Prédication sur Mc 4,1-10/13-15/20

La parabole du semeur et nos perturbateurs d’intériorité.

Bien-aimés du Seigneur,

Jésus était-il écolo ? Sans doute bien plus authentiquement que la plupart des écolos actuels. L’écologie est définie comme l’étude des relations entre les êtres vivants et leur environnement[1], lequel n’est pas que spatial, mais peut aussi être social ou spirituel. On pourrait même dire qu’écologie concerne l’étude de notre habitat, car dans le mot il y a oikos la maison et logos l’étude, le discours. Notre habitat 1er, notre maison 1ère c’est d’abord notre vie, notre être, notre personne, puis notre environnement. La Bible, dès son 2e chapitre, met l’accent sur le lien qui nous unit à notre environnement : l’homme est placé dans le jardin d’Eden pour en prendre soin avec sa compagne en harmonie avec Dieu.

Puis écologie a désigné un courant idéologique luttant pour le respect de la nature en favorisant une limitation de la croissance au nom des ressources naturelles limitées. L’écologie nous interroge sur comment nous habitons notre monde.

Jésus et la Bible, eux aussi, nous interroge sur comment nous habitons notre monde, nos relations et notre vie. Et sa parabole phare[2], celle du semeur a une teneur essentiellement écologique et spirituelle. Elle nous interroge sur comment nous habitons notre vie, notre foi, notre relation à Dieu, aux autres. Dans cette parabole, Jésus nous invite à le recevoir lui, la Parole Vivante de Dieu, lui le Règne de Dieu de façon à ce que notre vie en soit éclairée, travaillée, changée et transfigurée. Ailleurs il le dit avec d’autres mots comme : Moi, je suis venu pour que les humains aient la vie et l’aient en abondance ; celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive jailliront de son coeur, comme dit l’Écriture[3].

Mais Jésus nous dit que nous pouvons passer à côté de cela quand nous ne sommes pas présents, pas présents à Lui, pas présent aux autres, pas présent à nous-mêmes. Quand notre vie ressemble à une autoroute au trafic incessant. Quand nous ne sommes pas là pour accueillir sa parole au fond de notre être. Il y a tant de raisons au fait d’être absent à nous-mêmes.

Jean-Guilhem Xerri, psychanalyste chrétien, dit que nous sommes envahis par des perturbateurs d’intériorités qui travaillent à nous empêcher d’être vraiment présent à nous-mêmes en 1er, et aussi au Seigneur et à ce qu’il veut nous dire ou faire avec nous. Ces perturbateurs détournent notre attention en permanence. Ils ne veulent pas que nous ayons contact avec notre être profond, ni avec le Seigneur.

Quels sont ces perturbateurs d’intériorité? Parmi eux, il y a :

  • L’hyper-connectivité érigée en must – que ce soit par la prétendue nécessité d’être informé de tout en temps réel ou sur les réseaux sociaux;
  • L’hyperactivité qui te fait croire que tu es important, compétent, précieux, indispensable ;
  • La nécessité prétendue d’être toujours disponible, atteignable ;
  • Le narcissisme et son besoin de briller en permanence.
  • Le zapping, cette tendance à passer non-stop d’une chose à l’autre, d’une relation à l’autre, d’un projet à l’autre, d’une activité à l’autre. On ne s’arrête plus.
  • Le sentiment d’urgence permanent: on l’impression que tout est urgent : régler tout de suite, répondre tout de suite, etc.
  • Actuellement, il y a encore la peur de la mort et l’obsession santé avec les chiffres quotidiens du covid qui semblent être le baromètre absolue de la bonne marche du monde[4].

Autant de perturbateur d’intériorité, comme dit Xerri. Tout cela se traduit par une sorte d’écoute sans alliance de la parole de Dieu et des autres. J’écoute sans écouter. Leur oreille est incirconcise, ils ne peuvent pas être attentifs, dit Jérémie (7,10). La Parole de Dieu est devenue une musique de fond comme celle d’un magasin[5]. Notre petite voix intérieure est littéralement couverte et étouffée.

Et puis, il y a toutes ces pensées qui virevoltent dans nos têtes quand nous voulons nous arrêter pour passer un moment dédié au Seigneur. Ces bruits extérieurs et intérieurs. Mais ça, c’est un autre chapitre.

Que faire avec tout ça ? Jésus est sérieux car il dit que c’est le diable qui poursuit le but de nous détourner de toute vie intérieure, de nous empêcher d’accueillir la parole et la présence de Dieu, d’être présent à nous-mêmes. Et le psychanalyste dit que ces perturbateurs diminuent nos capacités réflexives, intellectuelles, affectives et physiques, nous tournent vers du futile, du superficiel, de l’inutile et flattent notre animalité, nous rendent instables et handicapés de l’introspection[6].

L’écologie prône une certaine décroissance pour mieux vivre avec notre environnement. Xerri invite à dépolluer notre vie intérieure. Et les maîtres de spiritualité nous encouragent à oser nous arrêter, à faire le calme. Jésus se retirait dans la montagne pour prier, par ex. Il nous encourage à nous retirer dans notre chambre secrète pour passer du temps avec le Père. Abba Poemen disait : L’origine des maux et déséquilibres intérieurs c’est la distraction[7], c-à-d la dispertion de notre être. Que faire pour tenter de retrouver le contact avec notre être profond et avec le Seigneur ?

