Bulle, 8/12/19 : traverser la saison d’hiver. Es 43,1-5a / Ps 13 /  2 Co 1,3-4

Christian nous gratifie d’une crèche toute spéciale qui repose cette année sous un arbre. Cet arbre contient des feuilles aux couleurs chaudes qui rappellent la belle saison, d’autres sentent l’automne et puis il y a aussi des branches nues évoquant l’hiver qui est à notre porte. Pour Christian et moi cet arbre symbolise toutes les saisons de la vie que nous pouvons traverser. Si nous nous comparons à un arbre, ces saisons représentent des étapes de la vie de l’homme qui se succèdent et reviennent régulièrement au cours de la vie. La vie est plus cyclique que linéaire. Chacun de nous peut se trouver dans une saison différente de sa vie spirituelle, dans sa relation à Dieu. Nous pouvons vivre et traverser des saisons extrêmement différentes d’une année à l’autre voire même dans la même année. Ce qui pour un arbre est assez commun d’ailleurs ! Les saisons spirituelles changent aussi. Un arbre ne reste pas dans la même saison pour toujours ! C’est le propre du vivant que de grandir, changer, mourir, renaitre…

  1. Les 4 saisons de la vie.

Visualiser notre foi en saisons, accepter qu’il y ait des saisons différentes et les identifier est très utile. Il est bon d’être à l’écoute de ce qui se passe en nous et de discerner dans quelle saison nous sommes. Cela peut beaucoup nous aider et nous encourager surtout quand nous traversons l’hiver. Les saisons de la vie ne se succèdent pas forcément les unes les autres. Un hiver peut suivre un été et vis-versa. J’évoque rapidement les 4 saisons.

L’été se manifeste par un sentiment de satisfaction et de plénitude. La présence de Dieu est palpable, c’est un temps de grâces et de bénédictions, de paix et de repos que nous aimerions prolonger autant que possible. Ne pensons pas que c’est uniquement grâce à nous que nous vivons cette période et partageons-en les fruits avec les autres.

Le printemps est une période de joie et d’espérance en l’avenir, de renouveau, qui se caractérise par l’optimisme, la reconnaissance, l’amour et la confiance. Nous commençons à prendre de nouvelles habitudes de vie. Nous devons cultiver cela pour pouvoir aller pleinement vers l’été.

L’automne est marqué par la beauté des feuilles dorées mais à l’intérieur de l’arbre la situation est en train de changer. L’automne est le prélude à l’hiver et un certain désert émotionnel provoque tristesse, inquiétude, incertitude, découragement, appréhension, solitude, et même la sensation d’être épuisé. Concrètement cela peut se traduire par de la négligence dans notre discipline, du désengagement et de l’éloignement des autres ou de Dieu. Autant dire que l’attitude face à l’automne déterminera si nous plongerons dans l’hiver ou si nous passerons au printemps.

Enfin l’hiver spirituel peut être l’une des saisons les plus éprouvantes. Elle se caractérise par une distance grandissante avec Dieu. On ressent de l’abandon, de la confusion et même une forme de désespoir. On s’est remis en question, on a recherché Dieu, on a réglé ce qui pouvait l’être, et pourtant c’est toujours le grand vide, le silence. La rigueur et la rudesse de l’hiver se traduisent par la peine, la colère, de la déception souvent associée à la solitude et à un sentiment de rejet. Tout parait gris. Les problèmes nous paraissent trop gros. On a juste envie de se replier sur nous-mêmes. Nous pouvons faire preuve de détachement, de froideur et de dureté dans nos relations.

A priori l’hiver n’est pas définitif. Il y a toujours l’espérance d’un printemps. Mais rien ne changera sans qu’une action positive soit entreprise. On dit que la maladie stimule souvent un désir de guérison et de retour à la santé. Traverser l’hiver n’est jamais drôle mais les épreuves de la vie produisent souvent la patience et la persévérance. Et parfois nous en ressortons plus fort et plus engagé !  Une saison d’hiver n’est donc jamais totalement stérile.

  1. Avant l’hiver

Le fait est que nous devrons l’affronter un jour ou l’autre (si ce n’est pas déjà fait) car aucun arbre n’échappe aux 4 saisons. Il faut donc s’y attendre et surtout s’y préparer. Comment ? Je vois 2 façons :  

Se préparer à l’hiver. Quelqu’un a dit un jour à un collègue « amasse du bois pour les longues soirées d’hiver », il évoquait l’idée de faire le plein de bons souvenirs et de bonnes expériences de notre vie spirituelle pour les jours plus difficiles qui ne manquent jamais d’arriver. Comme la vie chrétienne est parsemée d’hivers il est bon de puiser dans ces moments-là dans tout ce que nous avons su conserver en nos cœurs : cela peut être une expérience spirituelle particulière, une parole forte reçue un jour, un verset ou promesse biblique qui nous ont touché, une rencontre ou un soutien, une prière exaucée, etc.   Je ne dis pas que je suis moi-même dans l’hiver mais récemment Dieu a remis en mémoire une parole reçue en Angleterre qui m’a remis en selle spirituellement.

Toutes ces petites choses de notre vie spirituelle sont comme des bûches qui sauront raviver notre foi lorsque cela sera nécessaire. Elles constituent la sève qui est stockée dans le sol pendant l’hiver et qui sera redistribuée au printemps lors de l’émergence des feuilles. Oui, la vie est bel et bien là, cachée mais prête à resurgir.

