Bulle 4 décembre 2016 – Luc 1,26-48 – Raisonner, douter, céder, partager et… adorer !

 

Penchons-nous ce matin sur la réaction de Marie face au message de l’ange. Marie ne dit pas tout de suite oui/amen au projet de Dieu et comme si cela allait de soi. Elle entre dans un cheminement intérieur propre à ceux qui sont confrontés à l’annonce de l’Evangile et qui peut être aussi le nôtre.

 

  1. L’Evangile et l’identité de Jésus

Qu’annonce l’ange à Marie ? Elle sera enceinte et donnera naissance à un enfant bien particulier. Pas un sage, ni un philosophe, un humaniste, un maitre spirituel. Non, il s’appellera Jésus (Dieu sauve) ; Fils du Très-Haut (origine divine) ; un roi (non politique) dont le règne sera éternel. Donc bien plus qu’un simple mortel : un être saint, parfait (sans péché), qui vivra éternellement, à la fois de nature humaine et divine. Jésus ne sera pas simplement un guide spirituel  éveillé capable de nous montrer le chemin du salut comme d’autres l’ont fait avant ou après lui. Les fondateurs de religions sont venus en tant qu’être humain et aucun n’a dit être Dieu ni revendiqué le statut de rédempteur ou de sauveur. Or la Bible dit que Jésus est LE chemin du salut.

 Le nom de cet enfant révèle le caractère unique du christianisme. En ceci la foi chrétienne est fondamentalement différente de toutes les autres religions. Si Jésus est bel et bien plus qu’un homme, s’il est Dieu lui-même incarné, cela fait une réelle différence par rapport aux autres religions. Il faut vérifier cette affirmation et cela nous met en responsabilité de peser le pour et le contre. Soit ce qui est dit de lui est faux et alors je n’ai rien à faire ici. Soit ce qui est dit de lui est vrai et alors cela fait une différence et le seul choix possible consiste, s’il est Dieu, à me prosterner devant lui !

 

  1. Cheminement de Marie

Qu’est-ce qui rend Marie si importante pour nous ? C’est la façon dont elle réagit et répond à Dieu. Marie va cheminer et sa réponse implique tout un travail de réflexion qui doit être aussi le nôtre. Je distingue 5 étapes.

 1. Réfléchir – Marie se demandait ce que signifiait cette salutation (v.29)

Le verbe grec utilisé pour « se demander » sous-entend l’utilisation de la raison, de la logique. Marie cherche à comprendre comment tout cela peut être vrai car cela n’est pas si normal pour elle de voir un ange ! Elle lutte pour comprendre et croire ce qu’elle entend parce que cette annonce ne correspond pas avec ce qu’elle sait. Affirmer à un juif que Jésus sera divin quand on croit en un Dieu transcendant, c’est stupéfiant ! Tout comme ce sera difficile pour les disciples « d’entendre » Jésus quand il dit qu’il ressuscitera.

C’est aussi dur pour elle, dans son monde, de croire à l’Evangile que ça l’est (dans une toute autre mesure) pour nous aujourd’hui. Cela représente un défi pour toutes nos visions du monde et s’accorde difficilement avec elles. Quels que soient les endroits et les époques, les hommes ont toujours dû surmonter des obstacles pour croire que Dieu s’incarne. Du point de vue de la raison, cela semble impossible. Mais Marie évalue les paroles de l’ange comme nous devons être prêts à utiliser notre raison pour évaluer le message chrétien.

 2. Douter – comment cela se fera-t-il puisque je ne connais pas d’homme ? (34)

Marie exprime ouvertement ses doutes. En rappelant qu’elle n’a pas eu de relations avec un homme elle désire être honnête sur ces incertitudes et questions. Il y a 2 formes de doutes : le doute malhonnête qui consiste à dire : de toute façon c’est une idée absurde, c’est impossible voire stupide. Ce doute est plein de mépris, d’orgueil et de paresse. C’est une façon d’échapper au travail de réflexion ! Et puis le doute honnête et humble qui pose des questions au lieu d’ériger un mur. Poser des questions vous rend vulnérable. Cela laisse une porte ouverte à une réponse susceptible de modifier votre point de vue. Le doute honnête est ouvert à la foi car si vous recherchez des renseignements et surtout des réponses vous pourriez bien en trouver ! Si Marie n’avait pas exprimé son doute, l’ange n’aurait pas dit « rien n’est impossible à Dieu ». Plus nous sommes prêts à exprimer nos doutes de façon humble et honnête plus nous recevrons des réponses.

