Prédication sur Psaume 51 / Jn 3,17-21
Seul l’amour permet une remise en question en profondeur.
Bien-aimés du Christ Jésus,
Le drame de Crans-Montana a montré à quel point les médias ont montré de l’incrédulité, avec raison peut-être, devant la volonté affichée des propriétaires de la boîte de nuit d’assumer leur responsabilité. Indépendamment de ce fait d’actualité, c’est devenu très inhabituel de ne pas esquiver nos responsabilités quand nous avons fait quelque chose de mal ou qu’on a manqué à notre devoir.
Le psaume 51 nous parle d’un roi, David, qui, dénoncé pour un assassinat, un viol et un adultère, reconnaît sa responsabilité et sa culpabilité. Il n’esquive pas. Et c’est peut-être ce qui fait dire à Dieu qu’il est un homme selon son cœur (1Sam 13,13). Contrairement à Saül qui se cherche des excuses quand le prophète Samuel dévoile sa faute[1].
Etre selon le cœur de Dieu ce n’est pas être parfait, c’est être malléable entre les mains du Saint Esprit, quand il nous reprend. Et il nous reprend soit par les circonstances soit par autrui, parfois lui-même directement. Etre selon le cœur de Dieu c’est être un homme, une femme qui ne fuit pas la lumière de Dieu[2].
Etre selon le cœur de Dieu c’est ne pas laisser la honte court-circuiter la responsabilité. Parfois, on fuit nos responsabilités parce qu’on a honte de ne pas avoir été à la hauteur ; et on se cherche des excuses, alors qu’on est prompt à ne pas en donner aux autres[3]. David ne se cherche pas d’excuse. Il est un homme selon le cœur de Dieu. Ce psaume nous montre ce qui porte son attitude, ce qui irrigue son cœur. Voyons cela ensemble et voyons si cela peut nous parler, nous inspirer.
La 1ère chose qui me saute aux yeux dans la prière de David, c’est sa confiance en la justice divine : J’ai péché contre toi, contre toi seul, et j’ai fait le mal à tes yeux, en sorte que tu seras juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement (Ps 51,4). Confiance dans la justesse du jugement de Dieu. Confiance en qui est ce Dieu qui l’a choisi, qui l’a appelé. Quelle attitude pour celui qui avoue sa responsabilité, qui plaide coupable de meurtre… et qui vient solliciter le pardon, la miséricorde de Dieu ! Je me demande si j’ai la même confiance, la même assurance quand je me présente devant Dieu. Et toi ? Sans cette confiance, comment faire un examen de conscience devant Dieu ? Sans cette assurance, comment oser dévoiler mes côtés sombres, mes échecs, mes faux-pas, mon incrédulité, mes déviances et mes errances ? Quand tu pressens que tu as mal fait, que tu as fait du mal, qu’il y a quelque chose qui n’est pas aligné à ce que Dieu attend de toi, peux-tu te présenter à
Lui avec la même confiance ?
Cette confiance, David la puise dans ce qu’il connaît de la nature même de Dieu : sa bonté, sa compassion. Ce Dieu qui se présente ainsi à Moïse (Ex 34,6-7) : 6 L’Éternel, l’Éternel, Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité, 7 qui conserve sa bienveillance jusqu’à mille générations, qui pardonne la faute, le crime et le péché, mais qui ne tient pas le coupable pour innocent… Et nous, nous avons Jésus qui a donné sa vie pour nous, pour nous dire son pardon, sa miséricorde, son amour.
Inspirons-nous de cette confiance en la justice et la miséricorde de Dieu. Ce n’est qu’elle qui nous donnera la force et l’assurance pour être vrai devant Dieu et amorcer un chemin de changement dans nos vies.