Cultiver notre réseau souterrain spirituel. Il y a quelques temps j’avais prêché sur la signification et l’importance de nos racines et de la nécessité de travailler à notre réseau souterrain spirituel, à ces racines qui captent l’eau et les nutriments divins dont nous avons besoin pour nous développer et rester stables même et surtout pendant les temps de sécheresse.  D’ailleurs l’arbre de Christian plonge symboliquement ses racines dans la crèche et fondamentalement à Christ lui-même. Soyez enracinés en Christ disait Paul. Nous tirons notre force, notre vitalité et notre stabilité de Christ lui-même.  En cette période de l’Avent et de Noël, c’est l’occasion pour nous de revenir à la source de notre foi, à Jésus qui rejoint ceux qui sont dans la nuit et le froid de l’hiver. Laissons Christ nous rejoindre dans le silence et la prière pour lui permettre de réchauffer et restaurer nos cœurs qui aspirent à la vie.

  1. Pendant l’hiver ? Je vois 3 choses :

 1° Crier à Dieu. Certains psaumes nous invitent dans ces moments-là à crier vers Dieu qui répond à nos aspirations les plus profondes pour autant que nous placions en lui notre confiance et que nous nous attendions à lui. Quelle que soit la saison dans laquelle nous sommes et a fortiori l’hiver, et comme le font les racines pour un arbre, c’est lui qui nous porte à chaque saison. Il est avec nous dans cette traversée. Il n’est absent d’aucune de nos saisons. Vous entendez ? Il n’est / absent / d’aucune / de nos saisons. Le sentiment d’absence ne signifie pas qu’il est absent.

Nous n’aimons pas cette saison de vie.  Nous aimerions l’éviter ou la raccourcir mais il nous faut quand même la traverser comme l’arbre traverse les 4 saisons. Si cette saison se traverse cela signifie qu’elle ne dure pas. Nous ne pouvons pas y rester toujours. Nous n’y resterons pas toujours. Car aucune saison ne dure toujours. Ce n’est pas dans l’ordre des choses.

Dans cette traversée non seulement nous avons le Seigneur qui nous porte, mais nous avons aussi des frères et sœurs qui nous soutiennent, nous réconfortent et nous accompagnent. C’est toujours plus rassurant de ne pas être seul dans cette traversée. Faisons appel au Seigneur et aussi à eux.

2° Changer de perspective. Remerciez le seigneur en toutes circonstances dit Paul. Ne blâmons pas Dieu pour cette saison. Il peut l’utiliser aussi à sa gloire et à votre transformation intérieure. Chaque saison est importante. Il utilise ces moments cruciaux pour parler à notre cœur et nous faire grandir. Aucun arbre ne porte du fruit s’il n’est pas d’abord passé par l’hiver… Aucun arbre ne porte plus et de meilleur fruit s’il n’a d’abord été émondé. On a parfois besoin d’être émondé… Ce n’est pas forcément agréable, mais c’est salutaire ! L’hiver sert à cela. Cela nous fera croitre en maturité émotionnelle et spirituelle.  Seul celui qui a traversé l’hiver peut et pourra vraiment comprendre et soutenir ceux qui le traversent aussi. Vous serez donc en bénédiction pour d’autres après.

3° Louer Dieu. Malgré le sentiment d’absence et le froid nous sommes invités à exprimer notre reconnaissance et notre amour pour Dieu. La louange est une attitude de cœur qui ne s’appuie pas sur les circonstances mais sur les promesses divines et le caractère de Dieu. Il n’est jamais facile de louer surtout en période de remise en question mais il en découle tout autant de force et de nouvelles motivations. Le Psaume 50 : « celui qui m’offre sa reconnaissance celui-là me rends gloire. Celui qui se conduit bien, je lui montrerai que je suis son sauveur ». Je crois vraiment que le fait de louer Dieu libère de la crainte et nous ouvre à des bénédictions particulières.  C’est autant de bûches supplémentaires pour rester au chaud pendant l’hiver.

Conclusion : Si tu es en été, n’oublie pas d’amasser du bois. Enracine-toi en Christ. Et accompagne ceux qui sont en hiver.

Si tu es dans l’hiver, ne crains pas cette saison. Elle ne dure pas toujours. Dieu n’en est pas absent. Si 2019 est hivernal, je prie que 2020 soit plus estival. Mais cela dépendra aussi de ton attitude de cœur. Change de perspective, crie à Dieu, loue-le. Les feuilles mortes et l’hiver vont laisser la place à un temps nouveau et de renouveau. Le printemps n’est jamais bien loin…Une nouvelle saison est devant toi. L’attente est parfois longue et difficile, mais cela j’en parlerai la semaine prochaine !

Prière : Père, chaque saison porte son lot de promesses même si la saison d’hiver est parfois effrayante. Mais merci que tu es aussi dans cette saison et que tu aides chacun à la traverser. Saint-Esprit, rejoins-nous dans cette saison et que nous ayons la bonne attitude et un cœur qui te loue car dans la louange tu es présent et tu réchauffes nos cœurs. Enracine-nous toujours plus en toi. Que ces racines nous portent et nourrissent l’arbre que nous sommes. Amen

Pour aller plus loin : à quelle saison t’identifies-tu actuellement ? Si tu as traversé l’hiver, comment l’as-tu traversé ? En quoi t’a-t-il fait grandir ? Quel fruit en est sorti ? Où irais-tu puiser (quel bois as-tu amassé) pour pouvoir vivre l’hiver ?

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