Prédication sur Mc 2.18-3.6 / Néh 8,10 / Ga 3.26-27 (tob)

La joie de Dieu à aimer : un défi pour dépasser notre religiosité

Bien-aimés du Christ,

Il peut nous arriver d’être jaloux du bonheur des autres, de leur joie ou de leur liberté. C’est difficile à admettre. Tant ça révèle une part sombre de soi. Mais, si on est honnête, on peut débusquer cette attitude en traquant ses symptômes. Parmi eux, il y a la Schadenfreude, c’est-à-dire cette petite satisfaction en nous de voir autrui souffrir ou avoir des problèmes. Quelqu’un disait que la Schadenfreude exprime la négation de l’humanité d’autrui. Il y a un autre symptôme de notre jalousie du bonheur d’autrui : l’esprit de jugement. On juge l’autre sur sa liberté que nous envions parce que nous ne nous donnons pas la possibilité ou le droit qu’il se donne. Nous envions alors la joie qu’il ou elle a. Jésus était détesté pour sa joie et sa liberté par les tenants du jugement, par ceux qui se rassuraient en discréditant les autres.

Tout le chapitre 2 de Marc nous montre la bonne nouvelle que Jésus apporte par sa joie et sa liberté. Il se réjouit de pardonner et guérir le paralytique ; il se réjouit de manger avec Lévi le sale collabo à la solde des Romains et avec ses copains intouchables ; il ne se soucie pas de jeûner ni de s’encombrer des règles du sabbat ; il semblerait qu’il se réjouisse de faire sauter les cadres en guérissant un malade lors du sabbat en plein culte à la synagogue. Il y a chez Jésus une spontanéité de l’amour.

L’Evangile est une bonne nouvelle car il nous dit que notre Dieu est un Dieu d’Amour, qui prend plaisir à nous, qui se réjouit de nous aimer et de nous le témoigner en toute liberté. Son amour vient bousculer nos codes du mérite : il les ignore.

On retrouve cela dans l’Ancien Testament, dans le livre de Néhémie. Alors que le temple a été rebâti, que le culte est remis en vigueur, que la Thora est lue au peuple, celui-ci s’effondre en larme et en repentance. Et Néhémie d’appeler alors le peuple à se réjouir du lien retrouver avec Dieu. Avec ce fameux verset que, personnellement, je devrais méditer plus souvent : La joie de l’Éternel est votre force (Néh 8,10).

Ce chapitre 2 de Marc vient nous bousculer avec la bonne nouvelle dont Jésus est le porteur. Il vient nous interroger sur la nature profonde de notre foi, sur le regard que notre cœur porte sur autrui et sur Dieu.

La joie de Jésus à déployer le pardon de Dieu dans la vie de ceux qu’il rencontre, sa joie donc à nous faire grâce à nous aussi, nous façonne-t-elle ? Nous imprègne-t-elle ? Sa joie de pardonner, de faire grâce… que suscite-elle en nous… en particulier quand elle s’adresse à ceux que nous en estimons indignes ? Jésus se plait à pardonner, à faire grâce, c’est-à-dire aussi à faire du bien à ceux et celles qui, selon nous, en sont indignes. Comme il se plait à le faire avec nous. Sa joie est-elle notre joie ?

La joie de Jésus ou sa passion à aller à la rencontre de ceux qui semblent se désintéresser totalement de Dieu nous habite-elle ? Ou bien serions-nous tentés de penser qu’il perd son temps ? Ou serions-nous tentés de nous dire que c’est quand-même dommage que le St.Esprit se fende en quatre pour atteindre certaines personnes alors que nous peinons tant à l’entendre pour nous ?

