Texte : Actes 1,6-11.

Frères et sœurs, dans le Credo et à la suite de Luc, nous confessons ensemble : « Le troisième jour, il est ressuscité — il est monté aux cieux, et s’est assis à la droite du Père ». L’Ascension est pour beaucoup de monde un des plus grands mystères de la foi chrétienne et ce n’est pas pour rien que des enfants posent cette question : « Monsieur, après sa résurrection, Jésus — il est parti où ? ». Alors non, Jésus ne s’est pas envolé comme un petit oiseau dans le ciel. Le texte dit qu’il fut « soustrait, dérobé » au regard des disciples. En quoi l’Ascension est-elle importante ? Voyons ensemble trois mouvements, trois vérités qui forment ensemble le cœur de cette fête.

1. L’Ascension : le ciel et la terre ont désormais partie liée

Ce texte parle de nuée, d’hommes en vêtements blancs, de ciel ouvert. Ces éléments renvoient à d’autres moments forts de l’Écriture : la Transfiguration, les anges au tombeau vide, les théophanies (manifestations de Dieu) de l’Ancien Testament. C’est un langage théologique qui a une signification précise. Sans rentrer dans les détails souvenons-nous par exemple lors de notre série de messages sur le Notre Père que « le ciel » dans la Bible ne désigne pas un endroit géographique au-dessus des nuages mais bien l’espace de Dieu, la dimension du divin. Jésus est donc d’origine divine et en lui, Dieu a vraiment, pleinement habité parmi nous. Et en retournant vers le Père, si Jésus quitte physiquement ce monde, il est celui qui établit un trait d’union définitif entre le ciel et la terre.

Illustration : Pensez à un pont suspendu. Avant sa construction, les deux rives sont séparées — on peut se voir, s’appeler, mais pas se rejoindre. Le pont change tout. Il ne fait pas disparaître les deux rives, il les relie. Depuis Noël et l’Incarnation, Dieu et l’humanité ne sont plus deux rives séparées. Depuis l’Ascension, ce pont est scellé pour toujours, en Jésus-Christ.

Cette vérité va à l’encontre de ceux qui pensent que les chrétiens sont déconnectés des réalités de la vie. On nous accuse parfois d’avoir une foi désincarnée et de nous occuper que de choses dites « spirituelles ». Comme si le ciel était pour les chrétiens et la terre pour les autres ! Non ! L’Ascension dit exactement le contraire. Réalités terrestres et réalités spirituelles ne sont pas exclusives l’une de l’autre — elles sont imbriquées, pour toujours, en Jésus. Ciel et terre ont partie liée. Ce ne sont plus des lieux sans lien.

On ne se désintéresse pas de la Terre : nous nous y intéressons plus que jamais. Nous désirons que les réalités du Ciel se manifestent ici-bas ; que son royaume de paix, d’amour et de justice se répande dans ce monde. Et les lieux où le ciel a besoin de descendre sur terre ne manquent pas ! Dieu aime ce monde et nous voulons l’aimer et agir pour qu’il soit transformé par les valeurs du Royaume, pour que la terre devienne toujours un peu plus le Ciel, un lieu où son règne est présent, son nom est sanctifié, sa volonté est faite.

2. L’Ascension : un passage de relais

Jésus les quitte. Sont-ils tristes et apeurés ? Non : ils retournent à Jérusalem avec une grande joie. Certes Jésus ne sera plus présent physiquement mais il leur a promis sa présence chaque jour. Ils peuvent lui lâcher la main sans avoir l’impression d’être abandonnés. Car ils savent et ils ont cette assurance qu’ils ne sont pas seuls…Je suis avec vous tous les jours… Car l’Ascension n’est pas un abandon.

Illustration : imaginez un enfant qui essaie d’utiliser un vélo. Les premiers essais le père l’aide à rester en équilibre. Un jour — et ce jour est attendu autant que redouté — il lâche le vélo. Le père ne disparaît pas. Il ne trahit pas. Il lâche la main parce que c’est le moment. Parce que l’enfant est prêt. Parce que la suite appartient à l’enfant. C’est exactement le geste que fait Jésus à l’Ascension. Il nous dit : « À vous d’y aller. ». Un témoin (de relais) se transmet… Et le pasteur Antoine Nouis écrit à ce propos ce texte liturgique d’envoi : « ce que tu as vu, partage-le ; ce que tu as entendu, répète-le ; ce que tu as compris, vis-le (avec tes frères et sœurs) ».

