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Cultes tous les dimanches à 10h au Temple

Église Évangélique Réformée

Paroisse de Bulle – La Gruyère

Prédication sur 1Jn 1,1-2,11 / Jn 3,16-21

Le secret de la puissance de transformation du christianisme.

Chers compagnons et compagnonnes en Christ,

Alors que le lectionnaire me faisait lire la 1ère lettre de Jean dans ma méditation personnelle, je suis tombé sur la phrase de cet enfant qui explique que la crainte du Seigneur c’est que, lorsque nous péchons, nous ne lui demandions pas pardon[1]. Les enfants ont souvent une compréhension de Dieu simple et profonde. Et pourquoi Dieu aurait-il cette crainte ? Une histoire juive[2] donne peut-être la réponse : Avant la création, Dieu a fait plusieurs plans pour voir si le monde qu’il voulait créer allait tenir debout. Mais à chaque fois, le monde qu’il avait envisagé s’effondrait. Dieu a fait 26 tentatives, elles se sont toutes soldées par des échecs. Alors Dieu a créé la Teshouva, c-à-d le retour vers Lui, la repentance. A partir de ce moment seulement, le monde qu’il avait prévu de créer a tenu debout. C’est par le repentir de l’homme que le monde tient debout, sinon il s’effondrerait. Le retour vers Dieu est la planche de salut du monde, de notre vie personnelle en 1er lieu. Un théologien juif dit que la perfection de l’homme est d’être perfectible[3]. Ne pas entrer dans cette perfectibilité c’est alors rater, manquer le but de Dieu pour nous et pour ce monde.

Notre christianisme perd sa force de changement et de vivification à chaque fois qu’il entre dans la routine et se transforme en institution. L’apôtre Jean discernait déjà ce danger dans les Eglises auxquelles il écrit. Dans ces Eglises, un christianisme perverti pointait son nez et affirmait que la foi et le salut était une chose purement spirituelle et n’impliquait pas notre engagement dans ce monde – au contraire nous en libérait même. Jean s’inscrit en faux contre cela et nous interpelle.

Quelqu’un a dit que la 1ère de Jean expose le certificat d’authenticité de la vie chrétienne[4] qui se résume ainsi dans le début de l’épître :

5 (…) Dieu est lumière, et qu’il n’y a pas en lui de ténèbres. 6  Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne faisons pas la vérité. 7  Mais si nous marchons dans la lumière, comme lui–même est dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché. Marcher dans la lumière du Seigneur c’est s’exposer à sa lumière, ce qui a pour conséquence : 8 Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous–mêmes, et la vérité n’est pas en nous. 9 Si nous reconnaissons nos péchés, il est juste et digne de confiance pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité.

C’est peut-être le b-a-b-a de la foi chrétienne, mais je me suis demandé, en lisant cela, dans quelle mesure je prenais cela au sérieux. Notre christianisme n’est-il pas devenu un christianisme de pardon, sans transformation, sans retour à Dieu, sans Teshouva comme dit l’histoire juive, sans ce qui permet au monde de tenir debout, plutôt que de s’effondrer ?

Quand nous nous demandons pourquoi Dieu n’agit pas plus dans notre vie, dans ce monde… pourquoi il ne se fait pas plus présent… c’est que, peut-être, quelque chose cloche dans ce domaine. En effet, pour changer le monde, il faut d’abord se laisser changer soi-même[5]. Et si ça cloche serait-ce que nous aurions perdu la bonne compréhension de la repentance, laquelle est un élément d’authenticité de la foi ?… J’aimerais vous partager à ce sujet 3 éléments.

1°. Redécouvrir le côté positif de la repentance. La repentance est un signe d’authenticité de notre foi car elle est liée à la conscience que le Règne de Dieu est présent, qu’il est là, et qu’il ne demande qu’à être accueilli. Le Règne de Dieu s’est approché. Repentez–vous, et croyez à la bonne nouvelle[6]. Jésus personnifie ce règne. Il est la lumière qui éclaire tout homme qui vient à lui[7]. Jésus a déployé le règne de Dieu par sa vie, autour de lui, dans un accueil inconditionnel et aimant. Et moi, je n’ai pas envie de me priver de sa présence lumineuse. J’ai envie de bénéficier de sa lumière – je suis la lumière du monde celui qui me suit ne marchera jamais dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie[8]. C’est vrai que cela va mettre en lumière en nous ce que le Saint Esprit appelle à changer. Pas parce qu’il faut changer pour changer. Non. Cela mettra en lumière ce qui doit changer pour que notre vie tienne debout, pour que le vivre ensemble reste possible, pour que le monde subsiste et survive aux différentes crises. C’est le principe de la Teshouva.

La Bonne Nouvelle du Règne de Dieu c’est qu’il veut que notre vie tienne debout plutôt que de s’effondrer et qu’il se tient à nos côtés pour ce faire. La Bonne Nouvelle du Règne de Dieu c’est qu’il veut sauver le monde et que cela débute par notre conversion à nous, et non celle des autres. Question : si Jésus règne vraiment, qu’est-ce qui devrait changer en toi[9]?

