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Cultes tous les dimanches à 10h au Temple

Église Évangélique Réformée

Paroisse de Bulle – La Gruyère

Prédication sur Pro 3,1-8 et 1Pi 1,13-22.

L’anticonformisme de la charité.

Chers compagnons et compagnonne en Christ.

Le prophète Osée nous appelait à un anticonformisme courageux pour être les dignes témoins de Christ Jésus dans notre monde. Et voici que les textes lus tout à l’heure vont, à leur manière, dans ce sens aussi : mettre en avant la nécessité de ne pas se fier à soi-même, pour le texte des Proverbes ; du côté de Pierre, une épître appelant les chrétiens à briller par l’amour et la droiture au sein même de la persécution dont ils sont l’objet – l’anticonformisme de l’amour agapè – que certains traduisent pas charité.

Dans son épître, Pierre appelle son Eglise à l’anticonformisme de l’amour agapè, de la charité. On pourrait même dire qu’il en fait l’objectif de la vie chrétienne. Et en cela, il est le fidèle disciple de Jésus. L’auteur des Proverbes, quant à lui, nous propose une méthode anticonformiste pour y arriver, qui est de mettre en question mon propre jugement des choses et des gens. Pierre dira que cela passe par focaliser notre esprit sur la grâce qui nous a été révélée et qui nous sera révélée en Jésus. En fait, Proverbes et Pierre vont à l’encontre de 2 éléments fortement présent dans notre culture occidentale : le culte de la sureté de soi et celui de l’immédiateté du jugement et du résultat. 2 éléments qui s’opposent de front à l’anticonformisme de la charité. Arrêtons-nous là-dessus un instant.

Tout d’abord, Proverbes.

5 Ne te fie pas à ta propre intelligence, mais place toute ta confiance dans le Seigneur. 6 En toutes tes démarches, dans toute ta conduite, reconnais-le et il aplanira tes sentiers. 7 Ne te fie pas à ton propre jugement, mais crains le Seigneur et détourne-toi du mal.

Selon l’auteur le fait de se fier à sa propre intelligence et à son propre jugement s’oppose à la confiance au Seigneur qui nous détourne du mal. Derrière le mot intelligence, il y a l’idée de la compréhension, de la connaissance que j’ai des choses ou des gens. Derrière le mot jugement, il y a l’idée d’habileté, d’astuce et d’expertise.

Je me suis demandé : combien de fois la compréhension que j’ai de telle ou telle situation, de telle ou telle personne n’est-elle pas faussée ? Faussée par mon histoire, faussée par mes blessures, faussée par mes non pardon, faussée par mes peurs, faussée par mes préjugés, faussée par mon éducation, par ma tradition. Combien de fois, la connaissance que j’ai d’un problème n’est que très partielle ? Combien de fois, je ne vois que l’apparence d’un comportement et d’une personne ? Que la surface ? Combien de fois, en réagissant sur la base de cette compréhension faussée et partielle, je me trompe. Je me trompe de combat, de cible. Je ne vois pas ce qu’il y a derrière.

Et notre prétendue expertise, nos astuces, nos manières de faire… combien de fois ne finissent-elles pas par faire mal ? Tellement nous sommes sûrs d’avoir la bonne évaluation de la situation, de la personne en face de nous. Je ne suis pas en train de dire qu’à ce moment-là nous ne pouvons simplement plus rien évaluer, mais attention au jugement définitif et irréfléchi.

C’est pour ça que l’auteur des Proverbes nous encourage à oser nous mettre en question et à nous demander : quelle place est-ce que je laisse au Seigneur dans la compréhension que j’ai de telle ou telle situation ou telle ou telle personne ? Est-ce que le Seigneur peut endosser, assumer ma conduite, mon jugement, ma démarche, mon choix, ma réaction, mon option, mes objectifs ? En d’autre terme, ferait-il cela à ma place ?

En toutes tes démarches, dans toute ta conduite, reconnais-le et il aplanira tes sentiers. Le mot traduit par conduite, derek, qu’on traduit aussi par chemin, signifie aussi bander son arc pour tirer une flèche. Ce mot contient l’idée d’un objectif poursuivi, d’une démarche, d’une action entreprise pour atteindre un but. Le Seigneur peut-il endosser mes objectifs ?

Vous aurez remarqué que l’auteur des Proverbes introduit son propos par : Pratique toujours la bonté et la fidélité[1]. Ce n’est peut-être pas par hasard. Et c’est là que nous rejoignons Pierre.

