Prédication sur Jonas 1,1-12 et Marc 4,35-41 (txt annexe : Genèse 28.10-19)

Le sommeil du juste et le sommeil du fuyard.

Bien-aimés du Seigneur Jésus-Christ,

Nous voici en pleine période des vacances d’été. C’est quoi les vacances au juste ? Les vacances c’est le temps de cessation d’une activité professionnelle pour se reposer, selon un dictionnaire[1].  Mais le mot vient d’une racine signifiant absence. Une vacance c’est un trou entre 2 moments où l’on est occupé. C’est un temps où une fonction, un poste n’est pas occupé. C’est un vide laissé.

Les vacances peuvent être un espace de liberté ou un espace d’absence. Elles peuvent être une fuite ou un temps où l’on se ressource, se refait.

Dans l’histoire de Jonas et de Jésus dormant dans la tempête, il y a 2 états de vacance très différents l’un de l’autre : Jonas est au abonné absent, Jésus dort. Et pourtant, les 2 sommeils sont aux antipodes l’un de l’autre.

Jonas est dans une situation de fuite.

Jonas fut prophète aux alentours de 800 av. JC dans le Royaume du Nord, à l’époque du roi Jéroboam II. Sous son règne, l’Assyrie est gouvernée par le roi Adad-Nirari III.

On a retrouvé le palais du grand-père de ce dernier, Assurnasirpal, roi de Ninive. Les ruines de ce palais nous aident à comprendre pourquoi Jonas ne veut pas aller à Ninive. En fait, il est terrifié à l’idée d’aller prêcher la repentance là-bas. En effet, les murs du palais royal de Ninive nous révèlent ce que le roi faisait à ses ennemis : empalement, mutilation, Assurnasirpal recouvrait même les colonnes de ses bâtiments de chair humaine.

Toujours est-il que Jonas est en situation de fuite.  3 fois on nous dit qu’il fuit devant la face de l’Eternel[2]. Il descend des hauteurs de Samarie vers Jaffa. Puis il prend un bateau pour l’Espagne. Puis il fuit la tempête et les prières des marins en descendant au fond du bateau pour dormir. Dans ce verbe descendre, il y a une idée de décliner, de s’enfoncer, de baisser, de se prostrer. Le sommeil de Jonas est fuite. Il est refus de la réalité. Il est refus de ses responsabilités. Il est refus de l’appel que Dieu lui a lancé. Il est refus de ce qu’il est, prophète. Jonas fuit.

Vous remarquez qu’il est réveillé par le capitaine, apparemment un païen, pour qu’il prie son Dieu, celui qu’il fuit, et qu’il assume ses responsabilités.

Et puis, il y a Jésus. Jésus ne fuit pas, nous dit le contexte : il passe sur l’autre rive où l’attendra une mission particulière. Il y emmène ses disciples. Il s’endort et la tempête ne parvient pas à le déranger dans son sommeil. Il ne descend pas au fond du bateau, il dort sur un coussin, à la poupe, là où, normalement, est assis celui qui tient le gouvernail.

Jésus est réveillé par ses disciples apeurés – et on les comprend. Il se lève et calme la tempête. Jésus n’a pas été englouti par la mer, il l’a dominée[3].

Que faire de nos vacances ? Un temps de fuite de nos soucis, de la réalité, de la maison ? Ou un temps de repos ? Par ex. un temps de repos au sens où la Bible nous le propose: C’est dans la tranquillité et la confiance que sera votre force (Es 30.15).

Jésus dort, se repose et le vent et les vagues ne le perturbent pas. Il fait confiance.

Confiance non seulement en Dieu, mais aussi en ces disciples qui pilotent barque et voiles. Jésus fait confiance. Il ne se croit pas indispensable pour cette traversée.  On pourrait dire qu’il dort du sommeil du juste. Et je vous rappelle que, dans la Bible, le juste est celui qui vit par la foi, par la confiance.

2 tempêtes. 2 bateaux. 2 dormeurs. L’un qui fuit, qui a laissé son poste vacant. L’autre qui se repose simplement, dans la confiance. Un qui fuit Dieu, qui recherche l’obscurité ; l’autre qui ne se dérobe pas.

Le temps des vacances peut donc être vécu comme un temps où je fuis ma réalité quotidienne en me noyant dans une mer d’activités, avalant des kilomètres. C’est alors un temps de vacances démissionnaires.

Mais le temps des vacances peut aussi être vu comme un temps de repos dans la confiance. Confiance en l’entourage : famille, collègues, etc.. Confiance en soi aussi. Et finalement confiance en Dieu. Acceptation que je ne peux pas tout faire. Comme un temps de confiance et non d’agitation.

A priori, en effet, on part en vacances sans craindre que notre absence sera cause de la perte de notre emploi. On part sans craindre qu’on nous dévalisera la maison. On part sans craindre tout ce qui pourrait nous arriver de mal sur les routes. Sans imaginer qu’on pourrait tomber gravement malade sur notre lieu de destination. Les vacances peuvent donc être l’occasion de retrouver le chemin de la confiance, du repos et non plus de fuir loin des soucis du quotidien, loin du travail, ou des gens qu’on côtoie normalement.

