Bulle, 30 avril 2017

Ps 78,1-11 ; Dt 6,1-9 ; 1 Jn 1,1-4  (Thème 11 brochure FEPS)

Si vous êtes assis ici ce matin c’est parce qu’un jour on vous a transmis la richesse de l’Evangile. On va parler transmission ce matin.

  1. Défis et objets de la transmission

En Occident nous constatons un accroissement de l’analphabétisme biblique. La transmission de la foi chrétienne est en repli et c’est un vrai défi. Cela est dû entre autres : au relativisme (tout se vaut – aucune religion ne peut prétendre à la vérité) ; au rejet des grands courants de pensée traditionnels abandonnés au profit d’une foi personnelle qui privilégie les émotions et le bien-être immédiat plus que sur des convictions qui nous construisent ; à l’individualisme et au repli sur soi. Or il n’y a pas de transmission  qui ne s’incarne dans une communauté et qui ne s’appuie sur une communauté qui partage des objectifs, des valeurs, des convictions.

Pour Dieu la transmission n’est pas une option facultative pour le croyant « L’Eternel l’a ordonné ». Nous sommes face à un commandement. Il n’a pas dit « transmets plus loin si tu en as envie » ! Transmettre suppose de dire, parler, raconter, enseigner... les œuvres de Dieu. Et pour celui à qui l’on transmet le plus important c’est d’avoir “écouté, entendu, prêté l’oreille attentivement“. Encore faut-il donner la possibilité à chacun d’entendre !

L’histoire biblique n’est pas un conte qui débouche sur une gentille morale. Nous y voyons Dieu qui rejoint, touche et transforme les vies de femmes, d’hommes et d’enfants. Il est intervenu dans l’Histoire et il a agi dans l’existence de bien des personnes. Le Psaume 78 exhorte son peuple à raconter, transmettre 3 choses essentielles et qui sont éternelles :

les louanges de l’éternel : la louange est typiquement ce qui relie passé, présent et avenir car elle célèbre Dieu dans ce qu’il a été, ce qu’il est et sera ; dans ce qu’il a fait/fait/fera. Quand je loue Dieu, j’exprime mon amour pour lui ; mais par la louange nos cœurs sont touchés par son amour pour nous.

La puissance de Dieu et ses prodiges : Il ne s’agit pas des exploits de l’homme mais des siens. Nous voyons depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse la main de Dieu à l’œuvre. Notre foi s’appuie sur ses actes passés.

Le témoignage de Dieu en Israël c.à.d. sa loi. Par sa loi Dieu manifeste sa sainteté, son caractère de justice et d’amour. Il ne nous l’a pas donné pour limiter notre liberté mais pour nous rendre libre de tout ce qui, en nous et autour de nous, peut nous blesser, blesser les autres, blesser le cœur de  Dieu.

  1. Mémoire et transmission

La transmission est aussi un défi dans une société de l’instant-ané. Nous perdons le sens de la mémoire, du passé et avons du mal à envisager l’avenir. Or la question de la transmission dans la Bible a un lien avec l’inscription du peuple de Dieu dans une histoire, dans une durée, une alliance, une fidélité, une promesse, un projet. Ma foi prend racine dans un acte libérateur passé et  prend appui sur une promesse qui me fait entrevoir le royaume de Dieu.

Chaque génération était invitée à faire mémoire et à raconter à la suivante l’événement fondateur de la foi d’Israël qu’est la libération d’Egypte. Car Dieu est un Dieu de liberté et de libération. Une liberté donnée toujours à se remémorer afin de ne pas tomber dans les vieux travers d’esclaves. Chaque fois que le peuple a oublié l’œuvre de Dieu, cela s’est mal terminé pour lui.

Jusqu’au jour où Dieu a établi une nouvelle alliance avec nous en la personne de Jésus Le baptême et la Cène sont les deux sacrements par lesquels nous faisons aussi mémoire de l’œuvre de libération accomplie par Jésus à la croix pour nous délivrer de nos esclavages ; mais ils rappellent aussi que nous formons une communauté de foi, que nous ne vivons pas notre foi tous seuls ; ils nourrissent notre foi et notre espérance dans le royaume qui vient.  Se rappeler l’acte libérateur de Jésus nous fait prendre conscience de 3 choses :

1/ nous célébrons une alliance c.-à-d. cette histoire d’amour qui célèbre la fidélité continuelle et actuelle entre Dieu et nous. Malgré nos désobéissances et notre inconstance, il ne renonce jamais à ses promesses. Nous pouvons donc prendre appui sur cette fidélité qui nourrit notre engagement et notre espérance d’un monde nouveau où règneront justice et paix.

