Prédication sur Mc 1,40 – 2,12

La Bonne Nouvelle : Jésus vient remplacer nos soupirs par son souffle créateur.

Bien-aimés du Christ.

Nous poursuivons ce matin notre méditation de la bonne nouvelle apportée par Jésus-Christ à l’humanité.

Je lisais dans la revue Itinéraires[1] un article qui débutait par cette fameuse phrase de Marx : La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, (…). C’est l’opium du peuple[2]. Il ajoutait que la religion était un moyen de faire accepter aux gens leur condition humaine souvent injuste. J’ai trouvé la 1ère partie de sa phrase profonde : la religion est le soupir de la créature accablée. D’ailleurs Paul nous dit que le St.Esprit  prie en nous par des soupirs. Et Jésus, bien loin de venir nous encourager à une acceptation fataliste de notre situation vient nous bousculer et nous inviter non seulement à soupirer (il y a de quoi parfois) mais aussi à reprendre souffle et courage. Il nous le montre dans ces 2 guérisons.

Dans ce récit, une chose me frappe : l’accueil que Jésus fait au lépreux et au paralytique. Ils viennent chercher une solution à leur problème, un soulagement à leur souffrance et ils trouvent d’abord un accueil à leur personne. Avant de les délivrer de leur souffrance, Jésus exprime sa compassion et touche le lépreux : il accueille sa personne, il accueille aussi son corps portant les marques de sa souffrance. Avant de guérir le paralytique, Jésus l’accueille en lui disant : mon enfant ; en disant cela, il établit un lien avec cet homme. Il y a quelque chose qui me touche ici : quand je vais vers Jésus dans la prière avec mes problèmes, difficultés ou souffrances, j’y vais avec une attente de solution, d’exaucement comme on dit ; MAIS lui, il veut d’abord me recevoir comme une personne à part entière, pas juste comme le problème. Il veut me recevoir comme une personne qui a besoin d’amour. Il veut d’abord que je le rencontre comme Celui qui m’aime au-delà de ce que je pourrais imaginer. C’est particulièrement frappant avec le paralytique.

Regardez ! Les amis du paralytique ouvrent le toit au-dessus de Jésus comme le ciel s’est ouvert sur Jésus à son baptême. Ils descendent l’homme à Jésus comme la colombe de l’Esprit descendit sur Jésus. Et Jésus s’adresse à cet homme comme le Père s’est adressé à lui : Mon enfant, disent nos traductions[3]. Le grec dit simplement : Enfant. Et pour cause : Jésus n’est pas le Père, il est le Fils. Voyez-vous, c’est comme si Jésus accueille cet homme comme lui-même est accueilli par Dieu son Père. Moi, ça m’émeut. Quand tu t’approches de Jésus avec ta prière, avec tes problèmes, avec tes demandes, il t’accueille comme l’enfant du Père, il t’accueille avec le même amour que Dieu le Père a pour lui, avec le même regard, avec la même bienveillance. Toi, le fils, la fille bien-aimé de Dieu en qui il a mis toute son affection / sa joie. Avant d’exaucer ta prière, il veut te dire combien tu lui es important et précieux. Avant de résoudre ton problème, il veut s’occuper de ce qui est plus important encore : ton besoin d’un amour parfait. Nous sommes invités à découvrir que, lorsque nous venons à Dieu avec nos difficultés, nous ne nous trouvons pas face à un guérisseur, un solutionneur de problème ou un juge, mais devant un Père désireux d’avoir un lien d’amour avec nous. Comme le dit l’apôtre Jean : Voyez à quel point le Père nous a aimés ! Son amour est tel que nous sommes appelés enfants de Dieu, et c’est ce que nous sommes réellement (1Jn 3,1). C’est la 1ère partie de la Bonne Nouvelle.

Et c’est cette prise de conscience qui vient remplacer nos soupirs par un souffle nouveau. Car devant ce Père d’amour, nous allons aussi nous taire pour écouter, nous reposer pour le laisser agir.

La 2e partie réside dans le désir du lépreux et du paralytique: désir de changement, désir de libération, désir de retrouver sa place à part entière pour agir dans ce monde. Le lépreux en a marre d’être l’exclu et le paralytique d’être le porté. Et Jésus entend cela. Et Jésus rétablit ces 2 hommes dans leur rôle d’acteur. Contrairement à ce que Marx pensait, la relation avec Jésus pousse au changement. Mais, cela nous demande de passer outre certains obstacles. Le lépreux a dû passer outre l’isolement qu’on lui imposait et l’image d’impur dont on l’affublait. Il a dû passer outre le sentiment d’être nul et inutile. Le paralytique et ses amis ont dû contourner l’obstacle de la foule. Cette foule fait régulièrement écran entre Jésus et ceux qui ont besoin de lui. Cette foule faite d’intimidation, de découragement, de peur de déranger, de peur de heurter la bienséance.  Les 2 vont braver ces obstacles qui sont souvent à l’intérieur de nous-mêmes, des obstacles que nous nous créons ou que nous avons intégrés.

