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Cultes tous les dimanches à 10h au Temple

Église Évangélique Réformée

Paroisse de Bulle – La Gruyère

Prédication sur Mt 25,30-40 et Mc 4.30-32 + Ga 6.7-10.

Le Règne de Dieu ne se délègue pas…

Alors que la Campagne de Carême s’engage pour une agriculture durable et respectueuse, pour la préservation des semences traditionnelles… et pour le droit des paysans à en disposer à leur gré, Jésus, lui, compare le Règne de Dieu à une graine.

Une graine de moutarde c’est si petit. Pas plus grande que la bille de mon stylo Caran d’Ache. Et pourtant cette petite graine contient la vie, elle contient tout un potentiel, toute une promesse. Comme toutes les graines d’ailleurs. Il y a un concentré d’avenir dans une graine. Il y a un concentré de nourriture. Il y a en elle un monde, tout un monde, tout un projet de société aussi : tu me plantes, tu prends soins de moi, je te donne à manger, assez pour que tu t’alimentes et que tu nourrisses d’autres personnes, et assez encore pour garder une partie à ressemer.

Une petite graine plantée a de grands effets.

Les petits gestes porteurs du règne de Dieu peuvent aussi avoir de grands effets, au-delà de nos attentes. C’est l’espérance à laquelle Jésus nous appelle.

Le texte de Mt 25 lu tout à l’heure est bien connu. Il n’est pas inutile de le remettre dans son contexte : ce passage sur le jugement dernier conclut un appel de Jésus à une triple vigilance, appel faisant suite à son enseignement sur la fin des temps dans Mt 24.

Parce que les temps sont graves, il demande à ses disciples de veiller à ne pas passer à côté des besoins de leurs congénères, à veiller à ne pas passer à côté des signes de son retour, à veiller à comment ils vont faire fructifier leurs talents, leur vie. Ces 3 vigilances sont importantes, nous dit Jésus, car nous serons jugés sur ce que nous en avons fait, et ce que nous en avons fait se manifeste dans l’attitude que nous avons face au prochain.

La ligne qui se dégage de tout ce que Jésus dit dans le chapitre 25 de Matthieu c’est que cette vigilance ne peut pas se déléguer à autrui. Elle ne peut pas se vivre par procuration. Semer la vie ne se délègue pas. Nous ne récolterons pas la vie en déléguant les semailles à d’autres. Je ne peux pas espérer être vigilant par procuration. Soit je le suis, soit je ne le suis pas. Nous peinons à comprendre cela car nous vivons dans un modèle de société où nous payons des gens pour faire le bien à d’autres. Je précise : je ne remets pas en cause notre système de solidarité. Mais on nous a habitué à déléguer de nombreuses solidarités, contre paiement. Mais Jésus me met en garde : il y a une part qui m’incombe, celle qui est à ma portée, celle qui n’est pas extraordinaire, celle qui concerne mon quotidien.

Je ne peux pas déléguer l’action du Règne de Dieu. C’est par toi, c’est par moi qu’elle passe. C’est en toi et en moi qu’elle veut grandir pour déborder là où nous passons. C’est par toi et par moi que le Règne de Dieu veut passer pour influencer le monde, notre petit monde. Et ce règne contient la puissance de vie d’une graine qui, semée, peut avoir des résultats disproportionnés par rapport au geste initial. C’est entre nos mains.

Le petit film que nous avons vu le montre au niveau de la problématique des semences : la richesse et la biodiversité des semences ont été kidnappées par 3 géants de l’agrobusiness, au point de menacer l’initiative privée des petits paysans. Et la survie des semences traditionnelles, résistantes et fécondes passent par l’échange, le partage, la solidarité. C’est une belle parabole.

Déléguer le Règne de Dieu à l’Eglise c’est le rendre stérile en moi. M’en remettre à l’action des autres pour témoigner de l’Evangile c’est semer en moi le gène de l’indifférence.

L’appel de Jésus à assumer nos responsabilités suscite parfois en nous un double malaise :

– nous ne pouvons quand même pas prendre la misère du monde sur nous.

– nous ne pouvons pas tout faire, que nous ne sommes qu’un individu bien limité et que vouloir tout faire et tout prendre sur soi reviendrait à nous épuiser. C’est au-dessus de nos forces, surtout quand on voit la liste des misères s’allonger d’un journal télévisé à l’autre.

Alors je crois que l’intention de Jésus n’est pas de nous décourager ou nous faire peur. Si on regarde de près, rien d’extraordinaire nous est demandé, rien non plus qui soit au-delà de nos forces. Mère Teresa a bien résumé le fait que nous ne pouvons ni ne devons prendre sur nous les misères du monde entier. Elle écrit ce très beau texte.

Je ne considère jamais les foules comme étant ma responsabi­lité. Je regarde seulement à l’individu. Je ne peux aimer qu’une seule personne à la fois. Je ne peux nourrir qu’une personne à la fois. Juste une, rien qu’une, et une seule. Vous devenez plus proche du Christ en devenant plus proche les uns des autres. Comme l’a dit Jésus: Chaque fois que vous avez fait cela au moindre de mes frères que voici, c’est à moi-même que vous l’avez fait. Alors, vous commencez … je commence. Tout ce travail ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan. Mais si nous ne versons pas cette goutte, elle manquera dans l’océan. C’est la même chose pour vous. La même chose dans votre famille. La même chose dans l’Église que vous fréquentez. Commencez simplement… Une seule personne. Une seule. Rien qu’une seule![1]

Parfois, nous ne nous sentons pas capable. Et peut-être bien que nous ne sommes pas tous capables de la même manière. Car nous ne nous y sommes pas exercés avec la même intensité, avec le même cœur. Nous sommes invités à avancer à notre rythme sur ce chemin, avec la conviction que le Règne de Dieu, son action en faveur de ce monde ne se délègue pas… c’est notre affaire. Et d’essayer les petits gestes.

Le Règne de Dieu qui s’exprime dans ma contribution à la vie de l’autre et à la vie du monde… ce règne est de notre responsabilité et il se vit et grandit dans le partage, dans la relation personnelle, dans la conviction que Jésus a fait de notre prochain le bénéficiaire de notre engagement. C’est pour ça qu’il dit que ce qu’on fait aux petits c’est à lui qu’on le fait.

Pour Jésus, la foi n’est pas une affaire de droit privé, c’est un affaire de droit publique. La compassion et la miséricorde requièrent notre présence personnelle[2]. Alors n’oublions pas : ne déléguons pas la solidarité, la bienveillance… c’est notre affaire… d’autant que nous sommes encouragés : chaque acte porte en lui-même une potentialité qu’à 1ère vue nous ignorons.

Amen.

 

 

[1] Cité par Peter Scazerro, Rendez-vous quotidiens, Excelsis, Charols, 2016, p.157-158.

[2] Matt Woodley, The gospel of Matthew, InterVarsity Press, 2011, p.234.

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