Prédication sur Ps 56 et Ac 16.23-26 et (Mc 4,39-40a).
Quand la louange permet à la peur de cohabiter avec la foi
Bien-aimés du Seigneur Jésus.
On oppose souvent peur et confiance, peur et foi. Si t’as peur, c’est que t’as pas confiance ! Pourtant dans ce psaume 56, il est intéressant de constater que peur et foi cohabitent. De nombreux psaumes se font l’écho de l’expérience de la peur. Rien d’étonnant : 60% des Français disent avoir peur pour leur sécurité et pour leurs biens[1]. On dit qu’il y aurait 365 appels à ne pas avoir peur dans la Bible. Alors, voyons comment David gère ce problème dans ce psaume 56 et en quoi il pourrait nous inspirer.
David écrit ce psaume dans des circonstances où il a peur pour sa vie et pour la vie de ses parents. On trouve cela dans 1Samuel, chap. 15 à 18.
Voilà des mois que David est poursuivi par le roi Saül devenu fou de jalousie contre lui, car David a battu Goliath et les filles du royaume chantent son exploit. Pour finir, David ne sait plus où fuir : il se résout alors à aller se cacher chez Akish, le roi de Gath, la ville de Goliath. Il se dit qu’au moins là, Saül ne viendra pas le chercher. Mais, il est rapidement reconnu par les ministres d’Akish et arrêté. Pensez donc, il a tué leur meilleur soldat. Ça ne s’oublie pas ! Il se trouve donc dans un sale pétrin[2].
Les psaumes nous ont été donné – je crois – pour nous enseigner à prier au milieu de nos différents états d’âme. Ils nous ont été donné pour nous montrer comment les psalmistes ont géré leurs états d’âme et leurs situations de vie devant Dieu dans la prière. Et ce psaume 56 est, à ce titre, édifiant face à nos peurs.
Regardez le point de bascule qui fait passer David de la peur à la confiance : c’est la louange à Dieu. Louer le Seigneur, le célébrer m’aide à entrer dans la confiance et contribue à diminuer la peur. Si on regarde attentivement, David pose son regard sur Dieu pour le louer, puis il revient à ses ennemis, mais plus en criant au secours ; cette fois, il les regarde au travers de ce qu’il s’est souvenu de Dieu dans sa louange. Ils sont devenus moins intimidant car je le sais, Dieu est pour moi. David oppose dans son esprit ses ennemis à la fidélité de Dieu, il les oppose à son Dieu, Yahvé, ce Dieu qui a fait alliance avec lui et avec Israël. Ses ennemis perdent alors de leur pouvoir intimidant. David commence à avoir moins peur. En hébreu, le temps du verbe nous dit que c’est en cours, ce n’est pas terminé.
Approfondissons encore un peu. Je loue Dieu, dit David. L’hébreu dit littéralement : Je décide de louer Dieu délibérément[3]. Je ne loue pas Dieu parce que tout va bien, mais parce que je veux Le célébrer. Je ne loue pas Dieu parce que je suis dans la joie, mais parce qu’il sied de le faire. Comme Paul et Silas dans leur prison à Philippe. Louer Dieu c’est dire du bien de Lui, c’est appeler à ma mémoire et à mon esprit qui Il est. C’est permettre au Seigneur de briller dans ma pensée, dans ma situation, de l’éclairer de qui il est. David loue Dieu pour Sa Parole, sa Parole donnée. Par exemple, David demande à Dieu sa compassion en s’appuyant sur le fait que le Seigneur a dit de lui-même : Je suis Yahvé, Dieu compatissant et bienveillant, patient, d’une immense et fidèle bonté (Ex 34,6). J’aimerais dire 3 choses sur cette louange délibérée.
1°. Louer Dieu ce n’est pas mettre la tête dans le sable et escamoter le problème ou la souffrance. Louer Dieu ce n’est pas faire semblant que tout va bien. David loue Dieu, Paul et Silas louent Dieu dans leurs situations apparemment désespérées. Cela commence par une reconnaissance de ma situation, de ma souffrance, de ma difficulté, ici au Ps 56, de ce qui me fait peur. La louange c’est dire : Dieu tu restes Dieu souverain, compatissant, bienveillant, patient, d’une immense et fidèle bonté dans cette situation qui me fait peur, qui me fait souffrir ; Dieu tu restes celui sur qui je peux m’appuyer ; Dieu tu restes celui qui est digne de confiance. Malgré tout. Il y a ce qui me fait peur, et il y a Toi sur qui je peux m’appuyer dans cette peur.
Il y a ceux qui me talonnent pour me faire du mal, qui complotent contre moi, et il y a Toi qui connaît les pas de ma vie en fuite… Il y a Toi qui est avec moi et pour moi et m’accompagne. Il y a Toi qui, au final, me préservera de chuter.
