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Cultes tous les dimanches à 10h au Temple

Église Évangélique Réformée

Paroisse de Bulle – La Gruyère

Prédication sur Ga 5,13-14 / Mc 1,14-15

Dieu amoureux de notre liberté. Et nous… de notre liberté d’expression?

Dans une semaine, nous voterons à nouveau, fier de notre démocratie directe et trop habitué à notre liberté d’expression, au point de ne souvent pas l’exercer. Au cœur de ces votations, la liberté d’expression justement. Certains disent que l’extension des normes antiracistes à l’homophobie est une atteinte à la liberté d’expression, d’autres que non. Comment s’y retrouver ? Surtout face à la puissance de certains lobbys qui dominent les médias. Que voter ? Je ne vous le dirai pas.

Par contre, ce qui est sûr, c’est que, être chrétien ne me permet pas de me retirer et d’ignorer les affaires publiques. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César, disait Jésus. Et rendre à César ce qui est à César n’implique pas de se soumettre aveuglément au Pouvoir de l’Etat. Preuve, Jean-Baptiste a osé critiqué le roi Hérode et il se retrouve en prison. Jean se situe dans la droite ligne des prophètes de l’Ancien Testament, qui constituent un véritable contre-pouvoir au roi : les prophètes n’hésitent pas à s’en prendre rudement aux dérives morales du pouvoir et à son opportunisme politique obsédé par des alliances malsaines avec les puissances voisines. Les prophètes ne se privent pas de rappeler que Dieu veut un peuple libre et que le décalogue en est le garant. Pensez simplement à la liberté instaurée par l’obligation du repos hebdomadaire : Dieu veut un peuple non asservi au monde l’économie. Les prophètes se sont mêlés de politiques et ont eu le courage d’utiliser leur liberté d’expression, même si certains l’ont payé cher. Les apôtres aussi paieront un prix élevé. Jésus également : son message sur l’amour libérateur de Dieu le conduit tout droit en croix.

Cette liberté d’expression et de conscience prétendument chère aux protestants… Elle est le fruit de la grâce, entendez par là de l’amour que Christ Jésus nous montré en donnant sa vie à la Croix pour nous. A la Croix, Dieu vient nous dire qu’il nous aime et nous veut libres. Il nous aime tellement qu’Il est prêt à ce que nous le rejetions dans notre liberté. Dès le début de la Bible, Dieu agit ainsi : il s’adresse à Caïn qui nourrit des projets meurtriers à l’égard de son frère Abel, il s’adresse à lui mais sans menace, sans pression, le laissant libre d’aller au bout de son mal. Entre nous soit dit, c’est injuste pour Abel. Comme ce fut injuste pour Jésus. Cela pour dire que Dieu chérit notre liberté. Et la Croix en est l’expression suprême. Pourquoi alors mépriser cette liberté ?

Dans Les frères Karamazov, Dostoïevski met en scène un grand inquisiteur qui fait le procès de Jésus et dit[1]Au lieu de t’emparer de la liberté des hommes, tu l’as encore accrue. Mais aurais-tu oublié que la tranquillité, et même la mort, sont plus chères à l’homme que la liberté choisie dans la connaissance du bien et du mal? Il n’y a rien de plus attirant pour l’homme que la liberté de sa conscience, mais il n’y a rien non plus de plus torturant. Au lieu de t’emparer de la liberté humaine, tu as voulu le libre amour de l’homme, tu as voulu qu’il te suive librement, séduit et conquis par Toi. A la place de l’antique loi, solidement fixée, il a fallu désormais que l’homme décide librement du bien et du mal, avec pour seul guide devant les yeux Ton image: est-il possible que tu n’aies pas pensé qu’il finirait par discuter et refuser même Ton image et Ta vérité ?

Terrible remarque que celle-ci : l’homme préfère la tranquillité à la liberté. Tranquillité d’une vie bien confortable qui suit le mouvement général. Tranquillité de qui préfère fermer les yeux sur les enjeux véritables dont nos décisions, nos choix, nos votes sont porteurs. Tranquillité de qui ne veut pas réfléchir.

