Prédication sur Jérémie 1,11-19 et 2.1-21 / Ap 2,1-5a / Luc 10,20-21.

Devenir des chrétiens prophétiques motivés par l’amour et la liberté.

Nous continuons ce matin à méditer sur la nécessité de retrouver le caractère prophétique de notre foi en Christ Jésus. Certains propose des écoles de prophètes… je ne sais pas si cela s’apprend. En tous cas, avoir un temps soit peu l’envie d’être prophète, c’est, a-priori, selon l’Ancien Testament, rechercher les ennuis. Aucun de ceux qui nous ont laissés des informations sur leur biographie ont eu une vie facile et populaire, tous ont souffert de l’incompréhension de leurs destinataires. Et pourquoi ? Parce que leur rôles a été de semer des grains de sables dans les rouages d’une humanité qui tend à penser qu’elle ne doit rien au passé et encore moins à son Créateur. En effet, vous avez remarqué que dans le texte que nous avons lu, il est question d’annoncer le jugement de Dieu, il est question de dénoncer, de jouer au trouble-fête, au trouble-illusion, au contestataire. Car le prophète, du temps de l’Ancien Testament, conteste l’ordre établi. Il se permet de déranger le ronronnement du monde, et de secouer le peuple de Dieu, l’Eglise assoupie, ce peuple censé faire entendre une mélodie différente dans le concert de l’humanité.

Quelle pédagogie le Seigneur inspire-t-il à Jérémie ? Et en quoi peut-elle nous interpeller sur nous-mêmes car nous ne pouvons pas nous permettre de juger et condamner. Jésus a été clair sur ce point[1]. Comment remettre en question l’ordre établi sans cet esprit critique condamnateur ?  En se laissant soi-même interpellé.

La 1ère chose sur laquelle le Seigneur interpelle son peuple c’est : Je me souviens de ton amour de jeune fille, de ton affection de fiancée, quand tu me suivais au désert. Quelle injustice vos pères ont-ils trouvée en moi, pour s’éloigner de moi, et pour se rallier à ce qui est vain et devenir eux-mêmes vanité? Posons-nous d’abord la question pour nous-mêmes : Quel est le moteur de notre foi ? Quel est le moteur de notre engagement chrétien ? Qu’est-ce qui fait de nous des disciples de Jésus ? Qu’est-ce qui fait que tu crois en Lui, que tu viens ce matin à l’Eglise ? Est-ce l’amour que tu portes au Seigneur Jésus ? C’est quoi qui  fait vibrer ta foi ? Imaginons un instant que tout aille de travers dans ta vie, pas comme tu l’aurais souhaité… que resterait-il de ta foi ?

Dans l’Apocalypse, Jésus reproche à l’Eglise d’Ephèse d’avoir remplacé son 1er amour pour lui par un tas d’activités et de prises de positions.

Tu sais, l’amour d’une fiancée pour son fiancé, ça s’exprime dans le fait que ses pensées se portent tjs vers lui. Si quelqu’un touche son fiancé, ça lui fait mal. Quand on s’en prend au Seigneur Jésus est-ce que cela te fait mal ? Pas mal à ta théologie, mais mal au cœur… Si tu aimes ton conjoint, ça te fait mal si quelqu’un lui fait du mal. Il y a ce lien d’amour qui fait que la douleur de l’autre devient la nôtre.

Le prophète, quand il conteste l’ordre établi ou qu’il annonce une parole de jugement, ne le fait pas pour classer les gens entre bons et mauvais, il n’est pas là pour étiqueter les gens de son peuple. Il agit parce qu’il ressent la douleur réelle de Dieu.

Chacun de nous devrait se demander régulièrement : où en sommes-nous dans notre amour pour Christ ? Notre cœur bat-il encore pour lui ? Avons-nous encore la conscience aigüe de Son Amour si fort, si grand, si inimaginable pour nous ?

Le 2e point sur lequel Dieu interpelle son peuple par Jérémie, c’est : mais… qu’est-ce qui s’est passé pour que votre foi, votre relation à moi se refroidissent à ce point ?

Parmi nous il y a ceux qui sont encore tout feu tout flamme pour Christ Jésus. Et il y a ceux dont l’enthousiasme s’est refroidi. Et ce processus menace tout le monde. C’est pourquoi j’en parle sans esprit de jugement.  Tout chrétien connaît cette réalité, des hauts et des bas dans notre attachement à Jésus. Si nous nous sommes éloignés du 1er amour… si nous nous sommes éloignés du Seigneur, pourquoi ? Quand ? Où ? Souvent c’est parce que nous sommes pris par la vie et son rythme, par la vie et ses exigences, par la vision ambiante du monde. Comme Israël… qui souhaite un roi en chair en os pour diriger le pays plutôt que des hommes choisis par Dieu et habités par le Saint Esprit. C’est plus commode de se laisser diriger par une institution que par l’inspiration divine. Comme Israël qui voit bien que la grandeur phénicienne, philistine, syrienne c’est les Baals et leurs produits dérivés.

Jérémie appelle son peuple à réfléchir où, quand, comment quelque chose s’est cassé dans sa relation avec son Dieu. Jésus pose la même question aux chrétiens d’Ephèse et donc à nous.

Le 3e point sur lequel Dieu interpelle son peuple, donc nous aussi : Est-ce qu’Israël est devenu un esclave ou est-ce qu’il est né de parents esclaves ? Non. Or, les autres peuples le traitent comme un prisonnier de guerre. Pourquoi donc ? En d’autres termes : qu’as-tu fait de la  liberté que je t’ai donnée ? A qui l’as-tu remise ? A quoi l’as-tu vendue ? Contre quoi l’as-tu échangée ? Je t’ai montré que je t’aime et que je prends soin de toi… pour que tu sois libre. Je t’ai couvert de ma grâce, de mon pardon… je t’ai dit mon amour à la Croix et au tombeau vide… pour que tu sois libre. Libre de culpabilité, libre de condamnation, libre de la peur, libre du souci du lendemain. Qu’as-tu fait de cette liberté ?

Retrouver la dimension prophétique de notre foi en Jésus Ressuscité passe par retrouver ou découvrir le 1er amour, l’état d’amoureux, d’amoureuse de Christ Jésus; cela implique aussi de nous rendre compte pour quelles raisons nous nous sommes éloignés du Seigneur le cas échéant et de revenir à lui. Cela nous aide à comprendre les autres et à ne pas les condamner. Finalement, un prophète ne peut être prophète que s’il est porté par la liberté que lui donne l’assurance d’être fidèlement accompagné par Jésus.

Une Eglise prophétique n’est pas motivée par une morale, mais par un amour. Elle n’est pas motivée par la peur, mais par la liberté. Elle parle depuis sa propre histoire, consciente de ses propres trébuchements et de leurs conséquences sur elle. Puissions-nous nous aussi être portés par notre amour pour Jésus et par la liberté que son amour nous donne.

Amen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Matthieu 7:1  Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés.

2018-06-27T11:23:14+00:00
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