Jonas loue Dieu alors qu’il a été avalé par la baleine. C’est comme s’il disait : il y a mon refus d’obéir à toi voix qui m’a conduit dans cette situation de mort, mais il y a Toi ô Dieu qui fait grâce. Dans la version grecque de l’AT, les 3 amis de Daniel louent Dieu lorsqu’ils sont jetés dans la fournaise, comme pour dire : Il y a ici notre mise à mort, mais il y a Toi aussi ô Dieu qui reste le souverain absolu et véridique, fidèle jusqu’au-delà de notre mort.
Louer Dieu ce n’est pas nier la réalité, mais la reconnaitre à la lumière de la présence de Dieu. Louer Dieu opère un décentrement de notre regard, ou pour dire les choses autrement, c’est placer entre nous et ce qui nous fait peur, entre nous et notre difficulté, la présence du Dieu qui nous aime, qui s’est donné pour nous à la Croix et qui a vaincu la mort au matin de Pâques, déjouant ainsi les pronostics de l’Ennemi.
2°. Lorsque Paul et Silas louent Dieu, la terre tremble, les fondements de la prison sont ébranlés et les portes s’ouvrent. La prison ne s’écroule pas pour autant, ce qui serait logique. Reconnaître mes peurs, ce qui les cause, à la lumière de la présence de Dieu, c’est révéler leurs fondements souvent fragiles. Nos peurs cachent dans leurs fondements notre suffisance, notre volonté de tout contrôler, notre illusion d’être éternel et intouchable, etc. ; et le crédit donné à l’adversaire de pouvoir disposer de notre vie. A la lumière de Dieu, ces choses se révèlent pour ce qu’elles sont : illusoires et limitées. Celui qui est le solide fondement c’est le Seigneur. Cela peut nous interroger : si nous considérons nos peurs récurrentes, que cachent-elles en fait, quelle illusion veulent-elles défendre ?
Comme disait quelqu’un : connaître qui est Dieu ne satisfait pas notre intellect, notre raison mais ça nourrit le sol de notre cœur, et donc notre foi[4]. Louer Dieu ouvre la porte, c’est-à-dire, ouvre une espérance, ça ouvre une nouvelle perspective. Pour Silas et Paul ça leur permet même de témoigner du Seigneur auprès du gardien de la prison. Merlin Carothers, qui fut aumônier militaire au Vietnam, dit qu’on devrait remercier Dieu pour tout ce qui remet en question notre suffisance et nous permet de nous ouvrir à l’action souveraine de Dieu[5].
3°. Parfois, nous sommes empruntés pour louer Dieu dans nos peurs ou nos épreuves, parce que nous ne nous souvenons pas qui le Seigneur est. David s’appuie sur ce qu’il sait de Dieu, à savoir sa compassion, une de ses caractéristiques fondamentales. C’est un encouragement pour nous à mieux connaître notre Dieu en lisant sa Parole. Je me demande même si ça ne pourrait pas être relié à ce que je disais il y a 2 semaines : apprendre à s’émerveiller devant l’action de Dieu déjà expérimentée et devant ce qu’il donne à connaître de lui dans sa Parole.
A lire Paul, il devait être émerveillé par la grâce de Dieu, c-à-d par son Amour donné gratuitement, alors qu’il s’était évertué à observer les centaines de règles des pharisiens pour acquérir la faveur de Dieu. Et cet Amour gratuit, donné de façon définitive, est ce qui nourrit sa confiance face aux adversités de la vie et face à ses propres imperfections.
A lire David, il devait être émerveillé par le fait que Dieu était souverain, que Dieu tenait sa destinée dans sa main, ce Dieu qui l’avait protégé contre le lion attaquant ses moutons, ce Dieu qui l’avait gardé contre Goliath, ce Dieu qui était venu le chercher pour être roi alors qu’il n’avait rien demandé. Et on voit cela comme une constance dans sa vie : il ne cherche pas à s’imposer ou à en imposer. Il reçoit sa vie des mains de Dieu.
Et toi quelle est la caractéristique du Seigneur qui t’émerveille le plus et qui pourrait te porter dans tes peurs ou tes épreuves et te permettre de marcher à Sa lumière ?
Essayons donc de louer Dieu quand nous serons pris dans une peur ou une adversité et voyons quelle différence cela fera pour nous. Amen.
[1] https://elabe.fr/insecurite/ consulté le 12 mai 2026.
[2] Ce qui est intéressant dans les Psaumes, c’est que les peurs dont ils se font l’écho sont à 90% des psaumes liées aux relations humaines : peur du rejet, de la calomnie, du mépris, etc. Je ne me souviens pas de psaumes qui parlent de la peur de la maladie ou de manquer. Ça me fait penser à Mike Horn qui disait suite à son tour du monde le long de l’équateur que le seul vrai danger qu’il a rencontré c’est l’être humain.
[3] Le verbe est au piel, le temps intensif.
[4] A.W. Tozer, Mais perto de Deus, éd. Mundo Cristão, São Paulo, 1989, p.17. Et : Merlin Carothers, Puissance de la louange, éd. Foi et Victoire, Mont-sur-Lausanne, 1984, p.53.
[5] Carothers (1984), p.109.
