Parabole du semeur Marc 4,1-20 –  Bulle 6/10/19

Jésus invite ses auditeurs à écouter sa parole non pas comme on écoute une musique d’ambiance ou un récit maintes fois entendu. Il nous invite à prendre le temps d’une écoute responsable de sa Parole. Pourquoi ? Parce que Jésus dit ici que cette parole écoutée et reçue est transformatrice. En effet la parole n’est pas donnée pour notre information mais pour notre transformation. Pour cela elle doit être accueillie dans notre terre intérieure afin qu’elle produise du changement. Recevoir, accueillir la parole implique qu’il y aura du changement dans notre vie pour sa gloire et notre joie.

Quelle terre ? Le semeur sème. Il fait son travail. Le désir de Dieu est de répandre sa parole afin qu’elle tombe sur un terre favorable afin qu’elle porte du fruit. Il désire que la vie du royaume prenne racine et s’épanouisse dans tous les domaines de notre vie. Voilà que la semence tombe dans 4 types de terre et Jésus explique à quoi correspond chacun de ces terrains.

Le 1er terrain, c’est celui qui se trouve au bord du chemin (À l’époque et aux temps des semailles les chemins de campagnes ne se distinguaient guère des terres cultivées ; de plus il semble qu’on labourait après les semailles ce qui justifie la prodigalité du semeur). Ici l’auditeur écoute mais l’Ennemi arrive et essaie « aussitôt » dit le texte de saboter le travail d’écoute. Il n’attend pas. Satan ôte et mange la semence. Son but est que nous oublions rapidement ce que nous avons entendu car il ne veut pas que vous soyez transformés. Ici la parole est restée en surface et n’a pas le temps de pénétrer et de se frayer un chemin dans son cœur. Satan nous distrait et utilise ce qu’il veut pour nous tenir à l’écart de la parole. Il sait que si la Parole de Dieu reste dans nos cœurs, il peut être vaincu.

Le 2ème terrain ce sont les endroits pierreux. Les gens écoutent et accueillent avec joie la parole mais ils ne peuvent pas s’inscrire dans la durée. Le texte dit qu’ils sont les gens d’un moment, changeants, inconstants. Les difficultés extérieures montrent qu’ils ne sont pas enracinés. La parole ne survit pas à l’épreuve de l’opposition. Lorsque les difficultés surviennent elles abandonnent. Il y a ici un encouragement à la persévérance et à l’endurance.

Le 3ème terrain est épineux. La Parole pénètre plus profondément, mais elle se trouve asphyxiée par tous les plaisirs, les richesses et les préoccupations de ce monde. L’avoir et le souci de l’avoir étouffent la parole. Toutes ces choses remplacent notre désir de la parole dans laquelle nous devrions trouver notre joie.

Le 4ème terrain, on sait juste que c’est une bonne terre parce qu’elle porte du fruit. Dans tout l’Evangile nous sommes face à cette responsabilité de l’écoute de la parole. Celui qui porte du fruit, par rapport aux autres terrains est non seulement celui qui l’écoute mais la prend au sérieux, la garde, lui obéit et la met en pratique. Jacques 1,21 dit : « accueillez avec humilité la parole que Dieu plante dans votre cœur, car elle a le pouvoir de vous sauver ». Le mot humilité vient du latin humus signifiant « terre ». Je vois ici un lien intéressant entre le fait que l’homme accepte d’ouvrir sa terre intérieure pour se laisser féconder. Ce n’est pas l’être humain sans défaut, sans péché qui peut recevoir la Parole ! Non, c’est celui qui se place devant Dieu en toute humilité avec comme seule prière : « parle, Seigneur, ton serviteur écoute ». La seule exigence est simplement la disponibilité.

1er point. En évoquant les 3 premières terres Jésus ne cherche pas à nous culpabiliser. Ce n’est pas en culpabilisant qu’on avance dans notre vie de foi. Il veut nous avertir et nous mettre en garde contre tout ce qui pourrait nous empêcher de porter du fruit (Satan, difficultés et les préoccupations). Il existe des terres différentes. C’est un fait. Il ne dit pas que tu es telle terre maintenant et pour toujours. Jésus ne juge pas telle ou telle attitude spirituelle.  Il ne fait pas de catégories, il ne juge pas ni ne condamne de façon définitive : « il y aurait les indifférents à jamais indifférents, les tièdes, les versatiles, les exaltés sans racines, les mondains… et enfin les bons croyants ».

Je crois que nous pouvons être une de ces terres à n’importe quel moment de notre vie.  Tous les terrains décrits sont des réalités en nous. Ils peuvent être tous en nous un moment ou à un autre de notre vie. Ils peuvent même illustrer certaines périodes de notre vie. Nous avons tous nos zones pierreuses et nos régions épineuses, nos terrains vagues et notre bonne terre. Nous savons juste qu’il y a des terres qui ne sont pas propices à porter du fruit et une bonne terre qui en porte. Le désir de Jésus au final est que nous portions du fruit en abondance et qui demeure.

