Que ton règne vienne. De quel règne parlons-nous ? et pour quel règne prions-nous ? Mais comment concilier cette parole avec cette autre parole de Jésus « le royaume est au milieu de vous » ?
1/ Qu’entendons-nous par règne de Dieu ?
Nous attendons en effet à la fin des temps un monde nouveau où toute souffrance, injustice, pauvreté et mort seront anéanties et où régneront la paix et la justice (Cf. Ap 21). Mais tout comme pour la sanctification de son nom, nous prions pour que son règne soit établi sur Terre, dans et au cœur de la création,dans l’aujourd’hui de ma vie.
1° Il faut parler de règne (implique une notion de temps) plus que de royaume qui implique l’idée d’un lieu (royaume d’Angleterre). Le terme en grec évoque le gouvernement du roi, la manière dont le roi exerce sa seigneurie. Évidemment Dieu règne non à la façon des hommes, avec violence, impartialité, pour son propre intérêt, etc. C’est un règne de justice et de paix. Paul dira en Rm 14,17 : Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit.
2° Il s’agit bien du règne DE Dieu ! Il ne s’agit pas d’une sorte de royaume de bien-être, créé par notre propre initiative, qui résulte de nos propres forces ou qui serait l’aboutissement historique d’une humanité en progrès ou d’une politique humaine. Même l’Église n’est pas à confondre avec le royaume. Elle est juste le miroir du royaume de Dieu à venir. Elle en est le témoin. DE Dieu = le Seigneur est lui-même l’agent chargé de mener à bien la venue de son règne.
2/ Déjà là et pas encore
Quand Jésus dit « le royaume s’est approché » et « Il est au milieu de vous » cela dit bien que le règne ne se conjugue pas qu’au futur mais aussi au présent ! C’est pourquoi les théologiens parlent du règne de Dieu en termes de « déjà » et de « pas encore ». Le règne de Dieu trouvera son accomplissement total au jour du retour de Christ (futur, pas encore). Mais son règne se manifeste depuis la venue de Jésus dans le monde. Le règne s’est incarné en lui. Les promesses du royaume annoncées dans l’Ancien Testament sont accomplies en lui.
Quand Jésus dit « il est au milieu de vous », la dynamique du futur vient pénétrer le présent pour l’habiter et le transformer. Les guérisons, miracles et délivrances de Jésus sont autant de signes que le royaume de Dieu est au milieu de nous. Ces forces libératrices qui apportent une vie nouvelle sont déjà en action.
Le règne qui vient c’est celui qui libère, qui guérit, qui console, qui réconcilie encore aujourd’hui. Il est là mais il n’est pas encore pleinement accompli. On peut comparer tout cela à une grossesse : l’enfant n’est pas encore né, mais il est pleinement présent pour ses parents ; ils prennent déjà soin de l’enfant à venir et préparent la période qui suivra. Bien avant sa naissance, les parents se comportent comme s’ils étaient en avance sur le temps. C’est pareil avec le royaume, notre regard ne se porte plus du présent vers l’avant (avenir), mais il est ramené de l’avant vers le présent.
Cette prière est un appel en tant qu’Église à se lever au nom du déjà là et à s’opposer aux insuffisances de ce monde. Nous ne fuyons pas le monde, nous ne nous résignons pas à ce qui se passe dans le monde. Le monde est soumis à la souveraineté du Christ. Il aime ce monde. Ce monde nous concerne et nous ne pouvons donc pas rester passifs en attendant un « monde meilleur ».
Nous œuvrons au nom de Jésus pour manifester la réalité du royaume de Dieu au milieu de nous. Cela nous interdit notamment tout compromis boiteux avec un monde injuste et belliqueux. Nous luttons contre toute forme d’injustices économiques synonymes de destruction et de mort, de discrimination, de pauvreté, contre tout ce qui déshumanise l’homme, toutes les puissances qui nous asservissent spirituellement, etc. Quand la dignité, la justice et le droit pour tous (les plus faibles en particulier) sont rétablis alors le règne de Dieu avance…
A quoi ressemble notre roi ? A l’époque les gens attendaient un Messie politique qui allait mettre les romains dehors. Ce n’est pas ce que Jésus a fait. Jésus n’a pas œuvré comme les rois d’hier et d’aujourd’hui qui règnent par la puissance, la force, voire les armes en pensant rendre le monde meilleur en bombardant à tout va… Et à côté de cela on maltraite le plus petit, le migrant, on juge avec partialité en faisant fi du droit et de la justice pour les plus pauvres…
Notre roi à nous, Jésus, règne autrement. Il mène une politique non conforme aux standards humains ! Car notre roi à nous n’est pas venu pour dominer et asservir les hommes, au travers d’un pouvoir aveugle, mais en aidant chacun à retrouver sa dignité, son intégrité et ses espoirs perdus en les délivrant du poids de leur culpabilité.