Christ a donné sa vie par respect pour notre liberté. Penses–tu que je ne puisse pas supplier mon Père, qui me fournirait à l’instant plus de douze légions d’anges ? (Mt 26,53), dit Jésus à Pierre qui veut utiliser la force pour le défendre. Utiliser la force, la menace, la coercition pour imposer son point de vue, sa position et empêcher l’autre d’exister… n’est que le reflet d’une fragilité et d’une inconsistance qui s’ignorent elles-mêmes. Et justement, Jésus c’est tout le contraire… Il est consistant et c’est ce que j’aime chez lui. Jésus ne bâillonne pas ses adversaires. Il ne fait taire que les démons, jamais les gens. Il a une trop haute idée de l’être humain.

Si Jésus est venu dans ce monde pour nous dire son amour et pour nous libérer, ce n’est pas pour que nous chrétiens nous nous détournions de la chose publique et que nous nous refermions dans un petit cocon. C’est pour que nous défendions notre statut d’homme et de femme créés à l’image de Dieu, libres. Ce que Jésus a fait. Jésus ne s’est pas retiré au désert, il ne s’est pas retiré dans le monastère des Esséniens à Qumran, il a exercé son ministère en Galilée au milieu du peuple.

La Galilée c’est un choix de Jésus, pas anodin. Lieu où le pouvoir romain est bien implanté, où païens et juifs, culture grecque et juive se côtoient. Lieu de passage commercial. Lieu étant passée d’une main à l’autre. Lieu où les révoltes grondent régulièrement. Lieu de confrontation culturelle. C’est là que Jésus exerce son ministère, dans le monde[2].

Reste à savoir de quoi est faite la liberté à laquelle Dieu nous appelle ? La réponse, dans le cadre d’une prédication, ne peut qu’être incomplète. Mais essayons quand même.

L’apôtre Paul dit: Le Christ nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres. Tenez bon, donc, ne vous laissez pas de nouveau réduire en esclavage (Ga 5,1). Dans le contexte des Galates, il est question d’être libéré d’une forme de légalisme religieux. Mais Paul ajoute aussitôt : Seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte pour vivre selon les désirs de votre propre nature. Au contraire, laissez–vous guider par l’amour pour vous mettre au service les uns des autres (Ga 5,13). Cette liberté n’est pas anarchique.  On retrouve la même idée quand Paul dit que le chrétien peut manger de tout, mais si faire cela devient occasion de chute pour quelqu’un, il faut y renoncer. La liberté chrétienne n’est pas une fin en soi, elle est au service de. Et cette liberté, Paul la défend. Il n’y est pas indifférent. Paul dit clairement que les personnes adeptes d’une grande liberté en lien avec ce qu’elles mangent et celles pour qui cela est un cas de conscience ont toutes le droit à l’expression dans la jeune Eglise de Corinthe.

Il y a chez Paul une liberté pour aller à la rencontre de l’autre, mais sans se laisser lui-même enfermer dans ce que nous appellerions une indifférente tolérance. Paul dit clairement ce qu’il pense, il revendique ce droit à pouvoir le dire, mais laisse l’autre libre. Jésus avait la même attitude.

C’est la liberté que donne l’amour qu’on a pour l’autre. Cette liberté demande à être défendue par nous autres chrétiens, dans un monde qui s’achemine de plus en plus vers la dictature d’une pensée unique, de la pensée dominante. Le rôle des chrétiens est justement de se battre contre l’absolutisation de la pensée dominante, car le chrétien est libre. Ce d’autant plus que la pensée dominante d’aujourd’hui n’est pas celle d’il y a 50 ans, et que dans 50 ans elle sera différente: elle fluctue.

Que voter ? Je te laisse décider pour toi-même.

Mais, afin que tu ressortes avec quelque chose pour toi-même de ce culte, je te pose quelques questions :

  • dans ta vie, sur quel terrain a lieu la bataille entre liberté et tentation de la tranquillité ?
  • dans ta vie, sur quelle terrain, avec qui, ta liberté serait-elle tentée de s’absolutiser face à l’autre, c’est-à-dire de le priver de sa liberté ?
  • dans ta vie, face à quoi, ta liberté chrétienne pourrait-elle jouer le rôle d’un contre-pouvoir ?

Amen.

 

 

 

 

 

 

[1] Cité dans Dictionnaire de la vie spirituelle, Cerf, Paris, 2012, p.626.

[2] Voir Monde la Bible n°134 : Jésus le Galiléen ; et Biblical Archeological Review, vol. 33 n°4, juillet 2007, Galilee in Jesus’ time.

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