2/ Les échecs du peuple d’Israël font écho aux échecs de notre propre vie. Mais nous croyons à la capacité de Dieu de nous pardonner et de les vaincre à cause de ce que Jésus a accompli sur la croix. Ce pardon libérateur devrait nous conduire à nous mettre à son service et au service des autres.

3/ Comme Dieu a conduit son peuple jusque dans la terre promise, Jésus nous conduit jusque dans le royaume. Dans ce voyage nous connaissons obstacles, échecs et déceptions. Nous rencontrons des oasis de bonheur comme des tempêtes de sable dans lesquelles nous n’arrivons pas à distinguer l’horizon. Hier Israël était guidé par une colonne de feu dans le désert. Aujourd’hui le Christ est devenu le point de mire que le croyant est appelé à fixer jour après jour.

  1. Transmission et action

« Nous ne voulons pas cacher ce récit à nos enfants ». Pourquoi transmettre et faire mémoire ? Se rappeler n’est pas un acte passéiste, cela doit nous mettre en mouvement. A quoi cela doit-il aboutir concrètement ?

1/ Lui faire confiance ! Nos récits ne sont pas des mythes mais des événements intervenus dans l’histoire montrant ainsi que Dieu est vivant et qu’il agit. Ce qu’il a fait hier nourrit notre confiance en lui face aux défis du quotidien. Nous n’avons pas un petit dieu mais un sauveur extraordinaire qui offre, en Jésus, une espérance dans un monde à qui il est promis un avenir.

2/ Nous mettre en garde contre le danger de l’oubli. Ne plus se souvenir des œuvres du Seigneur, c’est oublier le Seigneur. La suite du Ps 78 montrera que la désobéissance et les oublis ont produit la défaite. Il veut aider chacun à tirer les leçons des fautes passées pour ne pas les reproduire. Souvenons-nous de ce que Jésus a fait à la croix ; recherchons sa présence et suivons sa Parole qui nous guide  loin de l’erreur et du danger ; abandonnons nos idoles qui nous rendent esclaves et insatisfaits et ne sont d’aucun secours.

3/ Nous amener à l’obéissance. Il ne s’agit pas simplement d’acquiescer à ce qui est transmis, d’adhérer avec l’intelligence ou de retenir avec la mémoire. Il s’agit pour nous de prendre au sérieux ce que Dieu dit dans Sa Parole et de faire ce que le Seigneur désire pour sa gloire et notre joie.

Conclusion : pour nous chrétiens, transmettre c’est avant tout montrer, désigner, conduire vers et dans une relation personnelle et un cœur à cœur avec le Christ libérateur. Je ne peux le faire que si j’ai été moi-même conduit vers lui, si je suis moi-même rempli d’amour du Christ et pour Christ. Transmettre est un acte d’amour. Charles Péguy disait “une société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas, qui ne s’estime pas.” Ce qu’il dit de la société vaut aussi pour nos églises. En tant qu’église, au-delà de nos habitudes et de notre sens du devoir, aimons-nous encore Dieu ? Quelqu’un écrit : « nous pensons l’aimer : mais ressentons nous au fond de notre être ce mélange de quête de sa présence, d’amour et de volonté de le servir ? ». Avant de transmettre peut-être nous faut-il reprendre le temps de cheminer et de redécouvrir personnellement l’amour de Dieu pour soi. Car je ne peux transmettre que ce que j’ai moi-même reçu. Il en va de la pertinence de ce que nous transmettons autant à nos amis qu’à nos enfants.

Prière : Père, j’ai un jour reçu ta parole et je te prie de m’aider à la transmettre plus loin, d’être témoin de l’amour que tu as pour moiMerci pour ta fidélité et qu’elle nourrisse notre confiance en toi, nous conduise à te rechercher et à être obéissant.

Pour aller plus loin :

  • Qui vous a transmis ? quoi ? Et comment ? Qu’est-ce qui vous a le plus touché dans ce qui vous a été transmis ?
  • En quoi transmettre est pour vous un défi ? Quel est le rôle de la communauté dans la transmission ?
  • Pourquoi est-ce si important de remémorer les actes de libération de Dieu ?
  • Que penses-tu de l’affirmation « oublier les œuvres de Dieu, c’est oublier Dieu » ?
  • Où en suis-je dans ma relation personnelle avec Jésus ? Que puis-je transmettre ?
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