Prédication sur sur 1Co 10.1-14 et Lc 13.1-9.

L’espérance, un horizon nourrissant notre confiance et portant notre présent.

Chers amis,

Le Dieu de la Bible, notre Dieu nous invite à une espérance. Et le baptême est la proclamation de cette espérance sur la vie du baptisé. A l’époque de Jésus, on ne baptisait que des consentants, et par immersion : cette immersion signifiait une mort et une résurrection. Ou comme Paul le dit encore aux Colossiens : Dieu le Père nous a arrachés à la puissance de la nuit et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien–aimé (Col 1.12-13). Baptiser la petite A, c’est proclamer cette espérance sur elle.

L’espérance c’est quoi ? C’est un horizon, c’est une perspective au travers de laquelle nous regardons notre présent et une perspective qui nourrit notre confiance. L’espérance chrétienne, c’est l’horizon de l’assurance de notre résurrection et de la victoire de Jésus sur les forces de mort ; cet horizon colore le regard que nous posons sur notre réalité et nourrit notre confiance.

Par ex. de nombreux negro spirituals sont nés de cette espérance que la liberté étaient la destinée finale des esclaves noirs. Une espérance qui a façonné le présent de nombre d’entre eux, comme cet homme connu sous le sobriquet de Praying Jacob : Jacob avait pris l’habitude de prier 3 fois par jours et donc 3 fois par jour il cessait son travail et se recueillait en silence, ce qui enrageait son maître, M. Saunders. Un jour, Saunders pointa son revolver contre la tête de Jacob et lui ordonna de mettre fin à sa prière et de travailler. Jacob prit le temps de terminer sa prière, puis invita son maître à appuyer sur la gâchette en disant : Ta perte sera mon gain. J’ai 2 maîtres : maître Jésus au ciel et maître Saunders sur terre.  J’ai une âme et un corps ; mon corps est en ton pouvoir, mais mon âme appartient à Jésus. Plus jamais Saunders ne s’en prit à Jacob. L’espérance de Jacob façonnait le regard qu’il portait sur sa réalité[1]. L’espérance c’est la conviction que malgré ce qui peut nous en sembler la réalité n’est pas absurde. C’est ce qui nous permet de tenir le coup et le cap au milieu des tempêtes de la vie ; c’est l’assurance que le chaos que nous expérimentons dans ce monde n’aura pas le dernier mot, mais que le dessein de Dieu prévaudra[2].

Paul nous dit que la génération d’Israélites morte d’incrédulité dans le désert a manqué d’espérance, de confiance et de gratitude. Ce qui l’a conduit à chercher des plaisirs de substitution qui peuvent se transformer en addiction OU à se divertir. Noter à quel point notre monde a érigé le divertissement en quasi religion pour détourner notre attention des véritables enjeux.

Perdre notre espérance dans le fait que Dieu aura le dernier mot, que Jésus a terrassé les forces de mort au matin de Pâques, qu’il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps, que sa bonté et sa fidélité sont les plus fortes… perdre cette espérance conduit notre foi et notre confiance à s’effriter… et cela nous amène à vouloir tenter Dieu… Tenter Dieu, dans la Bible, c’est avoir la prétention de l’obliger à agir, de le mettre en demeure d’agir, au pied du mur ; c’est accuser Dieu de ne pas veiller sur nous, de ne pas nous aimer, et lui ordonner de prouver le contraire. Dieu ne se laisse pas mettre au pied du mur. Nous oublions parfois qu’il est Dieu et pas notre pote. Ce manque de confiance nous conduis alors à de l’ingratitude : nous ne voyons plus ses bontés pour lesquelles lui rendre grâce et nous nous mettons à récriminer, c-à-d à protester contre Lui.

Garder l’espérance, la confiance et la gratitude relève d’un combat spirituel qui se gagne dans la prière et l’intimité avec le Seigneur et à l’écoute de sa Parole.

