Nous avons dit la foi passée que homme et femme sont tous deux créés à l’image de Dieu et donc sont d’une égale dignité. Au fil des siècles l’Église a proposé des interprétations misogynes notamment des épîtres de Paul, a succombé à des travers sexistes et s’est « patriarcalisée » s’écartant de l’idéal d’égalité instauré par le Christ. Que dit Paul ? Distinguer ce qu’il a écrit et ce qu’on lui a fait dire !

1.A Enseignements fondamentaux de Paul

Principe de base  Galates 3,28 : En Christ, il n’y a plus ni homme ni femme (ni mâle ni femelle Gn1) : ce verset ne met pas fin à la différenciation sexuelle si chère à Gn et Jésus. Contexte : certains hommes juifs priaient Dieu au début de la journée en le remerciant de ne pas les avoir fait naître esclaves, païens ou femmes… Par notre foi, nous sommes d’abord et premièrement enfants de Dieu. Notre appartenance à Christ transcende toutes les différences. Toutes nos identités sociales, culturelles, religieuses sont secondes. Puisque nous sommes tous ses héritiers, aucun n’occupe une place privilégiée ni une position de supériorité par rapport aux autres. En Jésus la différence H/F n’est donc pas abrogée MAIS les discriminations sont dépassées

La venue de Jésus instaure une nouvelle création. Par son sang versé à la croix Jésus a mis fin à la rupture originelle qui avait abouti à la domination de l’homme sur la femme et à leur aliénation mutuelle. Jésus instaure un ordre nouveau où les relations sont définitivement non plus déterminées par des structures sociales, un statut, une appartenance, un genre, mais par une vocation commune, celle d’enfant de Dieu. Sa venue permet la réconciliation à la fois entre l’humanité et Dieu et entre les humains, en particulier entre les 2 sexes.

Ils peuvent de nouveau exister dans un face-à-face libre des défigurations du péché. Par son attitude envers les femmes, Jésus assume cette égalité voulue dès le commencement ce qui le situe à l’opposé des mœurs de son époque. Il abroge les structures hiérarchiques abusives qui sont les conséquences de la chute et de la désobéissance humaine et non le dessein créationnel de Dieu.

1 Corinthiens 11 : Il y a dans ce texte un aspect culturel : à Corinthe une épouse qui se dévoilait manifestait qu’elle voulait rompre les liens du mariage ou qu’elle était une personne de mauvaise vie (cheveux courts = prostituée = choque nouveaux convertis) ; il évoque ici des questions d’honneur, de ce qui est convenable par rapport aux coutumes de son époque. Le voile était une marque de son autorité à elle, une autorité exercée et non subie.

Quand Paul dit que l’Homme est la tête de la femme il n’établit ici ni une hiérarchie permanente ni un rapport d’autorité (pas question d’infériorité de la femme par rapport à l’homme). Derrière ce mot de tête il y a l’idée de provenance, de source, d’origine (source de vie, porteur de vie). Souvenons-nous que la femme a été tirée de l’homme alors que l’homme l’a été de la terre en 1er. Mais la source de toute l’humanité, c’est Dieu ! Paul dit à la fin ce qui est essentiel : « Si la femme provient de l’homme, l’homme naît de la femme mais tout vient de Dieu ! ». « En Christ », devant le Seigneur, un nouveau schéma égalitaire de réciprocité et d’interdépendance voit le jour.

Paul ne dit pas : « Dieu est le chef de Christ, Christ est le chef de l’homme et l’homme est le chef de la femme ». Paul n’utilise pas un argumentaire hiérarchique. Il ne fonde pas un rapport d’autorité mais une relation de réciprocité. Je m’explique : Christ est la source de la vie de l’Église et lui donne son existence. En retour l’Église sert avec amour Christ, source de sa vie. De même, l’homme est source de l’existence de la femme (utilisé pour donner la vie à la femme), il l’aime en se donnant lui-même pour elle. En retour l’épouse s’attache à son mari en une relation semblable qui exprime leur unité.

Ephésiens 5 : soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte de Dieu ;  femme à votre mari comme au seigneur car le mari est « chef  (mauvaise traduction ) de la femme comme Christ est le chef de l’église qui est son corps. On a vu ce que signifiait la tête. Le verbe « se soumettre » n’a rien à voir avec une soumission servile. Le mot implique une démarche volontaire, dans l’amour, qui peut se comprendre comme « être fidèle, être un appui », exprime l’idée de porter les fardeaux des uns des autres.

Ensuite la demande de soumission au mari s’inscrit dans ce contexte de soumission mutuelle des uns envers les autres envers Jésus et vient juste après. Ce texte ne contredit pas l’égalité de tous les croyants en Christ (Galates 3). Pas de différence hiérarchique car seuls des égaux se soumettent les uns aux autres. Quel homme dévaloriserait sa femme qui est son alter ego ?

