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Cultes tous les dimanches à 10h au Temple

Église Évangélique Réformée

Paroisse de Bulle – La Gruyère

Prédication sur Luc 15,11-24 et Lam 3.18-26

Après l’adaptation à la crise, rentrer en soi pour revivre.

Chers amis,

Peut-on parler d’autres choses que du coronavirus ?

Le professeur de psychiatrie à l’Université de Genève, M. Giannakopoulos, interviewé à la radio suisse romande disait l’autre jour[1] : Quand notre vie est menacée, on a le réflexe du bunker pour assurer notre survie. Ce n’est pas rationnel mais ça révèle un sentiment de précarité, d’insécurité affective. L’attitude bunker ou le repli sur soi.

Dans la parabole que nous avons lue il y a un instant, le fils cadet vit une situation qui le conduit, nous dit le texte, à rentrer en lui-même. Rentrer en soi-même serait-ce similaire à rentrer dans son bunker ?

Le fils cadet rentre en lui-même suite à une crise. Il était parti pour vivre sa vie, la grande vie, la liberté : s’éclater, consommer, profiter, se faire plaisir. Et voilà que patatras… Un imprévu met les bâtons dans la roue de ses projets, de sa normalité. Et il se retrouve dans une situation terrible pour l’époque : être confiné à garder les cochons ou être moins que rien. Tout ce sur quoi il comptait est remis en question. Que faire ? Il y a d’abord un temps d’adaptation : garder les cochons, même si ce n’est pas terrible. Puis vient un autre temps : rentrer en soi-même.

Coronavirus ou pas, il nous arrive de vivre des circonstances qui chamboulent notre vie, nos projets, notre idée de la vie. Elles nous font vivre des pertes successives : nos rêves, nos projets, nos perspectives pour l’avenir se cassent la figure ; ce que nous croyions être acquis, aller de soi est remis en question ; ce qui faisait notre sécurité et notre liberté se révèle fragile ; notre santé est menacée ou atteinte ; nos forces diminuent ; un sentiment d’isolement nous habite. Et au milieu de tout ça, il arrive même que les valeurs qui nous portaient, notre foi par ex., notre confiance en Dieu… se fissurent. Et on se retrouve comme devant un mur. On se sent étranger chez soi. On se sent en territoire complètement inconnu. Sans nos points d’ancrage habituels.

Rentrer en nous-mêmes. Etre acculé à soi-même. Se découvrir tellement vulnérable. S’interroger. Se confronter à nos peurs, à nos limites, à notre mortalité. Ce n’est pas confortable. Mais, Jésus nous encourage.

En effet, Jésus nous laisse entendre que Dieu n’est pas absent de ce cheminement intérieur. Il nous y attend. Il nous y a toujours attendu. A l’image du papa de la parabole qui attend et se réjouit du cheminement de son fils. Rentrer en soi… c’est un chemin qui peut me conduire à m’ouvrir à cet appel à la confiance que le Seigneur me chuchote du fond de mon cœur : quelqu’un t’attend, quelqu’un est là pour toi ! quelqu’un s’importe.

Je peux donc entrer en moi-même et écouter mon désarroi et ce qu’il veut me dire sur mon besoin d’assurance. Je peux demander au Seigneur qu’est-ce qu’il a à me dire face à cela.

Je peux écouter mes peurs et écouter ce qu’elles ont à me dire sur mon besoin de contrôler toute situation. Et demander au Seigneur qu’est-ce qu’il a à me dire face à cela.

Je peux écouter ma hantise du confinement et ce qu’elle a me dire sur mon besoin de liberté et d’indépendance et de relation. Et demander au Seigneur qu’est-ce qu’il a à me dire face cela.

Je peux écouter ma colère devant mes projets remis en question, devant mes prévisions chahutées.

Rentrer en soi-même c’est aussi se demander : Mais finalement qui est-ce que j’aimerais être ou devenir ? La vie telle que je l’ai vécue jusqu’ici me conduit-elle à être ou devenir celui ou celle que j’aimerais réellement être au plus profond de moi ? Peut-être ce retour sur soi sera-t-il occasion de changement, de revoir mes priorités. Le regard que je pose sur la vie, sur le travail, sur la course aux like, sur les autres en sera peut-être modifié. Le regard que le fils cadet pose sur son père vu jusque-là comme un obstacle à sa liberté se modifie : il découvre un père précieux, aimant, généreux.

Jésus m’encourage à vivre ce retour sur soi avec Lui. Parce que je peux aussi vivre cela sans Dieu, seul avec mes pensées noires et c’est alors désastreux. Dieu m’attend sur ce chemin, il a toujours été là en attente. Il veut m’y accompagner de sa bienveillance. Il est là prêt à me recevoir les bras grands ouverts, malgré mes marchandages, mes doutes et mon sentiment d’indignité. Il se peut qu’en dehors des temps de crise, je n’aie pas pensé au Seigneur. Mais lui a toujours pensé à moi… il a toujours attendu ce moment. Il est là prêt à me révéler qui je suis vraiment pour lui, et donc qui je peux être pour les autres. Comme le fils cadet qui rentre en lui-même pour redécouvrir autrement sa famille et les autres qui l’entourent.

Le Seigneur est là pour te revêtir de cette robe symbolisant ton statut de fils, de fille. Il te dit : Je t’aime. Tu es aimé. Je suis ton port d’attache. Mon amour est ton assurance. Mon amour est ta paix. Je suis là avec toi. Ta force, tu la trouves dans mon regard. Mon amour fait de toi un homme libre, une femme libre. Mais tu sais, la liberté est un bien précieux… C’est le cœur de ton humanité… Fais attention de ne pas la perdre pour un mirage. Mon amour fait de toi un homme, une femme appelés à s’ouvrir à l’autre, à accueillir l’autre, à rencontrer l’autre, à le/la valoriser.  

Rentrer en soi pour mieux se retrouver soi-même et mieux retrouver les autres. Rentrer en soi c’est avoir le courage d’ouvrir des fenêtres que j’avais fermées depuis longtemps pour laisser Dieu éclairer ma vie et pour redécouvrir la précieuse présence des autres, famille, voisins, collègues, autrement que comme des obstacles à ma liberté, mais comme part essentielle de mon existence. Rentrer en soi peut être l’occasion d’ouvrir un espace pour faire l’expérience de la mystérieuse et puissante présence bienfaisante de Dieu, qui saura me porter dans ce temps difficile. Rentrer en soi c’est prêter l’oreille à cette brise légère venue des fonds de l’éternité et qui me dit : Ma bonté et ma fidélité, quelques soient tes difficultés, ne sont pas épuisées. Ma bonté et ma fidélité prévaudront.

Amen.

[1] Le 17 mars 2020 au 12h30.

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