Prédication sur Jer 1,1-3 et Mt 1,1-18a et He 11.2 (texte annexe : Ps 106).

Retrouver une confiance prophétique pour aujourd’hui.

Combien de fois ne suis-je pas amené à entendre des remarques du style : Si Dieu existe pourquoi tant de misère ? Le rabbin de notre histoire y a répondu[1]. Par contre, on peut se poser une autre question : où est Dieu au sein de nos misères, où est-il dans le chaos de ce monde ? Nous, chrétiens, sommes soumis à un danger : limiter la souveraineté de Dieu au ciel ; nous appuyer sur un après-la-mort plus heureux que l’ici-et-le-maintenant. Je crois que rien n’est plus anti-biblique que cela. Nous allons essayer de voir cela en parcourant ensemble le livre de Jérémie et l’évangile de Matthieu dans mes prochaines prédications[2].

Dès les 1ers versets de son livre, Jérémie nous interpelle : la parole du Seigneur Dieu, qui n’est pas que parole, mais qui produit un événement vient sur lui, à lui, en lui, jusqu’à lui. Le mot parole peut se traduire par événement en hébreu. Et cette parole advient sous 3 rois : Josias, Jojakim et Sédécias.

Josias c’est le roi de la réforme religieuse, le roi qui prône un retour à la foi simple et entière au Seigneur Dieu qui a libéré Israël d’Egypte ; sous son règne, on redécouvre le rouleau du Deutéronome qui s’était perdu dans le temple ; c’est comme un retour aux sources qui bouleverse ce jeune roi de 26 ans[3] qui pousse alors son peuple à retrouver la foi en Yahwé. Josias va nettoyer de manière musclée le pays du culte de Baal. Josias c’est le roi de la ferveur retrouvée, de la foi retrouvée.

Jojakim c’est le roi du refus de la foi. Sous son règne, la foi en Yahwé disparaît à nouveau. Le souvenir que Jojakim laisse de lui-même c’est celui de ce roi qui prend le rouleau des prophéties de Jérémie et qui le jette page à après page dans la cheminée de son palais. Il est l’anti-Josias.  Son règne est marqué par une domination de plus en plus forte de Babylone.

Et Sédécias c’est le roi de la défaite et de la destruction du temple par Babylone. Aux yeux de ses contemporains, selon la vision du monde d’alors, il est le roi de la défaite de Yahwé, le Dieu d’Israël face aux dieux babyloniens qui ont donné la victoire à Nabuchodonosor.

Ce qui m’interpelle c’est que la parole de Dieu qui fait événement, qui veut créer quelque chose, qui a un effet, qui change quelque chose est adressée à Jérémie dans ces 3 périodes de son histoire. Que pouvons-nous en tirer pour nous ?

Nous n’avons pas de difficulté à comprendre que Dieu règne dans nos moments de ferveur, de confiance, d’enthousiasme. Cela semble aller de soi. Quand tu redécouvres le goût de la prière, de la lecture biblique, que tu as de la joie à mettre en pratique ce que tu y lis… Quand tu as l’impression que Dieu se révèle à toi, que tu sens sa présence… Alors, tu n’as pas de difficulté à croire que Dieu règne, qu’il est là, agissant, souverain. Mais… cette facilité s’accompagnerait-elle d’une légèreté ou d’une superficialité qui empêche ta vie de se laisser imprégner en profondeur par le Seigneur ? En effet, une fois Josias mort, sa réforme semble ne laisser aucune trace dans la vie de son peuple. Le Deutéronome nous appelle de nombreuses fois à ne pas oublier ce que Dieu dit et fait dans notre vie. Le psaume 106 aussi.