Bonne nouvelle : il y a en chacun de nous une bonne terre prête à recevoir la semence et à porter son fruit. Il faut donc analyser ce qui en nous bloque la semence, étouffe la parole, asphyxie la vie spirituelle.

2ème point. Avez-vous remarqué ce qui est commun aux 3 premières terres ? C’est la question du temps. Le fruit n’est jamais quelque chose qui pousse du jour au lendemain. Pour que la parole rejoigne notre terre intérieure, il y forcément un laps de temps entre les semailles et la moisson. L’action de Dieu dans nos vies inclut un temps de maturation. Mais écoutez bien : l’une des choses qui fait qu’il y a ou non du fruit, c’est le temps que je vais prendre OU ne pas prendre pour laisser une chance à la parole de Dieu de féconder ma vie*. Reprenons chaque terrain.

Face à la 1ère terre, notre responsabilité est de prendre le temps d’accueillir et de répondre dans la foi à la parole et à ce que Dieu nous dit même et surtout quand cela nous dérange. Prendre le temps de la garder tout près de notre cœur comme dit le Ps 119. Nous sommes invités à en faire quelque chose sans tarder et la protéger de tout ce qui pourrait venir ôter son bénéfice dans nos vies. Comme Satan fait en sorte qu’on oublie rapidement, notre rôle est de garder mémoire et qu’elle perdure dans le temps. Maintenir dans passivité.

Face au 2ème terrain. Si ça prend du temps pour que la terre porte et donne du fruit, n’oublions pas que cela prend du temps aussi aux ronces d’étouffer la graine ou pour le manque de racine chez une plante de devenir évident. Parfois il suffit de ne rien faire pour que les ronces étouffent la parole. Laisse le temps aux ronces de faire leur travail. Ou bien prend le temps de travailler à ton jardin. Parfois il suffit juste de prendre le temps pour autre chose et ne pas s’occuper de l’essentiel pour que le fruit ne pousse pas. Le manque d’enracinement (qui prend du temps) rend le terrain infertile.

Face au 3ème terrain, nous passons parfois beaucoup de temps et d’énergie à assurer notre confort et moins à nourrir notre esprit. Donc le fruit dépendra aussi de la façon dont j’investis mon temps. On dit qu’on a le temps pour ce qui est important. D’ailleurs, regarde à quoi tu passes ton temps et tu auras une idée de tes priorités. Si je passe mon temps à m’occuper d’un tas de choses inutiles, superficielles ou secondaires, je ne serai pas aussi concentré à porter du fruit pour Dieu, pour moi et pour les autres.

Notre désir est de manifester les valeurs du royaume dans nos vies et d’être pour Dieu une terre qui produit du fruit qui sera à sa gloire : aimer comme Jésus, lui obéir, aider d’autres à connaitre l’Evangile, voir du changement dans tel ou tel domaine de ma vie, porter le fruit de l’esprit. Nous vivons à une époque où nous voudrions voir les choses se produire rapidement. Et si possible sans trop d’efforts. Pourtant produire du fruit demande du temps : temps de l’écoute, de l’accueil, du soin, de la persévérance…

Du temps que je me donne ou non à faire du royaume une priorité dans et pour ma vie. Du temps que j’accorde ou que je n’accorde pas à l’écoute et à la méditation, au silence intérieur pour que cette parole pénètre plus profondément en nous et vienne transformer petit à petit ce qui doit l’être. Du temps que je donne ou non à Dieu de travailler en moi en mettant de côté tout ce qui viendrait parasiter ce travail. A chacun de nous de voir qu’est-ce qui favorise ou non ce travail de fécondation. A chacun de nous de nous remettre à l’écoute transformatrice de la Parole de Dieu. Esaïe dit : Joie et paix ne sont-ils pas les fruits que nous voulons porter et recevoir ? Amen

Prière : Père, viens mettre en lumière tout ce qui dans nos vies empêche de porter du fruit à ta gloire. Pardonne-nous quand nous cessons de cultiver notre terre et laissons les ronces pousser. Aide-nous à changer nos priorités. Rends-nous disponible. Sors-nous de notre passivité. Sois maitre de notre temps et que nous sachions l’utiliser pour manifester la vie du royaume. Rends nous attentifs à ta parole, ouvre nos oreilles et que nous prenions en considération et gardions ce que tu nous dis. Viens travailler en nous et que nous te laissions féconder notre terre intérieure et porter du fruit pour toi, les autres et nous-mêmes. Amen

Pour aller plus loin : dans quel domaine aimerais-tu porter du fruit et voir du changement ? Comment réagis-tu à l’idée principale soulignée (*) ? Qu’est-ce qui dans ta vie pourrait parasiter ce travail de fécondation ? Quelles priorités à changer ?

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