Dans Luc, Jésus refuse d’entrer dans une vision des malheurs qui seraient punitions pour telle ou telle faute. Jésus, en enchaînant avec la parabole du figuier, redirige notre attention ailleurs : porter du fruit même dans ces circonstances difficiles. Croire que mon baptême place sur moi une marque me mettant à l’abri des épreuves rabaisserait la grâce et la foi à une vulgaire superstition. Pourtant, régulièrement, ne réagissons-nous pas de manière semblable quand nous pensons – sans oser le dire – que croire en Jésus devrait nous mettre à l’abri des coups durs. Croire en Jésus ce n’est pas être épargné par les épreuves, c’est garder espérance, confiance et gratitude quelques soient nos circonstances. C’est plus vite dit que fait… je vis moi-même ce défi.

C’est là que nous avons besoin d’encouragement. Dans la parabole, le vigneron s’engage à fournir de l’engrais au figuier. Dans le Nouveau Testament, le vigneron c’est Dieu. L’engrais c’est un apport de vie, de force, d’énergie. Quel est cet engrais qui pourrait nourrir notre espérance, notre confiance et notre gratitude ?

 

Ce temps du Carême nous prépare à Vendredi Saint et Pâques où nous célébrons que Jésus, le Fils de Dieu, notre Sauveur, a donné sa vie pour nous et a vaincu la mort pour nous.  Moi, personnellement, j’ai besoin de Jésus… de me souvenir de ce qu’il a fait pour moi à la Croix. Il y a donné sa vie. Par amour. Par compassion. Pour moi. Pour toi. Pour nous. Il m’a, Il t’a aimé jusqu’à la mort. Son amour pour nous s’est exprimé dans ce geste fou. Son amour pour nous s’est exprimé dans cet abaissement, pour nous insensé, de Dieu jusqu’à la mort. S’il s’est donné pour moi, pour toi, pour nous, serait-ce pour nous laisser tomber ensuite ? Mais non.

Et puis, il y a sa résurrection. C’est elle qui m’assure que le chaos n’a pas le dernier mot. C’est elle qui m’assure que ce qui menace ma vie, mon équilibre, n’a pas le dernier mot. C’est elle qui m’assure que derrière les apparences Dieu reste le maître des choses. C’est elle qui me rassure que si la mort a été vaincue, le mal le sera aussi. Jésus est ressuscité et il est donc avec toi, avec moi, avec nous, celui qui nous donne la force de traverser les épreuves de la vie. Il nous la donne par sa Présence à nos côtés, Présence à laquelle parfois nous nous fermons. La résurrection de Jésus est cet horizon qui nourrit notre espérance.

La lettre aux Hébreux dira que Christ nous a donné une autre aide pour nourrir notre espérance, notre confiance et notre gratitude : la communauté des frères et sœurs. Un sacré défi pour une communauté paroissiale ! On a tellement plus vite fait de critiquer que d’encourager, de juger plutôt que de compatir et aimer en vérité.

Le Carême nous invite à oser nous distancer de ce qui veut étouffer notre espérance, notre confiance et notre gratitude ; de ce que Paul appelle nos idoles.

Le baptême de la petite A, ce matin, est une proclamation sur sa vie de l’espérance, de la confiance et de la gratitude à laquelle le Seigneur l’appelle. Son baptême nous rappelle le nôtre. Nous aussi… le Seigneur nous a fait passer de la nuit à son règne de lumière et de vie. Alors remercions avec joie Dieu le Père: il vous a rendus capables d’avoir part aux biens qu’il réserve dans le royaume de lumière à ceux qui lui appartiennent. 13 Il nous a arrachés à la puissance de la nuit et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien–aimé (Col 1.12-13).

Amen.

 

[1] Tiré de : Skye Jethani, With. Reimagining the way you relate to God, Thomas Nelson, Nashville, 2011, p.154.

[2] Skye Jethani, With, p.140.

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