Oublier peut nous conduire à renier ce que nous avons vécu, ce que nous avons compris, ce que nous avons reçu dans nos moments de ferveur et d’intimité avec le Seigneur. Il nous arrive de faire marche arrière. Mais, même là, la parole de Dieu qui veut changer quelque chose, qui veut devenir événement, qui veut créer quelque chose dans notre histoire se fait entendre. Ce n’est pas parce que Jojakim renie Dieu que Dieu tourne le dos et se tait. Ce n’est pas parce que tu as de la peine à croire, que tu traverses une période de doute, que tu vis un moment de crise dans ta foi que Dieu se désolidarise de toi. Il est fidèle. Comme le rappelle Paul à Timothée : Si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut pas se mettre en contradiction avec lui–même (2Tim 2,13).

Nous avons parfois l’impression de vivre une période de l’histoire où les voix qui se font entendre sont celles de l’impiété, de l’incrédulité, du questionnement méprisant la foi et les valeurs chrétiennes. Le 10 mars, la jeunesse socialiste zurichoise votait une prise de position demandant, je cite, le remplacement de tous les jours fériés chrétiens par des jours fériés laïcs, comme la journée des droits de l’homme ou celle de la femme ; la même prise de position demandait que l’Etat reprennent en main tout le travail social des Eglises[4].

Même ainsi, je crois que le Seigneur reste souverain, agissant. Sa parole qui veut faire événement en nous et au-travers de nous continue à venir à nous. Christ Jésus veut continuer à s’incarner, à se montrer au travers de nous.

Tu vois… Quand on lit la généalogie de Jésus dans Mt 1, on peut se dire que ce texte est juste à ignorer. Pourtant, le grec nous l’introduit ainsi : livre des engendrements de Jésus Christ. Dans ce livre des engendrements de Jésus se trouve une liste de personnages tout sauf pieux. Par ex. le roi Manassé qui pratiqué le sacrifice d’enfants. Par ex. Jojakim. Par ex. Tamar qui se déguise en prostituée pour coucher avec son beau-père. Et Matthieu ose dire que ce sont des engendrements de Jésus-Christ !!! C’est bien là, dans le texte biblique. Comme pour nous dire : Quand bien même vous feriez de votre histoire une histoire sombre et sanguinaire, il y aura toujours, derrière, Dieu qui tissera une autre histoire[5], celle de sa souveraineté présente et finale. Quand les leaders religieux et politique ont refermé le tombeau sur Jésus, fiers et soulagés de s’en être débarrassé, Dieu tissait son histoire à lui, celle de Pâques, celle de la résurrection, celle de sa souveraineté. Alors que les disciples d’Emmaüs s’en allaient découragés, Jésus les rejoignait souverain, tissant avec eux, sans qu’ils ne s’en rendent compte tout de suite, une révélation de sa majesté. Quelque soit le temps historique que nous vivons, quelque soit la période de vie que nous traversons, n’oublions pas : Jésus, Ressuscité, tisse une autre histoire, celle de sa souveraineté. Dans nos moments difficiles aussi.

Et puis, il y a des périodes de notre histoire ou de notre vie où Dieu semble avoir été vaincu. Vaincu par le mal, la maladie, la mort. Vaincu par le mépris. Vaincu par les nouvelles divinités auxquelles on veut nous obliger à sacrifier : la laïcité, la science, les nouvelles technologies[6], l’intelligence artificielle, l’argent, etc. Alors grande est la tentation de se réfugier dans une religion qui nous promet un futur meilleur dans un autre monde où Dieu règnera vraiment. Mais ce n’est pas ça le message des prophètes. Ainsi parle l’Éternel : Si vous pouvez rompre mon alliance avec le jour et mon alliance avec la nuit, en sorte qu’ils ne soient plus jour et nuit en leur temps, alors, elle sera rompue aussi mon alliance… (Jer 33,20-21). Une autre manière de dire que Dieu reste fidèle et souverain, au contrôle. Mais peut-être devrons-nous en arriver à toucher le fond auparavant. Le Seigneur est souverain et il veut nous relever, nous éclairer, nous adresser sa parole qui fait événement. Nous relever en vue de quoi ? Comme disait une méditation apportée par un conseiller de paroisse: Nous relever, non en vue d’un ailleurs mythique que je me construirais, où je chercherais à fuir, mais en vue d’un extérieur où se dégage une autre vue sur la situation, un regard neuf sur moi et sur le monde.

