Est-ce que nous réalisons quel honneur et privilège Dieu nous a fait quand il est venu habiter en nous par son Saint-Esprit ? Car le SE n’est pas une sorte d’énergie impersonnelle. C’est bien une personne.C’est la présence du Christ en nous ! Il est aussi la marque de notre appartenance à Dieu. Par conséquent nous voulons et nous ne pouvons qu’honorer sa présence en nous. La question c’est : sommes-nous vraiment conscients et touchés par la sainteté de la Personne qui vit en nous ? Sommes-nous émerveillés par la gloire de la Personne qui vit en nous ?

  1. Compréhension et contexte de Éphésiens 4,30

Je pose cette question car Paul nous demande de ne pas « attrister le Saint-Esprit ». Comme personne il a des émotions et ressent les choses et peut donc être attristé. N’attristez pas le SE : le verbe au présent nous invite chaque jour à ne pas attrister le SE. Cette exhortation fait écho à Es 63, 9-10 où il est dit que l’Esprit de Dieu est « affligé/attristé » à cause de la rébellion d’Israël malgré sa délivrance. Paul transpose cela à l’Église qui a connu une délivrance bien plus grande en Jésus-Christ. Raison de plus de ne pas attrister le SE. Et en Christ nous avons les ressources nécessaires pour réussir là où les israélites ont échoué.

Contexte : dans Eph 1-3 Paul explique ce que sont les croyants grâce à l’œuvre de Jésus et ce qu’ils possèdent par le fait d’être en Christ. Au chap. 4 Paul passe aux implications pratiques et encourage les disciples à une façon de vivre qui reflète la vie du Christ en nous et notamment dans les relations communautaires. En tant que nouvelle création (2 Co 5,17), cette vie nouvelle se manifeste dans l’amour que nous sommes appelés à avoir les uns vis-à-vis des autres.

Paul explique dans les versets 17 à 32 tout ce qui peut attrister le SE. C’est tout simplement ce qui est incompatible avec sa propre nature et sa sainteté. Paul mentionne : mensonge, mauvaise colère, méchanceté et mal sous toutes ses formes, attitudes comme le vol, paroles mauvaises qui peuvent blesser et causer du tort. Que peut ressentir le SE ? Si un enfant se comporte de façon inappropriée cela attriste ses parents car son attitude ne reflète pas les valeurs transmises.

Le prédicateur Charles Spurgeon (1859) écrit dans un sermon à ce sujet : « imaginez un hôte d’une grande noblesse qui frappe à votre porte et entre dans votre maison. Il est sensible, attentif, doux. Mais si les habitants se disputent, crient, mentent ou restent dans la rancœur — cet hôte ne part pas, mais il se retire dans un coin, silencieux, le cœur serré. Sa présence est toujours là, mais la communion est brisée. Attrister l’Esprit, c’est blesser quelqu’un qui vous aime et qui demeure, mais à qui vous avez fermé le cœur ». 

2. Présence du SE et lien communautaire

Le SE est et reste présent en nous (il ne va pas fuir !). Mais il est attristé quand notre vieille nature reprend le dessus et que nous nous traitons les uns les autres comme si rien ne s’était passé et comme s’il était absent. Nous considérons que le SE ne vaut pas plus et ne peut pas offrir plus que ce que le monde sans dieu offre. Si l’Esprit ne fait aucune différence dans nos relations et que c’est pareil en Église qu’ailleurs, voire pire qu’ailleurs, alors y’a vraiment de quoi être affligé !

Le SE n’est pas seulement attristé par notre péché ; il est attristé parce que ces façons d’être nous affectent tous comme corps du Christ. L’Esprit est attristé lorsque les croyants disent et font des choses qui n’édifient pas les frères et sœurs qui les entourent dans l’Église. Or le premier signe de la plénitude de l’Esprit c’est la communion fraternelle. Ce verset nous rappelle que Dieu est réellement présent dans le cadre de nos relations fraternelles. Et quand je blesse un frère ou une sœur, je blesse aussi et d’abord le SE. Je le déçois, je le mets dans l’embarras. Et comme nous l’avons mis de côté, quand notre vielle nature l’empêche de faire son œuvre en nous et à travers nous, le corps du Christ dépérit. Nous ne vivons pas pleinement notre vocation de corps de Christ qui est de vivre dans et de grandir par sa présence et son amour.

Nous ne lui permettons pas d’accomplir ce pour quoi il habite en nous à savoir nous transformer à l’image du Fils et ainsi refléter dans nos relations communautaires la présence et l’amour du Christ qu’inspire ce même esprit. Or c’est lui qui produit en nous de nouvelles façons de penser, d’agir et de parler ! C’est pourquoi Paul dit « soyez toujours remplis du SE » (= continuellement) : laissez-le agir et travailler en vous chaque jour !

