Prédication sur Mt 8,1-4 / Joël 2,26 / Hé 2,11

Se découvrir désirable pour Christ Jésus.

Chers amis,

Le petit âne de l’histoire racontée aux enfants[1] est atteint d’un mal douloureux, celui d’être indésirable ; un mal équivalent à la lèpre. En effet, à l’époque de Jésus, le lépreux étant atteint de cette maladie mystérieuse et incurable pour son temps, était simplement exclu du monde des vivants, mis en quarantaine, et s’il lui arrivait de s’approcher des vivants, ils devaient crier impur, impur, afin que les vivants puissent s’éloigner de lui. Triste mal que celui d’être ou de se  sentir indésirable. Et donc rejeté ou enfermé, cantonné à l’intérieur d’un petit carré de jugement, de critères, de convention… de bonne ou mauvaise conscience faisant que tu as été classé parmi les indésirables.

Oh temps béni de l’Avent qui nous rappelle que Jésus, Dieu le Fils, est venu parmi nous… Jésus est descendu jusqu’à nous… Jésus qui a proclamé sur la montagne : heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux les doux, heureux les affamés de justice… Jésus qui y a proclamé l’ouverture du temps des faveurs de Dieu, du temps de l’acceptation. Jésus, fils de Dieu et Dieu le fils, qui vient se déclarer notre frère en nous purifiant du péché comme il a purifié le lépreux.

Il est intéressant de savoir que le mot lèpre signifie aussi écaille comme celles qui sont tombées des yeux de Paul à Damas au moment où il a reconnu Jésus comme son Sauveur, son frère.

Jésus est venu nous libérer de la poutre entravant notre regard et qui fait de nous des indésirables les uns pour les autres et parfois pour nous-mêmes. De ce qui, dans notre regard nous coupe des autres et de  nous-mêmes.

Dieu s’est fait homme pour nous redire que nous sommes désirables à ses yeux… et qu’il nous invite à nous mettre en route à la rencontre de son Fils, Christ Jésus, notre frère. Comme l’a fait le lépreux de notre texte ou le petit âne de notre histoire. Et je vous assure que pour le lépreux, ça n’a pas dû être facile, de braver tant d’interdits, de conventions, de règles de pureté, de rejet, de regard mauvais, de les dépasser, de les surmonter pour s’approcher de Jésus. Comme pour nous il n’est pas toujours facile de sortir de ce qui fait de nous des indésirables… de le surmonter. D’autant que ces choses sont parfois en nous-mêmes, décrétées par nous-mêmes contre nous-mêmes : je suis nulle, j’ai échoué, je n’ai pas été à la hauteur, j’ai déçu les autres, et pire j’ai déçu Dieu, je me suis payé la honte, je ne suis plus digne de… Il y a aussi ce qui chez les autres nous a convaincu d’être indésirable : un rejet, un mépris, une mise à l’écart, un licenciement, un divorce, une trahison, un jugement, une condamnation.

Le lépreux a osé croire à l’appel… L’appel de l’amour de Christ Jésus faisant de lui son frère. Jésus fait de toi son frère, sa sœur. Dieu le fils fait de toi son frère, sa sœur.

Il arrive aussi que nous-mêmes classions d’autres parmi les indésirables, simplement parce que notre regard, notre cœur est couvert d’écailles nous empêchant de voir en l’autre un désirable, une désirable de Christ. Lèpre du cœur et du jugement. La bonne nouvelle est que Jésus nous appelle aussi à nous mettre en chemin pour dépasser les propres jugements ou critérisations que nous opérons… Parce que nos jugements sont souvent une manière de se rassurer que nous sommes finalement mieux que l’autre, parce qu’au fin fond de nous… nous nous croyons aussi indésirables. Alors quoi de plus rassurant que de se dire que l’autre est encore plus indésirable que moi. Le lépreux du temps de Jésus était l’incurable, le cas désespéré. Et voici que parfois nous croyons que l’autre est l’incurable de ses défauts ou faux-pas.

Jésus nous invite à nous mettre en route sur un double chemin :

le 1° c’est celui de se découvrir dans son regard à lui son frère, sa  sœur. Concrètement, prends le temps de lire ta Bible et de t’arrêter sur  comment Jésus te regarde, comment Dieu nous considère. Les psaumes sont parfois d’un grand secours pour cela. Les évangiles aussi. Avance vers Jésus et laisse-le te toucher par son Esprit Saint. Il est venu il y a 2000 ans pour nous dire son amour et qu’il nous désire pour ses frères et sœurs.

le 2e c’est celui de se découvrir frère, sœur des autres… c-à-d de devenir réceptif au fait que Jésus accueille celui ou celle que je crois, moi, être indésirable et discrédité. Parce que le même amour qu’il a pour moi, Il l’a pour lui, pour elle.

Sur ce chemin, nous sommes appelés à prier : Seigneur, purifie-moi, libère-moi, décrasse-moi de ce qui m’empêche de vivre en communion avec Toi, avec les autres et avec moi-même. Enlève les écailles que je me suis laissé mettre ou que je me suis mis.

Tu l’entendras te dire : Je le veux : sois purifié, sois délivré, sois illuminé, toi que j’ai créé désirable.

Jésus nous invite à chercher son sourire et non à continuer à porter les fardeaux de nos lèpres. Comme le petit âne.

Amen.

[1] Collectif, Contes et récits pour Noël, éd. de l’Atelier, Paris, 1995, p.13ss.

2018-12-20T09:29:41+00:00
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