Jérémie et Matthieu nous entraînent dans le sillage de notre Dieu qui est un Dieu à l’œuvre dans les différents périodes de notre vie et de notre histoire, dans les hauts et dans les bas de notre histoire, de notre vie. Le Dieu de Jérémie, le Dieu qui nous visite en son Fils, est un Dieu qui lance un véritable défi à tout ce que nous pouvons imaginer et penser sur ce monde et sur Dieu lui-même. Notre Dieu est le Sauveur qui œuvre mystérieusement dans notre misérable histoire[7]. Ce qui permet à Paul de nous encourager en disant : Rien ne peut nous séparer de l’amour que Dieu nous a manifesté en Jésus (cf. Ro 8).

Notre Dieu n’est pas un dieu éthéré, lointain, qui s’en fiche. Il est celui qui continue à nous adresser sa parole qui veut faire événement, créer et faire la différence si nous l’écoutons. Il parle par nos circonstances. Il parle dans nos doutes. Il parle dans nos moments difficiles. Il parle dans nos épreuves. De loin pas toujours avec des mots. Nous pouvons être des Jérémie qui se font témoin de la souveraineté de Dieu ; demandons au Seigneur de nous ouvrir les yeux sur l’histoire qu’il serait en train de tisser derrière les apparences parfois désespérantes de notre monde et de nos circonstances. Paul nous le redit  (cf. Eph 5,17 version PVV) : C’est pourquoi ne soyez pas déraisonnables et imprudents, ne vivez pas en dilettantes[8] mais, à travers tout ce qui vous arrive, en toutes circonstances, cherchez à comprendre ce que le Seigneur veut vous dire, puis tenez-vous fermement à ce qu’il vous demande.

Vivons de cette assurance que le Seigneur tisse son histoire entre les fibres de la nôtre, voire même avec les fils de la nôtre. Accueillons sa parole, sa présence, son Esprit Saint qui sauront faire événement dans notre vie. La Bonne Nouvelle c’est que le Seigneur veut engendrer sa présence et sa souveraineté au sein des accrocs de nos histoires. Il nous invite à ne pas juste fabriquer et stoker le savon, mais à l’utiliser…

Amen.

 

[1] Un rabbin et un fabricant de savon étaient en train de se promener ensemble.

Le fabricant de savon interpella son ami :

– Dis-moi, à quoi sert donc la religion ? N’est-elle pas bonne à rien ? Regarde tous ces conflits et les misères qui règnent dans ce monde après des milliers d’années d’enseignement sur la bonté, la vérité, la paix ; et après tant de prières et de sermons. Si la religion était bonne, vraie et pertinente, pourquoi le monde est-il encore comme ça ?

Le rabbin ne répondit rien. Les 2 amis continuèrent leur promenade jusqu’à ce que le rabbin aperçoive un enfant jouant dans le caniveau. A son tour, il interpella le fabricant de savon :

– Regarde donc cet enfant. Tu m’as dit que le savon sert à faire en sorte que les gens soient propres, mais regarde toute la saleté qui recouvre ce gamin. A quoi bon le savon ? Franchement, n’est-il pas bon à rien ? Avec tout le savon que le monde produit, cet enfant est malgré tout encore sale. Je me demande bien à quoi sert ton savon…

Le fabricant de savon se mit à protester :

– Mais rabbi, le savon ne peut rien faire de bon si on ne s’en sert pas.

– C’est exact, mon ami. Ainsi en va-t-il de notre religion. Elle est sans effet, à moins que nous l’appliquions à notre vie.

