Prédication sur Jn 14,15-23 et 1,29-33

Pentecôte ou la condition pour une foi vivifiante.

Chers amis,

A contempler le christianisme actuel, on peut y voir 3 types :

  • il y le christianisme musée. C’est le christianisme de qui a de l’intérêt pour l’histoire biblique, pour l’effet de cette religion dans l’histoire humaine, etc. Notre foi est parfois une foi de musée, un foi en des événements passés : nous y croyons, oui, nous croyons que ce que la Bible dit est vrai, que Jésus a bel et bien vécu, fait et dit selon les Evangiles. Mais tout ça ne change pas notre vie. Nous vénérons une sorte de passé.
  • il y a le christianisme vitrine. C’est le christianisme que certains admirent ou haïssent, c’est selon. Mais ils ne s’y impliquent pas. Cela reste extérieur. On le regarde, on l’examine, on l’analyse. Mais cela ne change rien à notre vie. On admire ceux qui ont un témoignage à donner, ceux qui affirment entendre Dieu leur parler, mais ce n’est pas pour nous. C’est un produit de consommation spirituel parmi d’autres. Voire un objet d’étude théologique.
  • Et puis, il y a le christianisme vivifiant. La foi chrétienne traversée par le St.Esprit, la foi chrétienne vivante. Je m’explique.

Sans Pentecôte, Jésus est mort pour pardonner les péchés… Ceux du monde… MAIS pas forcément les miens à moi, pas forcément les tiens à toi. Ce pardon ne te bouleverse pas. C’est du pardon en vrac.

Sans le St.Esprit, Jésus est ressuscité, victorieux de la mort… MAIS pas forcément victorieux de mes impasses et de ma mort, ni de tes impasses et ta mort. Sa résurrection ne te bouleverse pas. C’est une victoire abstraite.

Sans le St.Esprit, Jésus est monté au ciel où il règne pour l’éternité, MAIS il n’est pas forcément souverain sur ma vie, sur ta vie. C’est une souveraineté pour ailleurs, pour d’autres et pour plus tard.

Le St.Esprit change tout ça. La venue du St.Esprit dans notre vie opère un changement par rapport à l’Ascension :

  • Jésus n’est pas seulement le Sauveur assis à la droite du Père, au ciel. Avec la venue du St.Esprit, Jésus est Ton Sauveur, le Sauveur en toi, en moi. Il est celui qui me, te, nous met au large, nous relève. Jésus n’est plus seulement le Sauveur du monde, il devient mon Sauveur. Il inscrit en toi, en moi cette réalité, il en fait une conviction intime.
  • Jésus ne règne plus seulement dans les cieux où il fait ce qu’il veut. Il règne désormais en toi, en moi, en nous. Il devient ton Seigneur, mon Seigneur, notre Seigneur. Il règne sur nous. Il inscrit Sa Seigneurie dans ton cœur intime ; et cela produit une envie de Lui obéir, de Le laisser nous construire, nous façonner, nous guider. Cela inscrit en nous la non-envie de le décevoir, de l’attrister ; cela produit en nous le dégoût du mal et du péché.
  • Jésus n’est plus seulement présent là haut à la droite du Père, mais par son St.Esprit il est présent en toi, en moi, en nous. Le St.Esprit inscrit cette présence au fond de nous. Jésus dit que son St.Esprit fait que lui le Fils et le Père habitent en nous ; que lui le Fils se manifeste en nous, se montre en nous. Cela nous donne la paix dans l’épreuve, l’assurance dans l’insécurité, entre autres choses.

Le cardinal Newman exprime cela si bien dans cette prière – vous avez le texte sur votre feuillet pour pouvoir le méditer chez vous durant la semaine :

Mon Dieu, Saint Esprit, éternel Consolateur,

je t’adore, Toi Lumière et Vie.

Tu aurais pu te contenter

de m’envoyer du dehors de bonnes pensées,

la grâce qui les inspire et les accomplit ;

tu aurais pu me conduire ainsi dans la vie,

me purifiant seulement par ton action tout intérieure au moment de mon passage dans l’autre monde.

Mais, dans ta compassion infinie,

tu es entré dans mon âme,

dès le commencement, tu en as pris possession,

tu en as fait ton temple.

Par ta grâce, tu habites en moi d’une manière ineffable,

tu m’unis à toi et à toute l’assemblée des anges et des saints.

Plus encore, tu es personnellement présent en moi,

non seulement par ta grâce,

mais par ton être même,

comme si, tout en gardant ma personnalité,

j’étais en quelque sorte absorbé en toi, dès cette vie.

Et comme tu as pris possession de mon corps lui-même dans sa faiblesse,

il est donc aussi ton temple[1].

Vérité étonnante et redoutable !

Ô mon Dieu, je le crois, je le sais !

Puis-je pécher quand tu es si intimement avec moi ?

Puis-je oublier qui est avec moi, qui est en moi ?

Puis-je chasser l’hôte divin par ce qu’il abhorre plus que tout,

la seule chose au monde entier qui l’offense,

la seule réalité qui ne soit pas sienne ? …

Mon Dieu, j’ai une double sécurité contre le péché :

d’abord, la crainte d’une telle profanation, en ta présence,

de tout ce que tu es en moi ;

et ensuite, la confiance que cette présence même me gardera du mal…

Dans les épreuves et la tentation, je t’appellerai…

Grâce à toi-même, je ne t’abandonnerai jamais[2].

Jean Baptiste était conscient que la repentance qu’il prêchait n’était que le 1er pas vers quelque chose de plus grand, de plus beau, de plus porteur : Jean Baptiste annonçait la venue de Jésus, celui qui baptise d’Esprit Saint. Je vous rappelle que baptiser signifie imprégner en grec, plonger dans, mariner. Jésus est mort sur la Croix et ressuscité, pas juste pour effacer notre casier judiciaire céleste que certains ressentent comme virtuel. Jésus est venu pour nous donner son St.Esprit, pour nous plonger dans son St.Esprit, pour que son St.Esprit nous imprègne, nous habite, nous remplisse ; pour que son St.Esprit nous communique Sa Vie, nous fasse participant de Qui Il est. Pour que notre vie soit porteuse et remplie de Dieu Père Fils et St.Esprit. Pour que notre foi soit vivante, pour que notre christianisme soit vivant et donne envie.

Quand nous lisons le Nouveau Testament, nous voyons que Paul dit que ceux qui croient en Jésus sont marqué du sceau du St.Esprit, signe qu’ils appartiennent à Dieu. Cela se fait une fois pour toute. Mais on lit aussi de les 1ers chrétiens vivaient des baptêmes du St.Esprit, c-à-d qu’ils étaient touchés, remplis, bouleversés par le St.Esprit. Que cela changeait leur vie. Qu’ils y faisaient l’expérience de la présence si réelle de Jésus en eux, qu’ils ne trouvaient plus les mots adéquats pour en parler. Tellement pour eux c’était fort.

Nous n’avons pas forcément à rechercher des expériences spirituelles émotionnelles, mais nous sommes invités à nous ouvrir à cette présence du St.Esprit qui veut nous imprégner et nous remplir de Jésus le Fils et du Père, de Sa Présence, de son amour, de sa paix, mais aussi de cette force de confiance et d’obéissance, et ce souci de ne pas l’attrister. Alors notre christianisme sera un christianisme d’authenticité, de puissance, de vie, de transformation, de guérison et de libération, de pardon et de bien-vivre-ensemble.

Amen.

[1] 1Co 6,19

[2] John Henry Newman, Meditations and Devotions, ch. 14 The Paraclete, 3, tire de L’évangile au quotidien 28 mai 2019.

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