Il y a chez Jésus une sorte de joie à voir ses disciples entrer dans cette liberté issue de se savoir aimés au plus profond d’eux-mêmes par Dieu et s’en ficher s’ils grignotent quelques épis de blé le jour du sabbat. Alors que d’autres se privent et se mortifient en pensant que cela plaît au Seigneur. Et regardez la liberté de Jésus à dire l’amour de Dieu de façon à choquer les croyants églisés – le clergé en l’occurrence. Car l’amour de Dieu ne s’arrête pas aux églisés : il se peut même que les non-églisés y soient plus réceptifs.

Ce Dieu qui a joie à nous aimer, à nous rejoindre, à nous faire grâce, à se communiquer à nous, c’est notre Dieu. Soyons en émerveillés.

C’est un défi pour nous si nous adoptons une attitude qui questionne avec jalousie :

  • Mais comment se fait-il que Dieu fasse la grâce d’un nouveau départ à un tel ou une telle ?
  • Pourquoi donc Dieu semble-t-il être proche de celle-ci ou celui-ci qui vit une vie pas en règle avec notre bienséance ?
  • Pourquoi ces personnes non-églisées semblent-elles plus heureuses que certains croyants piliers d’Eglise ?

Avec ces questions, nous finissons par nous exclure de la communauté de ceux et celles à qui le Seigneur voudrait partager la joie et la liberté de son amour.

Jésus avertit : ce qu’il apporte c’est comme un vin nouveau. A l’époque, une outre nouvelle était un outre plus souple qu’une vieille outre. Et comme le vin nouveau n’a pas terminé son processus de fermentation, il a besoin d’une outre qui puisse s’étendre, qui soit souple. Assez souple pour s’étendre, assez souple pour se laisser imprégner de l’odeur de ce vin nouveau.

En fait, Jésus vient remettre en question notre religiosité. Vous savez, la religiosité c’est ce que nous mettons en place pour nous rassurer devant Dieu. Nos règles, nos traditions, nos identités confessionnelles, nos habitudes religieuses, etc. Parfois, notre religiosité a pour effet de nous faire croire que nous sommes du bon côté, du côté de Dieu. Souvent, notre religiosité nous permet de juger autrui, elle nous permet d’étiqueter les gens. C’est commode car, pensons-nous, ça nous aide à manœuvrer dans notre vie, ça nous donne des repères.

Mais si ta religiosité t’enlève de la joie… si elle te coupe des autres… si elle te conduit au jugement… c’est qu’elle pourrait bien être comme un vieux vêtement troué. Ce vieux vêtement dont on peine à nous séparer : il est tellement confortable, tellement à notre taille. Voilà que Jésus dit qu’on ne répare pas du vieux avec du neuf. On change le vieux pour du neuf. C’est vrai qu’au début c’est peut-être moins confortable. En effet, le tissu neuf, en grec, c’est un tissu non-foulé, un tissu non travaillé, non teint. C’est un tissu brut. C’est aussi un tissu que personne n’a encore porté. Parce que, dans sa joie et son amour, Dieu veut revêtir notre vie avec du neuf, avec du sur mesure. Notre découverte ou notre redécouverte, ou notre approfondissement de son Amour et de sa Joie à nous aimer et à nous faire grâce vont nous revêtir d’un élan nouveau, hors comparaison - la comparaison favorisant le vieux schéma religieux.

Je dois vous avouer une chose. J’aspire à être un outre nouvelle pour recevoir le vin nouveau dont parle Jésus, pour recevoir une plus grande joie, une plus grande liberté issue de l’amour de Dieu pour moi. Et toi ?

Puissions-nous laisser Jésus et le Saint Esprit nous emmener sur les chemins de la joie qu’a le Seigneur à nous aimer, nous et les autres. Puissions-nous laisser Jésus et le Saint Esprit nous emmener sur des chemins qui seront peut-être nouveaux pour savourer la liberté que son Amour nous donne et le partager aux autres.

Amen.

Inscrivez-vous à notre bulletin d'information

Vous recevrez par mail les informations utiles et importantes de notre paroisse, ainsi que des messages de la part de nos pasteurs (prières, méditations, ...)

Votre inscription nous est bien parvenue. A bientôt !