Et la signature ultime du règne qui advient, c’est la croix ! La croix indique tout l’amour de notre roi pour ce monde. Jésus, lui, parie sur l’amour, le service, le pardon. La croix est l’emblème de ce règne paradoxal où le roi est celui qui sert et non celui qui est servi.
Autant dire que prier « que vienne ton règne », sonne comme une provocation pour les gouvernants de ce monde ! Car celui qui a de l’influence, du pouvoir et possède des biens et un statut social aura beaucoup à perdre. Il vit dans un monde qui se suffit à lui-même. Au passage, en priant « que ton règne vienne » nous prions pour les associations ou les responsables politiques afin qu’ils répandent la justice et le droit.
3/ Vienne ton Règne… en moi !
Mais ce règne qui doit advenir dans ce monde doit advenir d’abord en moi. Jésus m’invite à accueillir le règne, ses principes de gouvernance dans l’aujourd’hui de mon histoire en vivant en accord avec les principes du royaume établis par Dieu.
1° Le NP fait partie du Sermon sur la Montagne dans lequel Jésus proclame la BN du règne et en dessine les contours (Mt 4,23). Ce règne se déploie dans une vie marquée par l’amour du prochain, l’humilité, le renoncement à soi, le partage, la solidarité, l’action juste, le pardon.* Ce sont là déjà les réalités du royaume. Il doit y avoir une cohérence entre mon espérance du royaume à venir, et notre façon de le vivre dès aujourd’hui.
Nous désirons que ce règne soit vécu au sein de l’Église, de la famille, nos lieux de travail, nos écoles, nos lieux d’engagements quels qu’ils soient : que ton règne prenne place en tout lieu afin que ta seigneurie, ton règne d’amour y soient manifestes, que ses principes de gouvernance prévalent ! Quand vous êtes chrétien et que vous vivez la réalité du règne dans ces lieux de vie nous nous attendons à ce que le climat change, dans les relations, les façons de fonctionner, etc. N’attendez pas que les choses ou les autres changent ! Cela doit parfois d’abord passer par nous ! Par la réalité du règne en nous.
2° Que ton règne vienne… dans ce monde et dans MA vie. C.-à-d. que nous demandons que sa Seigneurie et ses pouvoirs royaux s’étendent dans chaque partie de ma vie, sur tous les domaines de ma vie. Cela implique de renoncer à toutes les fonctions gouvernementales que nous avons exercées jusque-là sur l’ensemble de notre vie. Deux règnes contradictoires ne peuvent cohabiter ensemble… C’est soit le règne de Dieu soit le mien. Par exemple :
Est-ce qu’il règne sur mes finances (au travers du don) ou est-ce que Mammon prend beaucoup de place (je vis pour l’argent // moyen pour le royaume ?)
Est-ce qu’il règne sur ma famille comme lieu de service ou l’ai-je érigé en raison de vivre ultime ?
Est-ce qu’il règne sur mon travail comme lieu d’expression des dons qu’il a mis en moi (et comme lieu de service) ou comme lieu de succès personnel ?
Est-ce qu’il règne sur mes décisions ou je fais tout juste en fonction de mon plaisir personnel ?
Est-ce qu’il règne sur mes engagements d’église ou c’est juste une façon de prouver quelque chose, obtenir de la valeur, voire me servir moi ?
Demandons au Saint-Esprit : où ton règne doit-il s’établir en moi ? Où et en quoi j’empêche le Seigneur d’exercer son règne et de faire usage de ses titres ? Quelle idole, à qui j’ai donné tant d’importance, règne encore en moi ? A quels petits roitelets ou vrais pouvoirs, pour ne pas dire puissance dois-je refuser d’obéir et qui prétendraient régenter ma vie ? (=Dans quel domaine Jésus n’est-il plus roi ?)
Prier « que ton règne vienne », c’est restituer chaque chose à sa juste place. Laissons la Parole de Dieu et le Saint-Esprit dans son amour nous montrer, nous guider et surtout travailler en nous afin que son règne vienne là où il doit encore venir et s’installer ! Cela sera source d’une grande joie (cf. Paul)
Conclusion : que ton règne vienne… Cette prière nous rappelle que l’ici et maintenant n’est pas notre cité permanente, puisque nous sommes des étrangers avec un simple permis de séjour ! Mais vivons la réalité de ce royaume en étant témoin de paix, de justice, de pardon. Le règne se vit au présent. Que penser de l’actualité ? Ne soyons pas désabusés face à tout ce qui se passe dans ce monde. Au contraire c’est le signe que son règne vient. Il est là et il vient quoi qu’il arrive !
Textes : Ps 47,8-10 ; Mt 4,23-25 ; Mt 6,9-10 ; Mt 12,28 ; Lc 17,20-21
