne perdit pas de vue cette vision que Dieu lui accorda et qui s’accomplira plus tard.
  • Moïse est mandaté par Dieu pour libérer les Israélites d’Egypte et les conduire en Terre Promise. Imagine un instant que Moïse n’ait pas cru à cette promesse façonnant sa vision de l’avenir du peuple… Que se serait-il passé au moment où pharaon durcit l’esclavage après sa demande de liberté ? Que se serait-il passé devant l’obstacle de la Mer Rouge ? N’aurait-il pas baissé les bras ?
  • David est encore un meilleur exemple : Samuel l’oint roi pour succéder à Saül. David laisse cette onction modeler sa vision de l’avenir et façonner son présent : il se met au service du roi Saül attendant patiemment l’heure de Dieu.
  • Jésus va plusieurs fois annoncer sa mort et sa résurrection. Au moment du lavement des pieds, Jean nous dit que Jésus savait que le moment de retourner vers son Père était arrivé et qu’il aima alors les siens jusqu’au bout. Cela n’a en rien adouci la douleur infligée par les clous fixées au fouet lacérant ensuite son dos, et qui ensuite pénétreront ses mains. Cela ne va pas épargner à Jésus son combat dans la prière à Gethsémani. Mais Jésus va à la Croix avec la foi en cette perspective qu’il retourne vers son Père…

Le chapitre 21 de l’Apocalypse qui contient ces extraordinaires promesses lues tout-à-l’heure fait suite aux chapitres 18 à 20 qui racontent la faillite du système politico-économique des humains et la condamnation de la pseudo-religion-mondiale emmenée par le faux-prophète. Ces 3 chapitres se font écho de bouleversements mondiaux pouvant être effrayant, mais ils sont suivis de ce chapitre 21 où Dieu prononce des promesses ouvrant sur la vision de l’avenir qu’il a pour nous. Parmi ces promesses, le verset de l’année C’en est fait ! Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin. Celui qui a soif, je lui donnerai à boire gratuitement à la source d’eau de la vie. Voilà un encouragement et un défi pour nous.

L’actualité de ce monde pourrait nous désespérer. Et parfois les circonstances que nous traversons dans nos vies nous font douter du bien-fondé de notre persévérance. Ces circonstances qui nous donnent l’impression que notre monde personnel s’écroule, comme la perte d’un emploi, un conjoint qui nous quitte après des années de vie commune, la mort d’un être cher, la santé qui nous lâche… Nous pouvons alors nous arrêter à cela et baisser les bras. Mais ce passage nous encourage à lever nos yeux vers l’horizon que Dieu a pour nous et pour ce monde.

Je crois que derrière chaque ébranlement, à chaque incertitude, à chaque remise en question, il y a un appel à nous tourner vers la seule réalité réelle et véritable : le Père, le Fils et le St.Esprit à l’œuvre en nous et autour de nous pour approcher un peu plus son Règne. Chaque ébranlement, chaque remise en question nous invite à reconsidérer où est notre source et quel est la victoire que nous poursuivons, qu’est-ce que nous voulons gagner au final, quelle destinée Dieu a pour nous.

Oui, 2018 et ce monde seront traversés de guerres, de drames, de chamboulements… bien réels… Mais la réalité ultime… celle qui triomphera… celle dont le St.Esprit nous donne un avant-goût dans notre quotidien c’est que la Souveraineté appartient au Christ Jésus, l’Agneau de Dieu venu enlever le péché du monde (le péché, ce qui nous fait dévier de la trajectoire de vie que Dieu a pour nous – cf. texte de Tite).

Chrétiens, chrétiennes, nous sommes sans cesse appelés à choisir à quelle source nous abreuver et sur quelle horizon nous aimanter, quelle espérance choisir; à laisser l’à-venir de Dieu aimanter notre vie présente, nos luttes et notre espérance. Regarde le petit aperçu que ce texte nous donne.

  • Il essuiera toute larme. Alors nous… pourquoi en ferions-nous couler dans les yeux de notre prochain ?
  • Il mettra fin aux souffrances. Alors nous… que ferons-nous ?… Serons-nous facteur de blessures dans la vie des autres ?
  • Jésus est le commencement et la fin, l’alpha et l’oméga. Alors nous… allons-nous nous exciter parce que nous ne parvenons pas à réaliser tout ce que nous aimerions durant notre vie ? Nous ne sommes pas le commencement et la fin.
  • Il sera notre Dieu et nous serons ses enfants. Alors nous… pourquoi laisserions-nous les valeurs de ce monde, la culture de moi-1er-servi-et-moi-avant-tout nous éduquer ?
  • Il sera ta lumière en permanence et son éclat brillera sur toi. Alors nous… à quelle lumière voulons-nous regarder notre vie et l’histoire de ce monde ? A quelle lumière vais-je exposer ma vie ? A celle des modes du prêt-à-penser conformiste ?