Quelques pistes.

La 1ère consiste à identifier nos perturbateurs d’intériorités. Lesquels te jouent des tours ? Lesquels te détournent de prendre un moment tranquille avec toi, de prier, de te mettre à l’écoute de la Parole de Dieu ? Lesquels t’empêchent-ils d’être en contact avec ton être profond, en contact profond avec autrui ? Une fois identifier, tu peux leur ordonner de se tenir tranquille durant certaines plages horaires de ta journée. Je prends une heure pour le Seigneur, par ex. de 7 à 8h le matin. Pendant ce temps, je dis aux pdi : plus tard, à 8h, pas avant.

La 2e consiste à travailler mon jardin intérieur. François Varillon[8] dit : Le bon terrain met en valeur l’énergie qui est contenue dans le grain. C’est-à-dire qu’il dit à cette parole qui lui vient : Ceci me concerne. A condition qu’on se laisse remettre en question par la parole de Dieu, qu’on la reçoive au sens fort, qu’on réagisse. Si la terre ne réagissait pas au grain de blé, celui-ci ne fructifierait pas.

La 3e liée aux 2 1ères : recevoir la parole de Christ-Jésus, voire mon prochain, avec une oreille et un cœur ayant fait alliance avec eux. Justement cette alliance implique une attitude qui dit : Tu me concernes, tu m’es important, je te prête attention. Je me suis lié à toi. Ce que tu dis et es m’importe au plus haut point. Ce que tu me dis est important, voire vitale pour moi. Et je ne l’ignore pas… Je veux laisser ce que tu me dis me travailler. Je veux laisser l’énergie de ta parole me travailler pour qu’elle puisse produire ces fleuves d’eau vive qui couleront de moi. Mon écoute m’engage.

Cette écoute avec un cœur circoncis, c’est-à-dire avec un cœur qui a fait alliance avec le Seigneur me rapprochera de Lui, m’aidera à remettre chaque pdi à sa juste place.

 La 4e serait de mettre en place un plan pour ralentir et écouter le Seigneur, écouter sa vie qui veut se déverser en nous. Chacun étant différent, chacun va trouves sa méthode.

La 5e c’est oser nous rapprocher de notre être profond. Imagine que tu doives décrire ton être profond à ton voisin, que lui dirais-tu ?

 

La Bible compare la relation que l’homme entretient avec le monde, avec Dieu et avec lui-même à celle de quelqu’un face à sa terre, face à son jardin. De même que l’écologie souhaite favoriser une cohabitation saine entre l’humain et la nature, Jésus souhaite une cohabitation authentique et fructueuse entre nous et nous-mêmes et entre nous et Lui, Dieu-avec-nous-qui-sauve. Il ne veut pas que nous passions à côté de notre vie. 

Amen.

 

[1] L’écologie est la science qui étudie les milieux et les conditions d’existence des êtres vivants et les rapports qui s’établissent entre eux et leur environnement, ou plus généralement avec la nature. L’écologie a été définie par le biologiste allemand Ernst Haeckel en 1866 comme « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence ». https://www.toupie.org/Dictionnaire/Ecologie.htm

Le terme « écologie » vient des mots grecs « oikos » (la maison) et « logos » (discours, science, connaissance). Il désigne la science qui étudie les conditions d’existence et les relations entre les organismes et leur milieu. L’écologie pose comme principe que chaque être vivant est en relation continuelle avec tout ce qui constitue son environnement. Dans ce cadre, elle étudie les flux d’énergie et de matières qui circulent dans un écosystème. https://www.geo.fr/histoire/l-ecologie-qu-est-ce-que-c-est-47364

[2] Matthieu 13:3  Il leur parla longuement en paraboles ; il disait : 4  Le semeur sortit pour semer. L’imparfait désigne une habitude. Matthieu nous dit ainsi que Jésus avait l’habitude de raconter la parabole du semeur, comme base de son enseignement.

[3] Cf. Jean 10,10 et 7,32.

[4] On nous fait croire en ce 23 juin que 1 mort du covid en Suisse dans ces dernières 24 heures et 13 nouvelles hospitalisations c’est beaucoup et qu’il faut faire attention.

[5] Cf. Ez 33,31-32 : 31 Ils se rendent en foule auprès de toi, et mon peuple s’assied devant toi. Ils écoutent tes paroles, mais ils ne les mettent pas en pratique, car ils agissent avec des paroles (aimables) à la bouche, alors que la cupidité mène leur coeur. 32  Te voilà pour eux comme une aimable chanson : musique agréable et belle mélodie. Ils écoutent tes paroles, mais ils ne les mettent point en pratique.

[6] Xerri, Revivez de l’intérieur, Cerf, Paris 2019, p.27

[7] Voir Les apophtègmes des pères, II,24.

Poemen ajoute : La vigilance, l’attention à soi-même et le discernement, ces 3 vertus sont les instruments de l’âme (I,20).

[8] François Varillon, Jésus, méditations, Bayard, 2018, p.230

 

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