Finalement, les vacances peuvent être l’occasion de faire la même découverte que Jacob lors de son rêve : Dieu est présent, avec nous, alors qu’on ne s’y attendait pas. Même dans ce lieu de solitude et de repos qu’est notre sommeil, il est là. Tel cette échelle céleste… tel un cordon ombilical nous nourrissant d’assurance. Telle cette promesse faite à Jacob : Je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras et je te ramènerai vers cette terre ; car je ne t’abandonnerai pas, jusqu’à ce que j’aie fait ce que je t’ai dit (Ge 28.15).  Promesse ouvrant une étape de vie que Jacob est loin d’imaginer. 

Ce temps de vacances peut devenir un Béthel, un temps habité par Dieu. Ça peut devenir un temps où on laisse la place à un autre, à l’Autre avec A majuscule. Ce temps où l’on renonce à tout planifier, à tout maîtriser, à tout contrôler, pour laisser tout cela entre les mains d’un autre, du Seigneur.

Jésus ne reproche pas aux disciples de l’avoir réveillé. Il leur reproche leur peur et leur manque de confiance. Il leur reproche indirectement de ne pas le connaître vraiment : en effet il s’adresse à lui en disant maître, au sens de professeur, alors qu’il va se révéler Seigneur, Dieu, celui qui commande même à la mer. Et les disciples auront encore de la peine à croire.

Jonas dort car il ne peut pas assumer sa réalité et la tempête qu’il a soulevé.

Jésus dort malgré la tempête, confiant.

Confiant comme Jonas qui dira aux gens de le jeter par-dessus bord, dans la mer démontée. Intéressant, non ?! Car il sait… il sait que Dieu l’a appelé pour une mission. Il le sait au fond de lui comme Jésus sait.

Jésus dort car il sait que Dieu le Père, son Père, lui a confié une mission. Confié. Il lui a fait confiance pour cette mission. Il lui fait confiance. Et cette confiance du Père nourrit sa foi face à la tempête. Et cette confiance du Père nourrit son sommeil de sérénité. Car si Dieu m’a confié une mission… s’il m’a fait assez confiance pour cela… je peux aller sans craindre les circonstances. Il sera là à mes côtés.

Alors… si nous faisons l’option de vacances repos et confiance, peut-être pourrions-nous aller un pas de plus et voir si nous ne voudrions pas les prolonger dans notre quotidien actif. Le temps des vacances pourrait alors devenir une parabole portant notre quotidien.

Les vacances : libérer une place pour la confiance, pour la foi, pour le repos et la tranquillité ; libérer une place pour l’action de l’Autre, pour accueillir la Présence de l’autre, celle du Seigneur.              Amen.


[1] https://www.cnrtl.fr/definition/vacance: Période plus ou moins longue pendant laquelle une personne cesse toute activité professionnelle pour se reposer, se détendre.

[2] Jonas 1 : 3  Alors Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face de l’Éternel. Il descendit à Jaffa et trouva un navire qui allait à Tarsis ; il paya le prix du transport et s’embarqua avec les gens pour aller à Tarsis, loin de la face de l’Éternel. 9  Il leur répondit : Je suis hébreu et je crains l’Éternel, le Dieu des cieux qui a fait la mer et la terre ferme. 10  Ces hommes furent saisis d’une grande crainte et lui dirent : Qu’as–tu fait là ! Car ces hommes savaient qu’il fuyait loin de la face de l’Éternel, parce qu’il le leur avait expliqué.

[3] Dans la Bible il y a encore 2 autres histoires d’assoupissement, de sommeil qui peuvent intéresser notre thématique. Celle où Jacob quittant Canaan pour Haran s’endort et fait le rêve de l’échelle. Dans son sommeil, il rêve et découvre que Dieu est présent auprès de lui. Cela l’effraie presque. Il dresse alors une pierre en mémorial. Et puis il y a l’histoire d’Elie qui après avoir fait massacré les prophètes de Baal au Carmel fuit au désert pour échapper à la colère de Jézabel et dégoûté, découragé, souhaite mourir. Il se couche là pour s’endormir d’un sommeil de mort et il est réveillé par un ange.

Elie fuit une situation. Son sommeil est fuite de la réalité. Souhait de mort. Jacob aussi fuit, mais pas avec un désir de mort : il veut sauver sa vie. Son sommeil est occasion de découverte.

2 nuits au désert : l’une pour un fuyard souhaitant la mort, l’autre pour un voyageur voulant vivre.

Inscrivez-vous à notre bulletin d'information

Vous recevrez par mail les informations utiles et importantes de notre paroisse, ainsi que des messages de la part de nos pasteurs (prières, méditations, ...)

Votre inscription nous est bien parvenue. A bientôt !