13   Aussi mobilisez vos facultés mentales, soyez sobres, mettez toute votre espérance dans la grâce apportée par la révélation de Jésus-Christ.

Pierre encourage les chrétiens à mobiliser leurs capacités de compréhension pour qu’elles soient orientée par l’espérance en la grâce.

Ça veut dire quoi ? Pierre nous encourage à ne pas oublier la grâce dont chacun de nous a été et est l’objet de la part de Jésus. La grâce c’est l’amour de Christ Jésus qui est venu nous chercher et nous rejoindre alors que nous ne le méritions pas, alors que nous nous trompions de chemin, alors que dans notre compréhension faussée de la vie et des situations et des gens, nous faisions des dégâts, nous blessions et offensions. Alors que dans notre compréhension faussée des choses, nous avons crucifié Jésus, rejeté le seul vrai Dieu, le Créateur et sa volonté.  Parce que… être chrétien ce n’est pas aller à l’Eglise, ce n’est pas être enregistré contribuable protestant, c’est avoir été saisi par cet amour de Christ, et en être conscient, et se laisser emmener dans un processus de changement. Parfois nous oublions la grâce dont nous avons été l’objet et nous retombons dans nos vieilles habitudes. Mais ça, ce n’est qu’un aspect de cette grâce, de cet amour restaurateur de Jésus. Ça c’est la grâce acquise à la Croix, donnée par Jésus du haut de la Croix.

En effet, le grec – grâce apportée par… – peut aussi se comprendre comme la grâce qui sera apportée au retour de Christ Jésus. Une grâce future. Pierre nous encourage alors à ne pas enfermer personnes et situations dans ce qu’elles sont présentement. Ni dans ce que nous en percevons présentement. Parce que toute la lumière sera faite au retour de Christ. Parce qu’avant son retour, la grâce a encore le temps de faire son travail dans les personnes et les situations.

En fait, Pierre nous encourage à faire preuve d’anticonformisme face à ce besoin de vouloir juger immédiatement et définitivement les personnes et les situations. Souvent l’immédiat risque de briser le travail de la grâce. Dans nos relations, dans nos vies personnelles, dans nos vies d’Eglise aussi.

L’anticonformisme de la charité, l’anticonformisme de la grâce ne seraient-ils pas porteurs d’espérance ? Si nous les vivions pleinement, n’allaient-ils pas interroger ce monde ? Et surtout, n’allaient-ils pas être occasion de voir des vrais miracles ? L’anticonformisme de la charité et de la grâce, je crois, sont les indices, lorsque nous les vivons, que nous sommes porteurs de Christ en nous. Les Pères du désert disaient : le diable sait très bien imiter la religiosité, mais il y a 2 choses qu’il est incapable d’imiter : l’humilité et la charité[2].

Ne nous limitons pas à avoir été touché par la grâce, laissons-la transformer notre vision des choses, des situations, et des gens[3].

Amen.

 

 

 

 

 

Questions à travailler pour aller plus loin :

  • Souviens-toi d’une personne (une relation) que tu as offensée, blessée ou brisée en réagissant de manière trop sûre de ton jugement / de ta compréhension de la situation / de la personne ?
  • Souviens-toi d’une décision / option prise qui s’est révélée désastreuse ? Conscient que le Seigneur doit pouvoir endosser notre démarche, agirais-tu de nouveau de la même façon ?
  • Dans quelle situation, avec quelle personne, oser l’anticonformisme de la grâce pourrait être source de réconciliation, d’espérance ou de guérison (au sens large) ?

 

 

[1] Voilà qui rejoint aussi cette parole de Paul : La connaissance enorgueillit, l’amour édifie (cf. 1Corinthiens).

[2] Les apophtegmes des Pères, collection systématique, vol. 3, Cerf, Paris 2005, p.33.

[3] Mère Teresa raconte qu’un jour une des jeunes sœurs que sa congrégation avait envoyé faire des études est morte le jour de la remise de son diplôme. Sur son lit de mort, elle s’est demandée pourquoi elle devait mourir juste après ses études, et en ayant passé si peu de temps dans la communauté. Mère Teresa conclut en disant que ce sur quoi nous serons jugés n’est pas le travail accompli, mais l’amour donné.  Et quelque part, se savoir mortel est ce qui va nous amener à une juste compréhension des choses et des gens et à une juste appréciation de nos expertises.

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