La 2e chose qui me frappe dans la prière de David, c’est sa lucidité sur le mal qu’il a commis. Il en parle comme d’une transgression, en hébreu c’est un acte qui a porté atteinte au droit de son prochain, à l’intégrité de son prochain. Il s’est permis de porter atteinte à son prochain. Ce que nous détestons qu’on nous fasse à nous. Et puis, il en parle comme d’un acte inique, c-à-d pervers, issu d’un cœur mauvais, au point qu’il a voulu camouflé son méfait. Comme il nous arrive de vouloir maquiller nos méfaits, devant les autres et devant nous-mêmes. Ensuite, il en parle comme d’un péché, c-à-d comme d’un acte en décalage complet avec l’objectif de Dieu pour sa vie, comme d’un acte témoin d’une perdition intérieure. Ensuite, il demande à Dieu de le purifier avec de l’hysope, en référence à ce que le prêtre faisait pour déclarer pur un lépreux[4] ; il compare donc son acte à une lèpre, à cette maladie qui prive nos extrémités de toute sensibilité, et nous ronge. David voit le sérieux et la racine du mal commis. Le mal commis n’est que le signe d’un mal plus profond qui habite son cœur.
Je me demande si nous avons toujours la même lucidité face à nos manquements.
Jésus dit qu’il est venu donner sa vie en rançon pour nous[5], pour le pardon des péchés[6]. Ce pardon, en grec, signifie aussi libération[7]. Jésus n’a pas donné sa vie pour effacer notre casier judiciaire céleste. Il a donné sa vie pour nous libérer du mal, du péché comme on dit. Il a donné sa vie pour amorcer un travail de guérison, de changement en nous. A ses yeux, le péché est une maladie qui ronge notre âme, notre cœur, notre humanitude. Et dont les effets collatéraux touchent nos relations.
Donc, quand je prends le temps de me placer sous la lumière de Dieu avec mes manquements, suis-je disposé à une lucidité sans complaisance envers moi-même ? Le christianisme n’est pas une religion de la culpabilité, comme le disent les gens mal-informés. Le christianisme, c’est la religion du pardon et de la transformation intérieure. Le disciple de Jésus veut voir sa vie être guérie du mal qui l’habite. Etre chrétien c’est être lucide. Et être lucide pour permettre au Seigneur de nous changer. Et ce changement comporte aussi la consolation que Jésus apporte à nos cœurs repentant. Je m’y attarderai plus longuement à Vendredi Saint.
Le 3e point qui m’interpelle c’est que David aspire à une transformation de son cœur parce qu’il sait que cela est inséparable de la présence de l’Esprit Saint en lui. Ne me retire pas ton Esprit Saint (Ps 51,11). Il avait vu ce qui s’était passé avec Saül lorsque l’Esprit de Dieu l’a quitté. David a saisi que la présence du St.Esprit en lui c’est aussi la condition pour que son cœur puisse changer et retrouver la joie. La Sagesse de Salomon dit (Sa 1,4-5) : La Sagesse n’entre pas dans une âme malfaisante. Car l’Esprit Saint, l’éducateur, fuit la fourberie, il se retire devant les pensées sans intelligence, il s’offusque quand survient l’injustice. Ce que Paul traduira en disant : N’attristez pas le Saint–Esprit que Dieu vous a accordé ; il est la garantie que le jour viendra où Dieu vous délivrera complètement du mal (Eph 4,30). Ne faites pas obstacle à l’action du Saint–Esprit (1Thess 5,19).
Quand je vais vers Dieu en prière, est-ce que j’ai le même souci, de garder vive la présence du Saint Esprit en moi ? Ai-je le souci de ne pas l’attrister, de ne pas lui faire obstacle ?
Il y a là non pas une peur malsaine, il y a là le souci d’un David qui aime son Dieu et ne veut pas l’offenser, ne veut pas lui faire de la peine. C’est le souci de l’amour.