 3. Céder – je suis la servante du Seigneur, que ta parole s’accomplisse pour moi (v.38)

Après la réponse de l’ange Marie prend sa décision et accepte la mission. Elle ne dit pas « je vais t’obéir si…ou je vais faire cela si… ». Cela n’est pas de l’obéissance. Cela reviendrait à dire à Dieu : « tu es mon consultant et pas mon Seigneur ». Prenez Abraham : Dieu l’appelle à quitter son pays. Il ne dit pas « où est-ce que je vais ? ». Dieu lui répond en substance « tu le sauras plus tard ». Pourquoi ? La foi c’est choisir de suivre Dieu sans exiger de savoir à l’avance tout ce que Dieu nous demandera. C’est renoncer au contrôle de notre existence et laisser tomber nos exigences. C’est renoncer à rester sur le trône de notre vie et lui abandonner totalement la place de conducteur.

Allons plus loin. Si j’y crois vraiment, je sais que cela aura un cout. Marie prend en considération, comprend et accepte le cout de cette décision. Elle en a une vague idée (enceinte et non mariée = conséquences sociales que l’on connait)… Accepter la parole de Dieu a un cout ; devenir chrétien a un cout ; suivre Christ peut nous couter : notre place de travail, des amis, notre réputation, même notre vie dans certains endroits…

Parfois nous aimerions pouvoir négocier ce cout mais comme nous ne savons pas à l’avance ce que cela nous coutera, nous devons choisir à l’avance d’accomplir la volonté de Dieu de façon inconditionnelle. Sur quelle base ? Sur la base de cette promesse : « je suis avec toi »… promesse qui donnera à Marie et Joseph le courage d’avancer. Du courage il leur en faudra… et il nous en faut aussi pour accomplir la volonté de Dieu quoi qu’il en coute.

 4. Partager – rencontre avec Elisabeth (vv.39-45)

Sa rencontre avec sa cousine va beaucoup encourager Marie car elle l’aide sans doute à envisager sa situation sous un nouveau jour. Certaines choses doivent échapper à Marie jusqu’à ce qu’elle rencontre une autre croyante avec qui elle pourra parler de tout cela. Car elle n’est pas la seule à vivre quelque chose qui la dépasse. Dans notre cheminement nous avons besoin des autres car ils peuvent apporter un éclairage nouveau sur ce qui nous arrive. C’est aussi pour cela que nous avons besoin d’une communauté. Réfléchir, douter et obéir ne se fait pas en solitaire, sans amis sur qui compter et que Dieu utilise pour répondre à nos questions. C’est bon de pouvoir partager et surmonter nos luttes spirituelles avec d’autres. Grâce à cette visite à Elisabeth, Marie reconnait humblement que Dieu est en train d’accomplir sa promesse au travers de l’enfant qu’elle porte.

 5. Adorer – Mon âme célèbre la grandeur du Seigneur (v.48-49)

Au bout de ce cheminement intérieur, quand je saisis que tout cela est vrai, je ne peux que plier le genou et adorer. C’est ce que Marie va faire avec ce Magnificat. Elle loue et adore le Seigneur de tout son cœur en se référant à la tradition biblique montrant ainsi que Marie a saisi que l’Annonciation n’est pas contradictoire avec la foi biblique mais bien son accomplissement.

Pour conclure : maintenant et alors que Noël approche, chacun est invité à se positionner devant la personne et l’appel du Christ. Soit Noël une fable soit c’est la vérité. Soit je traverse cette période/ma vie sans aucune espérance soit je place ma confiance en Celui qui me dit « je suis avec toi, courage, n’aie pas peur ».

Prière : Père, à l’exemple de Marie tu invites chacun à entreprendre ce cheminement intérieur. Aide-moi avec ton SE à te suivre et à t’obéir quoi qu’il m’en coute. Donne-moi le courage nécessaire pour renoncer à mes exigences et à descendre du trône pour t’y mettre toujours à nouveau. Merci pour les frères et sœurs que tu mets à mes côtés pour avancer sur ce chemin et mieux te connaitre. Merci parce que tu es avec moi, tu me donnes le courage d’avancer. Dispose mon cœur à t’adorer jour après jour. Amen 

 

Pour aller plus loin :

  • Quels sont nos/les obstacles à croire l’Evangile ? Comment les surmonter ?
  • A quel point laisses-tu encore de la place au doute humble/honnête dans ta vie ?
  • Pourquoi est-ce si difficile de renoncer à tout savoir à l’avance, à nos exigences ?
  • Qu’est-ce que la foi t’a couté ou peut te couter ? Comment agir en amont ?
  • Quelle est la place des autres/de la communauté dans ton cheminement ?
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