D’après Paul Wharton, Stories and parables for preachers, p.61

[2] Jérémie et Jésus ont bien des choses en commun : ils servent le même Dieu et cela se voit dans leur parcourt. Jésus, Dieu-avec-nous-qui-sauve parcourt notre chemin d’humanité jusque dans la mort, il se fait solidaire avec nous jusque dans la mort avant de ressusciter à Pâques.  Jérémie, dont le nom signifie Dieu élève, vit un chemin d’abaissement jusque dans un exilé où il est emmené de force par ses contemporains rebelles. Jérémie annonce que Dieu fera une nouvelle alliance avec son peuple ; Jésus la réalise.

[3] Il devient roi à 8 ans et la 18e année de son règne on trouve le rouleau de la Loi.

4] Voir articles suivants :

Fini les jours fériés à Noël, au nom de la laïcité.

Suisse – Fêter la journée internationale des femmes et la journée des droits de l’homme plutôt que Pâques et Noël, c’est l’une des demandes de la prise de position «Religion et État» adopté le 10 mars par la jeunesse socialiste du canton de Zurich. Le document d’un peu plus de cinq pages repéré par l’agence IdeaSchweiz propose une série de mesures visant une stricte séparation entre Église et État et remet en cause le «mythe de la culture chrétienne» de notre pays. Outre le fait de ne plus fixer les jours fériés en fonction de fêtes religieuses, les politiciens en herbe proposent par exemple un élargissement de l’État social pour que la société n’a ait plus à s’appuyer sur les œuvres sociales religieuses. «Il s’agit de revendiquer une claire séparation entre Église et État», précise le site des jeunes socialistes. «Notre prise de position ne juge pas les religions comme bonnes ou mauvaises.»

Article repris de Protestinfo, paru le 14 mars 2018 sur https://protestinfo.ch/201803148858/8858-breves.html.

 

Will die JUSO Weihnachten verbieten?

Wird die JUSO wirklich zum Kinderschreck, wie es “Blick am Abend” behauptet? Welche Forderungen stehen im Papier, welches die JUSO Kanton Zürich am 10.3.18 verabschiedete? Und leben wir wirklich in einem säkularen Staat?

Der Leitgedanke des Papiers ist sehr simpel: Staat und Religion sollen getrennt sein, die Religionsausübung Privatsache. Aus diesem Grundsatz folgt eine Reihe von Forderungen und Positionen: Heute können einige (christliche) Religionsgemeinschaften Steuern erheben lassen. Dies ist nicht nur eine Ungleichbehandlung der anderen Religionsgemeinschaften, es ist auch unfair gegenüber diversen Vereinen, die oftmals grossartige Arbeit leisten, aber ihre Mitgliederbeiträge weiterhin selbst einziehen müssen. Wichtig ist, dass die vielen letztlich staatlichen Aufgaben, die Religionsgemeinschaften heute übernehmen, wieder direkt durch den Staat übernommen werden.

Zur kontrovers diskutierten “Abschaffung” von Weihnachten: Natürlich darf jede*r weiterhin feiern, was und wie er oder sie will. Es ist aber fraglich, warum in einem säkularen Staat der Tag der Menschenrechte nicht als Feiertag gilt, ein religiöser Feiertag hingegen schon. Wenn Religion Privatsache ist, soll der Staat nicht die Feiertage einzelner Religion bevorzugen.

Das Papier verschreit Religion nicht als gut oder schlecht. Wir sehen existierende Konflikte in der Schweiz nicht als Konflikte zwischen Religionsgruppen, sondern (nicht-christliche) Religionen als Sündenböcke, welche gebraucht werden um von den wahren Konflikten abzulehnen. Gerade darum aber ist eine saubere Trennung von Staat und Religion wichtig. Wenn diese Trennung vollzogen wird, werden soziale Konflikte als das erkannt, was sie sind: Das Ergebnis bürgerlicher Abbaupolitik.