En effet, les disciples ne sont pas là à attendre de manière passive que Jésus revienne. Il les envoie : « vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ». Les anges leur dit : il y a du travail ! Allez, c’est à vous maintenant ! L’Ascension est un passage de relais. Jésus leur transmet le témoin, pour être témoin. Et Jésus l’avait annoncé : « Il vaut mieux pour vous que je parte ». Il enverra le Saint-Esprit qui leur permettra de réaliser à travers eux la tâche d’accomplir leur job.

Quelqu’un a écrit : Notre Dieu n’a pas de mains — il n’a que nos mains pour construire le monde d’aujourd’hui. Notre Dieu n’a pas de pieds — il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin. Notre Dieu n’a pas de voix — il n’a que nos voix pour parler de lui aux hommes. Nous sommes la seule Bible que les hommes lisent encore.

Ce qui est beau c’est que Jésus leur fait confiance pour cette mission. Et vous savez quoi ? Il nous fait confiance. Il nous fait confiance, avec tous nos manques, nos maladresses, nos demi-fidélités. Il te fait confiance. A toi de te rendre disponible et de prendre le témoin. A chacun de nous d’y aller avec les dons et la force qu’il nous donne par l’Esprit qui vit en nous. De sorte que cela ne dépend pas de nos compétences, de nos forces physiques, de nos diplômes, de nos expériences, de nos mérites, de nos talents.

3. L’Ascension nous envoie en mission : l’attente est synonyme d’action

Les anges leur disent « Pourquoi vous arrêtez-vous à regarder vers le ciel ? » Pour nous la foi peut trop facilement devenir refuge. L’Ascension ne nous invite pas à quitter la terre des yeux, elle nous y renvoie. Jésus nous a envoyé pour être ses témoins, être et agir comme ambassadeur du ciel sur la terre.

Illustration : Dans un relais d’athlétisme, au moment où le coureur reçoit le témoin, il n’a pas le loisir de s’arrêter pour contempler l’exploit de son coéquipier. On ne nous transmet pas le témoin juste pour le regarder et le garder au chaud. Il doit courir. Le témoin est dans sa main, la piste est devant lui. C’est exactement là où nous sommes depuis l’Ascension. Le témoin nous a été passé. La piste est ouverte. Ce que tu as compris, vis-le disions-nous !

Être témoin, ce n’est pas être seulement auditeur et spectateur. C’est être acteur. Notre foi est appelée à s’incarner dans l’histoire. Cette mission aura pour l’un une portée politique ; pour l’autre familiale, pour d’autres sociale ou diaconale. Pour certains c’est s’occuper de l’armoire solidaire, s’engager auprès de l’épicerie Caritas, pour d’autres c’est visiter des personnes isolées ou à l’hôpital ; pour d’autres soutenir des réfugiés, s’engager pour des causes humanitaires, contre tout ce qui déshumanise l’homme et pour tout ce qui leur rend sa dignité, etc. Ce n’est pas à côté du culte. C’est le culte qui déborde dans la semaine. C’est l’Ascension vécue : des gens qui ont entendu « Pourquoi restez-vous là ? » et qui se sont mis en marche. Au nom du règne de paix, de justice et d’amour qui est et qui vient.

Mais nous n’y allons pas sans filet. Jésus l’a promis : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Une présence qui donne un sens à ce que nous faisons, qui redonne des forces sur ce chemin quand on fatigue, qui nous relève quand on trébuche, qui nous encourage quand on veut baisser les bras. Une présence qui combat et qui travaille avec nous et en nous bien au-delà de ce que nous pensons et imaginons. C’est pourquoi les disciples retournent à Jérusalem dans la joie. Non parce que tout est facile. Mais parce qu’ils savent — et nous savons avec eux — que quoi que nous fassions et disions, le Christ nous a promis sa présence. Cette assurance-là change tout.

Conclusion : Dieu aime ce monde et ce monde est l’affaire de Dieu. Nous prions et nous agissons pour ce monde. Jésus transmet le témoin pour que nous soyons ambassadeurs du royaume auprès de ce monde dans la joie de ceux qui savent qu’ils ne sont pas seuls. Il nous appartient maintenant de décider ce que nous allons faire de ce temps et de cet espace — selon nos forces et nos dons, là où ce monde a besoin de nous. Jésus nous fait pleinement confiance. Avec et malgré tous nos manques. À nous d’y aller. Amen.

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