Quels sont ces obstacles qui nous découragent de nous approcher de Jésus ? Sentiment d’indignité ou de rejet, incrédulité ou hyper-rationalisme ? Ces obstacles qui veulent transformer notre foi en fatalisme. Ces 2 hommes ont été portés par une foi, par une confiance peut-être balbutiante, à la recherche d’un changement dans leur vie. La foi n’est pas un opium anesthésiant. La foi me pousse vers Dieu pour du changement. Et Dieu nous accueille pour nous relever dans notre rôle d’acteur.

La 3e partie de la Bonne Nouvelle dans ce récit c’est que Jésus travaille en nous pour que le changement soit perçu des autres. Le paralytique est renvoyé chez lui à la maison. C’est là que le changement va interpeler. Pourquoi chez lui à la maison ? Serait-ce parce que c’est là que le pardon guérissant accordé par Jésus va d’abord déployer ses effets ? Serait-ce que la famille avait affublé le paralytique de la fausse croyance qu’il payait pour une faute ? Serait-ce que lui-même s’était enfermé dans une sorte d’amertume ? La famille est le 1er cercle témoin des changements que l’Evangile produit en nous. Le lépreux, lui, est envoyé chez le prêtre. Jésus veut que sa guérison soit attestée par une autorité extérieure. Le lépreux va faire le contraire malheureusement : il va raconter sa guérison, se mettre au centre du miracle et de l’attention qu’on lui a trop longtemps refusée, au lieu d’aller rendre gloire à Dieu et de laisser autrui attester de sa guérison. Parfois, Dieu veut se servir de nous pour témoigner de son action sans que nous devions parler, juste en étant nous-mêmes, en laissant les autres découvrir le changement, la transformation.

Je conclus. Souvent, nous croyons savoir ce dont nous avons besoin quand nous nous approchons de Dieu : une solution à nos problèmes. Jésus, lui, voit le vrai besoin et il y répond pour que le changement nous touche là où c’est nécessaire et pour que son agir en nous touche notre communauté de vie. Pour le paralytique c’était sa famille, pour le lépreux cela passait par l’institution religieuse. Jésus est venu pour agir dans nos difficultés, pour les utiliser afin de transformer notre vie et notre milieu de vie. On est donc bien loin d’une religion opium du peuple. On est aussi bien loin d’une religion centrée sur notre bien-être personnel.

Puisse donc notre foi être le soupir d’une créature accablée par l’adversité, qui se tourne vers Jésus avec confiance, pour une restauration et une transformation de notre être et de notre milieu de vie.

Amen.


[1] Itinéraires n°109, 2020-1, Mont-sur-Lausanne.

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Opium_du_peuple_(philosophie_politique)

[3] Philémon de Gaza, moine du 6e siècle commente :

« Mon enfant: ce mot rempli d’amour, de compassion et de tendresse est dit pour accueillir ce malade et le rassurer même s’il a interrompu son entretien d’une manière si inopinée.

Mon enfant : ce mot est rempli d’un amour très précis, non pas celui d’un ami ou d’un frère, mais celui d’un père. Qui donc est Jésus pour parler ainsi? Cet homme sait bien que Jésus n’est pas son père. Pourquoi donc parle-t-il ainsi? Alors, mystérieusement éclairé par l’Esprit saint, cet homme comprend et se tait: il entend dans la bouche de Jésus l’amour du Père céleste, et, bouleversé, il ne parvient pas à prononcer le moindre mot.

Mon enfant : Jésus révèle à cet homme qu’il est aimé de Dieu et qu’il est pour lui son enfant. Il lui révèle un lien étonnant qui l’unit à Dieu, un lien différent de ce qu’il croyait. Le plus souvent, en effet, nous considérons que notre lien avec Dieu est celui d’un serviteur avec son maître, ce qui suscite en nous une certaine crainte. Il faut du temps avant de considérer ce lien comme celui d’un enfant avec son Père ; alors ce lien éveille en nous non plus la crainte mais l’amour, un amour filial qui grandit, s’affine, s’approfondit et s’embellit avec le temps.

Mon enfant : disant cela à ce malade, Jésus fait naître en lui l’amour filial ; ce malade se trouve soudain non pas devant son Seigneur, ni devant un médecin, ni devant son Roi ou son juge, mais devant son Père ou, plus précisément, devant Jésus qui rayonne de l’amour du Père. Le Père est dans Jésus et Jésus dans le Père (cf. Jn 14.10), et c’est cela que nous pouvons nous aussi contempler dans ce mot déposé par Jésus dans le cœur de ce malade. Toute la suite du récit brille de la lumière de cet amour. »

Le moine Philémon de Gaza médite l’Evangile de Marc, Olivétan, Lyon, 2022, p.44.

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