Paru le 12 mars 2018 sur https://juso.org/2018/03/12/will-die-juso-weihnachten-verbieten/.

La prise de position originale est consultable sur https://juso.org/wp-content/uploads/sites/31/2018/03/Religionspapier-JUSO-Kanton-Zürich_def.pdf.

[5] Matt Woodley, The Gospel of Matthew,  IVP, 2011, p.26.

[6] Doris Leuthard aurait aimé ouvrir le chemin vers une généralisation de la 5G en Suisse, ce qui aurait occasionné une intensification du rayonnement des ondes. Il arrive parfois encore que des gens ne suivent pas les diktats de l’économie, comme le Conseil des Etats qui a refusé l’assouplissement des lois sur le rayonnement ionisant. Il semblerait que le Conseil Fédéral envisage néanmoins de passer outre au nom du culte de l’économie.

Voir ci-après :

Début mars, le Conseil des Etats a refusé d’augmenter les valeurs limites de radioprotection, empêchant le déploiement de la 5G en Suisse. 

A la suite de ce refus, le conseiller national PLR Fathi Derder a demandé au Conseil fédéral s’il était prêt à modifier directement, sans passer par le Parlement, l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant.

Le Conseil fédéral a répondu lundi qu’il “respecte la volonté du Parlement et est conscient que la décision de ne pas augmenter les valeurs limites préventives des émissions rendra le déploiement de la 5G plus difficile en Suisse”.

Le gouvernement explique qu’il “est toutefois envisageable d’adapter les méthodes de mesures et de calcul pour les limites préventives des émissions”. Cela permettrait une augmentation modérée de la capacité des sites existants, et cela sans modifier l’ordonnance précitée. “Le déploiement initial de la 5G, dans l’attente d’une révision future éventuelle des valeurs limites, sera ainsi facilité”, conclut le Conseil fédéral.

Publié par l’AGEFI du 13 mars 2018. http://www.agefi.com/home/suisse-economie-politique/detail/edition/online/article/malgre-le-refus-de-conseil-des-etats-daugmenter-les-limites-preventives-emissions-le-deploiement-de-la-5g-est-envisageable-selon-la-conseillere-federale-doris-leuthard-471940.html.

Le virage numérique suisse est menacé

Le Conseil des Etats a refusé d’assouplir une ordonnance sur le rayonnement émis par les antennes de téléphonie mobile, compromettant le lancement, en 2020, de la 5G. Les opérateurs télécoms sont furieux, mais les milieux de la santé demandent d’être prudents.

Il ne s’en est fallu que d’une voix. Par 22 voix contre 21, le Conseil des Etats refusait ce lundi d’assouplir la réglementation sur les antennes de téléphonie mobile. La Suisse conservera ainsi une ordonnance fixant des valeurs de rayonnement non ionisant maximales dix fois plus basses que dans l’Union euro-péenne. Ce vote d’apparence anodine pourrait avoir des conséquences majeures sur la numérisation du pays, avertissent les opérateurs télécoms, pour qui le déploiement de réseaux 5G est désormais compromis. En face, leurs opposants affirment que la santé de la population doit primer.

Swisscom avait effectué, avant le vote de lundi, un important travail de lobbying, contactant les sénateurs un à un. En vain. Désormais, l’opérateur prévient: «Les réseaux de téléphonie mobile risquent de s’effondrer.» Dans son argumentaire, l’entreprise affirme «qu’au vu des valeurs limites de l’ordon-nance sur le rayonnement non ionisant (ORNI), 90% de nos sites dans des zones urbaines ne peuvent pas être équipés avec des antennes 5G car ils n’en ont simplement pas la capacité».