Mère Teresa dit ceci d’intéressant qui nous sort de tout moralisme : ce qui doit être confesser au Seigneur c’est ce qui est divisé en moi ; c’est le vide, la distance qui existe entre moi et Jésus ; et ce qui prend place dans ce vide[10]. Quand je laisse la lumière de Jésus briller sur moi, dans la prière par ex., elle éclairera la distance qui me sépare de lui, et des autres. Quand je me distancie de Jésus, voire des autres, c’est que quelque chose m’en éloigne, me tire au loin ; c’est quoi ?  Prenons un exemple : tu traverses une épreuve et cette épreuve creuse un espace entre toi et Jésus, entre toi et les autres; qu’est-ce qui y prend place : la colère, l’amertume, l’incrédulité, le doute, la volonté d’en faire baver aux responsables, etc. ?… Parler au Seigneur de cette fracture, de ce vide, de ce qui y a pris place c’est amorcer cette Teshouva, ce retour à Dieu pour que notre vie tienne debout plutôt que de s’effondrer.

Le 2e élément positif de la repentance, de la démarche de laisser Jésus illuminer notre vie et y faire la vérité, c’est que ça ouvre la porte à l’action

du Seigneur dans notre vie. Si tu veux voir le Seigneur agir dans ta vie, c’est le moyen le plus simple. Si tu veux voir le Seigneur restaurer ta vie, si tu veux expérimenter son action et sa présence, reconnaître la distance qu’il y a entre toi et lui, et souhaiter y remédier, c’est le 1er pas. La repentance ce n’est pas juste demander pardon, c’est vouloir la transformation, la guérison de notre être, de notre vie. Dans le langage de Jean c’est vouloir que Jésus nous purifie, c-à-d qu’il décrasse notre vie, qu’il enlève ce qui l’assombrit. Cela implique souvent de s’y reprendre à plusieurs reprises. On ne décrasse pas d’un coup, il faut frotter. Etre chrétien ne signifie pas être parfait. Etre chrétien signifie apprendre en suivant Jésus, ne pas craindre de lui présenter nos faiblesses, nos travers de comportement et de caractère et lui demander de nous en libérer, de nous en guérir, pour se faire un cœur neuf comme dit Ezéchiel[11].

C’est un travail à 2, nous et le Seigneur. Laisser la lumière et l’amour de Jésus éclairer notre vie et lui apporter ce qu’il nous révèle devoir changer en nous, c’est débuter un travail de salut, un travail de guérison.

Jésus n’est pas mort juste pour nous pardonner, mais pour nous conduire au changement. L’épitre de Jean dit que Jésus est venu non pour pardonner le péché, mais pour que ce pardon nous pousse au changement, à la restauration de notre personne, de notre être profond.

Pourquoi Jean nous invite-t-il à prendre le temps de confesser nos égarements ? Parce que Dieu sait que ne pas le faire c’est se priver de son projet qui est de permettre à notre vie et au monde de tenir debout, de tenir le coup. Ne pas le faire c’est se priver de l’action du Règne de Dieu. Ne pas le faire c’est être co-responsable du non-changement du monde.

3°. Le grand écueil dans cette démarche c’est d’oublier le Règne de Dieu et finir par être découragé, c’est oublier que nous ne sommes pas seuls, mais que le Seigneur lui-même veut agir avec nous, que son Règne est là et que nous pouvons nous réclamer de l’autorité de son Règne. Je ne vais pas changer par moi-même, je vais changer avec son aide, parce que Jésus est avec moi. Ce n’est pas du jour au lendemain, c’est un chantier dans la durée. Mais avec ceci de beau : tu vis la réalité du Règne de Christ dans ta vie. Tu vis qqch de très réel.

Je conclus. Retrouver la puissance de transformation de l’Evangile passe par la repentance, c-à-d par la confession de ce que le Seigneur nous montre être décalage avec lui dans notre vie. Et lorsque de nombreuses personnes vivent cette démarche et cette réalité, alors la cohésion dans le corps du Christ, dans l’Eglise s’en trouve renforcée. Car ce travail nous rend humble, compréhensif, tolérant et aimant. Et le monde a besoin d’un christianisme qui a retrouvé sa puissance de transformation, pour lui permettre de trouver le chemin du salut, ce chemin qui lui permettra de tenir debout et de tenir le coup.  

Amen.

[1] Cf. Olivier Bonnewijn, Les petits mystiques, éd. de l’Emmanuel, Paris, 2017, p.131.

[2] Cf. Antoine Nouis, L’aujourd’hui de l’Evangile, Olivétan, Lyon, p.39.

[3] André Neher cité par Nouis in ibidem.

[4] Nick Page, La Bible en toute simplicité, Bibli’O, Villier-le-Bel, 2014, p.120.

[5] Cf. Anthony de Mello qui dit : Tout le monde songe à changer l’humanité. Presque personne ne songe à se changer lui-même. In : Un chemin pour renaître – le pardon, éd. Ouverture, Le Mont-sur-Lausanne, 2001, p.37.

[6] Marc 1,15

[7] Jean 1,9

[8] Jean 8,12

[9] Une vie qui ne s’interroge pas sur soi-même n’est pas digne d’être vécue par un homme. Platon cité par Enzo Bianchi in Les mots de la vie intérieure, Cerf, Paris 2002, p.136.

[10] Mère Teresa, Il n’est de plus grand amour, Presses du Châtelet, Paris 2016, p.105

[11] Ezéchiel 18,31.

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