L’époux n’a pas à imiter le pouvoir, la seigneurie ou l’autorité de Jésus mais bien son humilité et son attitude de serviteur, un serviteur qui lave les pieds de ses disciples. Si la femme est invitée à venir en appui, le mari est en effet invité à aimer sa femme comme Christ a aimé l’Eglise en donnant sa vie pour elle. Le lien qui unit l’époux à l’épouse doit donc refléter le lien qui unit Christ à l’Eglise dans le don, suscité par l’amour, qu’il fait de lui-même. Qui voudrait tirer avantage de cette responsabilité ? Jésus lui-même était soumis au Père et cette soumission ne comporte pas la moindre trace d’infériorité. Les deux sont dans une égale relation d’amour.

1.B Enseignements circonstanciés. Certains enseignements de Paul répondent à des situations locales et certains versets parfois mal traduits…

1 Corinthiens 14,33-40 : que les femmes se taisent = litt. « ne pas bavarder » dans le sens de perturber les réunions et le culte.Il demande une attitude respectueuse pour que tous soient encouragés. Même chose demandée aux hommes !

1 Timothée 2,11-15 : instruction en silence / interdit d’enseigner. Paul demande à certaines femmes de s’instruire mais dans une attitude d’attention à ce qui est enseigné. Paul ne veut pas d’enseignant incompétent/hérétique mais seulement ceux qui sont choisis et formés pour cela. L’autorité d’enseigner doit être donnée par l’église et non usurpée (par force, pb ici). Certaines femmes relayaient de fausses doctrines/enseignements (notamment que Eve était à l’origine d’Adam). Paul ferait ici une analogie : il établirait une comparaison entre d’une part Ève, créée en second, n’ayant pas reçu directement les ordres de Dieu et lui ayant désobéi, et d’autre part des membres de cette communauté, tombés dans l’erreur en suivant de faux enseignants. Mais Paul ne contredit pas Romains 5 où il rappelle que Adam est bel et bien aussi coupable et pécheur que Eve !

1 Corinthiens 7,1-5 : le corps de l’homme ne lui appartient pas. Le verbe utilisé signifie « exercer de l’autorité sur quelqu’un » : c’est le seul endroit où un verbe en lien avec l’autorité est employé à propos des relations entre époux et c’est pour dire qu’homme et femme ont les mêmes droits chacun sur le corps de l’autre ! Aucun des partenaires n’a le droit d’instrumentaliser l’autre et de le considérer comme un objet sexuel. Le mariage est fondé sur une relation de réciprocité. Chacun doit tenir compte de l’autre et ne pas décider tout seul. Révolutionnaire à l’époque !

Pour terminer sur ce point, hommes et femmes sont en effet « cohéritiers de la grâce de la vie éternelle ». Contrairement à d’autres conceptions religieuses, les Écritures n’enseignent aucun privilège masculin quant à la communion avec Dieu et au salut. Le catéchisme de Westminster dit que le but de la femme comme de l’homme est de « glorifier Dieu et de trouver en lui son bonheur éternel ».

Les deux sont disciples, les deux partagent la même identité d’enfant de Dieu qui les rend frères et sœurs, les deux sont envoyés en mission, les deux ont le même salut, le même espoir de résurrection, le même esprit les dotant de dons pour être chacun et ensemble sel de la terre. Nous savons par les épîtres que bien des femmes (la plus marquante était Phoebe en Rm 16) ont eu des fonctions d’autorité, d’enseignement et de gouvernement au sein des premières églises locales.

Conclusion : Paul n’était pas un misogyne et la Bible n’est pas sexiste. Il faut comprendre les contextes culturels dans lesquels certains textes ont été écrits. Loin des lectures simplistes ou littéralistes la Bible propose plutôt un message de libération pour les femmes. Pour Paul les conjoints sont unis par une relation d’égale réciprocité, d’alliance entre alter ego. Un rabbin a dit un jour en France lors d’une assemblée politique : « l’incapacité d’un système à faire de la place au féminin est toujours révélatrice de son incapacité à faire de la place à l’autre en général ». Puisse l’Église être ce lieu de la réconciliation et de la reconnaissance où chacun est capable de faire de la place à autrui : avançons hommes et femmes ensemble assurés de notre égale dignité, de notre identité d’enfant de Dieu et de notre liberté en Christ dans une bonne et saine soumission mutuelle à Christ, lui notre source de vie !

Textes : Galates 3,26-29 ; Éphésiens 5,21-25 ; 1 Co 11,7-12 ; 1 Co 14,33-35 ; 1 Timothée 2,12-14 ; 1 Co 7,3-5a ; Orgue