«Régression des capacités»

Andreas Schönenberger, directeur de Salt, est encore plus direct: «Compte tenu de l’augmentation constante de la consommation en données des utilisateurs, qui fait plus que doubler tous les 12 mois, ainsi que de la croissance de la population, il faudra par endroits – hélas – s’attendre à une stagnation, voire une régression, de la capacité disponible pour un utilisateur, quel que soit l’opérateur.» «Déçu» par le vote, Andreas Schönenberge estime qu’il «va compliquer le développement futur des réseaux mobiles en Suisse et risque de retarder la stratégie numérique adoptée par le Conseil fédéral».

La future 5G offrira des débits dix fois plus rapides qu’aujourd’hui, permettra à des voitures autonomes de circuler sans heurts et à des millions de machines de communiquer entre elles. Prévue initialement pour 2020, cette technologie est compromise, selon les opérateurs. «Avec la réglementation actuelle, nous ne pourrons la déployer que de manière parcellaire dans les centres urbains. Les plans initiaux devront être totalement revus», regrette un porte-parole de Swisscom, qui ajoute: «L’ORNI nous forcera à installer davantage d’antennes. C’est absurde et totalement impossible, vu les difficultés que nous rencontrons pour obtenir les permis.»

Suisse pénalisée?

Même economiesuisse avait interpellé les sénateurs avant le vote de lundi, avec notamment cet argument: «Les Etats membres de l’Union européenne et de nombreux autres pays mettent les bouchées doubles pour introduire les réseaux de nouvelle génération. Si nous souhaitons éviter que la Suisse soit pénalisée face à la concurrence, il faut créer rapidement les conditions qui permettent d’introduire la 5G.»

Selon Swisscom, un hypothétique changement de l’ordonnance pourrait prendre plus de deux ans. La révision de la loi sur les télécoms, qui sera débattue à Berne a priori à la fin de cet été, pourrait permettre de changer les valeurs limites. Mais sans garantie.

«La santé doit primer»

Les sénateurs seraient-ils des irresponsables? Bien au contraire, affirme Géraldine Savary (PS/VD). «Je suis d’abord surprise par la stratégie du Conseil fédéral, qui a les compétences pour modifier l’ordonnance, mais qui a préféré s’en décharger sur le parlement. Pourquoi ce manque de courage? L’exécutif n’est-il lui-même pas convaincu qu’il faille assouplir les valeurs limites?» La sénatrice explique aussi que le parlement attend depuis des années un rapport du Conseil fédéral sur les conséquences du rayonnement non ionisant sur la santé, «et il n’est justement pas responsable de modifier les valeurs limites sans détenir ces informations».

Géraldine Savary relativise l’argument d’une Suisse dépassée sur le plan numérique. «Je suis certaine qu’il y a des solutions techniques alternatives pour bâtir des réseaux 5G. Et la santé de la population doit primer sur des considérations économiques. Je ne suis pas à l’aise avec le lobbying intense effectué par les opérateurs. Cette décision est trop importante pour être prise dans l’urgence.»

La FMH demande d’attendre

Les milieux de la santé penchent pour le statu quo. La Fédération des médecins suisses (FMH) avait pris position avant le vote de lundi. Pour elle, «une bonne couverture de réseau de téléphonie mobile et l’accès à l’Internet mobile sont déterminants pour le développement économique en Suisse. La FMH exige la mise en place d’un système de surveillance des rayons non ionisants ou des recherches complémentaires sur l’impact du rayonnement sur la santé». Pour la fédération, «des études à ce sujet sont en cours, mais les versions définitives ne sont pas encore disponibles». Et la FMH conclut: «Du point de vue scientifique, il est préférable de renoncer à une hausse des valeurs limites avant la publication des résultats.»

Publié par Le Temps, le 9 mars 2018, sur : https://www.letemps.ch/economie/virage-numerique-suisse-menace.

[7] Woodley, p.28.

8] Personne qui ne suit que les impulsions de son plaisir, de ses goûts, qui exerce une activité de manière fantaisiste. Source : Larousse.

2018-04-23T09:06:30+00:00
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