3. Quand Dieu œuvre en nous !

Voyons par quoi l’esprit est attristé et ce qu’il produit en nous : L’esprit est attristé par le mensonge : Dieu est vérité, l’esprit est vérité, la parole est vérité (Jn 17) mais le diable est le père du mensonge. Le mensonge est incompatible avec notre nouvelle nature. Nous vivons dans un monde de fake news, de fausses images/vidéos générées par l’IA de sorte qu’on ne sait plus si c’est la vérité ou non. C’est un problème. L’ennemi se plaît à brouiller les cartes. Donc nous nous sommes invités à dire la vérité, à être honnêtes avec autrui car nous sommes membres les uns des autres, faisant partie d’un même corps.

L’esprit est attristé par la colère. La mauvaise colère est tournée vers soi et vindicative. Paul mentionne 5 autres manifestations de la colère qui vont crescendo depuis l’amertume jusqu’aux insultes qui traduisent une perte de contrôle de soi et font des ravages. Elle compromet l’unité de la communauté. La bonne colère est cette réaction d’indignation contre le mal, le péché et l’injustice et quand les autres sont maltraités. Elle ne pousse pas à dire ou à faire du mal. Elle n’est donc pas égoïste mais elle est fondée sur l’amour pour Dieu et la sollicitude pour autrui. Le véritable amour ne peut pas ne pas se mettre en colère devant ce qui fait du tort à l’objet aimé surtout quand il s’agit de Dieu ou de ses enfants. Cette colère doit nous conduire à nous battre pour le bien : « sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12,21).

L’esprit est attristé par le vol. Paul encourage à travailler et que le fruit de notre travail puisse aider les autres qui ont moins. L’esprit nous conduit au don et à la solidarité envers ceux qui sont dans le besoin. L’esprit nous pousse à utiliser ce que nous avons comme moyen de servir Dieu et notre prochain.

L’esprit est attristé par notre façon de parler. Paul évoque les paroles mauvaises : terme qui désigne la nourriture avariée. Jacques aussi nous encourage à faire attention à ce que nous disons : paroles grossières ou équivoques, ragots, malédictions, etc. Nos paroles ont du poids. Elles traduisent ce que nous avons dans le cœur. Jésus dit « c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle » (Mt 12,34). L’esprit en nous suscite des paroles d’encouragement, des bénédictions, des paroles valorisantes, etc. L’histoire des trois tamis : est-ce que je dis est vrai, bon, utile ? Sinon, on se tait ! Pour Paul nos propos doivent être édifiants, encourageants, instructifs, bienveillants, etc. Et la vérité doit être dite dans l’amour.

Vous ne voyez pas le parallèle avec le fruit de l’Esprit ? C’est « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi » (Ga 5,22-23). Quand l’esprit agit en nous, cela contraste avec tout ce qui l’attriste. Nous reflétons ainsi le caractère de Christ lui-même autour de nous, dans nos relations et dans notre vie communautaire et dans ce monde de plus en plus polarisé et qui ne fait plus la différence entre mensonge et vérité. Et Paul nous dit « ne vous conformez pas à ce monde » !

Paul commence le chapitre 5 : « devenez les imitateurs de Dieu et marchez dans l’amour à l’exemple du Christ ». Cet amour dit-il se traduit par de la bonté, de la compassion, du pardon manifesté les uns envers les autres. Mais tout cela n’est pas que le résultat de nos efforts. C’est l’œuvre du SE en nous et qui déborde sur nos relations interpersonnelles.

Conclusion : Je termine mon message comme je l’ai commencé, avec une question : si le SE habite en vous comme dans une maison, quel genre de maison voudrait-il avoir ? Cela rejoint celle que je posais au début : ai-je conscience de la sainteté de celui qui habite en nous ? Comment pourrions-nous traiter avec désinvolture et manquer de respect à notre consolateur, guide, avocat, à l’hôte divin de notre cœur qui nous accorde tant de bienfaits et de dons ! Nous sommes donc invités à ne pas l’affliger ne serait-ce que par gratitude… Nous ne prétendons pas être une communauté parfaite. Mais nous sommes le corps du Christ et nous voulons faire une différence dans ce monde en reflétant l’amour de Dieu dans notre façon d’être, de parler, d’agir. Ainsi nous réjouirons l’Esprit et Christ sera glorifié !

Textes ; Actes 2,1-11 et Ephésiens 4,21 à 5,2

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