David nous interpelle. Lorsque nous allons à Dieu avec nos manquements est-ce pour recevoir son pardon et nous donner bonne conscience ou est-ce par amour pour ce Dieu qui s’est donné pour nous à la Croix ? Est-ce par souci de ne pas bloquer le travail de guérison, de restauration, de changement que le St.Esprit veut faire dans notre vie ?
Prions. Seigneur, merci parce que tu nous rappelles que tu es le Dieu compatissant et juste. Tu pardonnes et ton pardon veut se faire transformation en nous. Merci parce que ton jugement est tjs bon, tjs restaurateur. Merci parce que ton jugement est toujours ouverture et renouveau. Merci parce que tu nous l’as dit avec tellement de passion et de force à la Croix, en donnant ta vie par amour pour nous. Aide-nous à ne pas craindre ta justice, mais à craindre notre nonchalance. Aide-nous à ne pas fuir nos zones d’ombres, nos manquements, mais à oser les affronter pour te laisser nous transformer, car tu ne nous veux que du bien. Amen.
[1] Cf. 1Sam 13 : 8 Saül attendit sept jours, jusqu’au moment fixé par Samuel. Mais Samuel n’arriva pas à Guilgal, et le peuple se disséminait loin de lui. 9 Alors Saül dit : Amenez–moi l’holocauste et les sacrifices de communion. Il offrit l’holocauste. 10 Comme il achevait d’offrir l’holocauste, voici que Samuel arriva, et Saül sortit au–devant de lui pour le saluer.
11 Samuel dit : Qu’as–tu fait ? Saül répondit : Lorsque j’ai vu que le peuple se disséminait loin de moi, que tu n’arrivais pas au moment fixé, et que les Philistins étaient assemblés à Mikmas, 12 je me suis dit : Les Philistins vont descendre contre moi à Guilgal, et je n’ai pas imploré l’Éternel ! C’est alors que je me suis fait violence et que j’ai offert l’holocauste.
13 Samuel dit à Saül : Tu as agi en insensé, tu n’as pas observé le commandement que l’Éternel, ton Dieu, t’avait donné. L’Éternel aurait affermi pour toujours ton règne sur Israël ! 14 Maintenant ton règne ne tiendra pas. L’Éternel s’est cherché un homme selon son coeur, et l’Éternel l’a établi conducteur de son peuple, parce que tu n’as pas observé ce que l’Éternel t’avait commandé.
Actes 13 : 21 Puis ils demandèrent un roi. Et Dieu leur donna, pendant quarante ans, Saül, fils de Kis, de la tribu de Benjamin ;
22 après l’avoir écarté, il leur suscita pour roi David, auquel il a rendu ce témoignage : J’ai trouvé David, fils d’Isaï, homme selon mon coeur, qui accomplira toutes mes volontés.
[2] En effet, Jésus dit dans Jean 3 : 17 Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour sauver le monde par lui. (…). 19 Voici comment la condamnation se manifeste : la lumière est venue dans le monde, mais les hommes préfèrent l’obscurité à la lumière, parce qu’ils agissent mal.20 Quiconque fait le mal déteste la lumière et s’en écarte, car il a peur que ses mauvaises actions apparaissent en plein jour. 21 Mais celui qui obéit à la vérité vient à la lumière.
[3] David s’en rend très vite compte : il est prêt à condamner à mort le riche qui a pris la brebis du pauvre pour faire à manger à ses visites, ne touchant pas à son propre troupeau. Et il vient de commettre un forfait semblable.
[4] Cf. Lévitique 14.
[5] Mt 20,28 Le Fils de l’homme est venu pour donner sa vie comme rançon pour libérer une multitude de gens.
[6] Mt 26:28 Ceci est mon sang, le sang qui garantit l’alliance de Dieu et qui est versé pour une multitude de gens, pour le pardon des péchés.
[7] 859 afesiv libérer de l’esclavage ou de l’emprisonnement ; oubli ou pardon des péchés, (considérés comme n’ayant jamais été commis), rémission des peines, remise, pardon