Notre destinée est d’avancer dans la plénitude que le Seigneur nous réserve. C’est d’avancer sur ce chemin où il nous donne un avant-goût de ce que signifie être son enfant bien-aimé, objet de son soin et de sa souveraineté. Expérimenter la présence du Seigneur à nos côtés, le voir réaliser sa promesse petit à petit. Toutes ces promesses sont au futur… et Paul le dit bien : nous sommes sauvés en espérance[4]. Le ciel n’est donc pas sur terre. Mais il dit aussi que Dieu nous a déjà donné les arrhes de son salut en la personne du St.Esprit. Et sa prière pour les 1ers chrétiens était que Dieu 18 ouvre vos yeux à sa lumière, afin que vous compreniez à quelle espérance il vous a appelés, quelle est la richesse et la splendeur des biens destinés à ceux qui lui appartiennent, 19  et quelle est la puissance extraordinaire dont il dispose pour nous les croyants. Cette puissance est celle-là même que Dieu a manifestée avec tant de force 20  quand il a ramené le Christ d’entre les morts et l’a fait siéger à sa droite dans le monde céleste[5].

Sans doute avons-nous durant cette année 2017 fait l’expérience de ces arrhes, de cet avant-goût de Sa Souveraineté pleine et entière, de Sa Sollicitude totale et sans faille, de Sa fidèle Présence à nos côtés dans nos luttes et nos incertitudes. Nous sommes encouragés à persévérer dans cette voie.

L’avenir de Dieu pour nous c’est que nous vivions pleinement notre statu d’enfant de Dieu. C’est son amour qui nous détermine, c’est lui qui nous assure, c’est lui qui nous comblera. L’avenir de Dieu pour nous c’est qu’il nous fera vivre de sa vie à lui, uni à lui. Puissions-nous laisser son avenir se glisser dans notre présent comme le levain qui le fera lever.

Amen.

 

[1] Petite introduction à l’Apocalypse d’où est tiré le verset de l’année 2018, Apocalypse 21,6.

Jean écrit l’Apocalypse dans les années 80-90 pour les Eglises d’Asie Mineure qui vivent une dure persécution de la part Rome et de son empereur Domitien qui s’est auto-déclaré dieu-tout-puissant. Le but de l’Apocalypse est de rendre courage aux Eglises en but à cette persécution en leur rappelant que Jésus est Souverain Maître et qu’il aura le dernier mot. Le Saint Esprit inspire à Jean des visions pour montrer à l’Eglise que rien n’échappe à la souveraineté, à la maîtrise du Seigneur. Il donne une vision de l’avenir qui va nourrir le présent de la foi de l’Eglise.

[2] Colomb a eu toutes les peines du monde à recruter un équipage parmi des marins professionnels pour son pari consistant à passer par l’ouest pour arriver aux Indes, ces derniers étant terrorisés à l’idée de se perdre ou de se faire avaler par des monstres. Colomb devra alors s’accommoder de désespérés pour qui l’aventure ne pouvait pas être pire que les prisons du roi.

[3] Skye Jethany, Futureville: Discover Your Purpose for Today by Reimagining Tomorrow, Thomas Nelson, 2014. What we believe about tomorrow determines how we live today. As Christians debate how to faithfully engage with our rapidly changing world, our vision of the future has never been more important. But rather than providing a clear sense of purpose for our lives, popular Christian ideas about the future steal it from us by saying our work in the world, apart from ministry, has no eternal value. Is it any wonder why young adults are less interested in church, or why a culture desperate for meaning and hope dismisses our message? In Futureville, Skye Jethani offers us a vision-shifting glimpse of the world of tomorrow described in Scripture. He reveals how a biblical vision of the future can transform every person’s work with a sense of purpose and dignity today. Source: www.skyejethany.com

[4] Romains 8:24 Car c’est en espérance que nous avons été sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut–on l’espérer encore ?

[5] Ephésiens 1,18-20 bfc.

2018-01-02T11:09:23+00:00
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