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Cultes tous les dimanches à 10h au Temple

Église Évangélique Réformée

Paroisse de Bulle – La Gruyère

Prédication sur Luc 18.9-14

Quand Jésus dénonce le narcissisme spirituel.

Chers compagnons et compagnonnes en Christ,

La Réforme que nous commémorons aujourd’hui n’a pas été le seul mouvement de réformation de l’Eglise. On oublie que Luther, Ignace de Loyola fondateur des Jésuites et Thérèse d’Avila réformatrice du Carmel étaient contemporains et qu’ils avaient des points communs : les 3 ne se satisfaisaient pas de l’état de l’Eglise, les 3 voulaient du changement, les 3 étaient animés par une recherche spirituelle authentique, les 3 ont été menacés par l’Inquisition. En fait, tous les mouvements de réforme de l’Eglise essuient de l’opposition de l’Eglise elle-même, pour la simple raison que l’Eglise ne supporte pas d’entendre ce qui la dérange. Jésus lui-même a vécu cela : crucifié par les tenants du pouvoir religieux de l’époque.

Les Réformes ont eu lieu parce que des hommes et des femmes ont eu le courage et l’honnêteté de faire face à eux-mêmes sans complaisance – ce qui les a conduits à une réforme de vie et de foi – et qu’ils n’ont pas eu peur ensuite de mettre l’Eglise face à elle-même, sans complaisance.

Et ce n’est pas sans lien avec le texte de Luc 18 lu tout à l’heure.

Dans cette parabole, Jésus nous présente 2 types de croyants : le pharisien, narcissique, qui utilise sa foi pour se conforter lui-même et le péager qui se laisse incommoder. Arrêtons-nous sur les 2.

Le pharisien. Je précise d’abord qu’être pharisien n’est pas problématique pour Jésus. Jésus a du respect pour eux : ils sont des gens qui ont à cœur d’obéir à la Parole de Dieu scrupuleusement. Ils sont des gens très respecté, à l’opposé du péager qui a la sale réputation d’être un collabo avec le pouvoir romain. Mais… là où le bât blesse c’est que ce pharisien monte au temple prier… mais… et c’est dommage que nos traductions ne soient pas plus exacte, car le grec nous dit qu’il se prie lui-même. On le voit bien : il loue Dieu pour lui-même. En fait il est l’objet de sa propre louange. Sa prière le tourne vers lui-même et le détourne des autres. Il n’est pas comme les autres. Sa piété rigoureuse qui fait sa force devient occasion de rabaisser les autres, de les toiser. Cet homme se présente à Dieu en mettant en avant ce qu’il aime mettre en avant de lui-même. Il se dit ce qu’il a envie d’entendre de lui-même. Je ne dis pas qu’il dit des non-vérités, je dis qu’il dit ce qu’il a envie d’entendre. Il se présente à Dieu très sûr de lui. Il est debout. L’orgueil ce n’est pas de reconnaître nos qualités et nos forces, y compris spirituelles ; l’orgueil c’est de se croire meilleur que les autres. Le narcissisme c’est de s’y complaire.

La religion ou la religiosité de cet homme sert à renforcer l’image qu’il a de lui-même, au dépens des autres. Toute réforme est dès lors impossible.

Quand l’Eglise veut ou quand nous voulons utiliser la spiritualité ou la théologie pour renforcer l’image qu’il nous plaît d’avoir de nous-mêmes, toute réforme devient impossible, ainsi que toute croissance qualitative. Je ne peux plus grandir dans ma foi.

Et c’est sur ce point que le péager est différent. Quelqu’un disait que se reconnaître en faute devant Dieu quand on l’est vraiment, ce n’est pas de l’humilité, c’est du réalisme. Par contre, l’humilité c’est être soi sans rabaisser autrui.

Le péager, contrairement au pharisien, vient se présenter devant Dieu… il se tourne vers Dieu, il vient aussi prier Dieu, mais pas pour se louer lui-même. Il ne vient pas s’entendre dire ce qu’il a envie d’entendre sur lui-même. Il vient conscient que Dieu n’est pas là pour le caresser dans le sens du poil. Il vient conscient de la grandeur et de la majesté divine. Il vient au clair sur sa place : il n’a pas à déprécier autrui pour exister devant Dieu. Il est là comme il est, devant Lui. Il est là conscient qu’il y a assez à réformer dans sa propre vie. Il est là pour que Dieu fasse la lumière sur ce qu’il y a à réformer. Il est là pour entendre ce qu’il n’a pas forcément envie d’entendre, sur lui-même, de la part de Dieu, pas de la part du pharisien.

Etre un chrétien réformé c’est oser le chemin du péager. Le drame c’est que nous nous sommes tellement convaincus du fait que Dieu nous aime gratuitement que nous l’avons transformé en grand-papa-gâteau, en caution de notre bonne conscience. Et nous avons perdu la sagesse de Paul qui dit : Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant (1Co 4,4). Ce n’est pas parce que j’ai l’impression d’être en ordre que je le suis aux yeux de Dieu. C’est aussi perdre la sagesse du psalmiste qui dit : C’est toi qui disposes du pardon, c’est pourquoi tu dois être respecté (Ps 130,4). Parce que Dieu nous aime et nous fait grâce, nous pardonne, justement à cause de cela, nous sommes invités à nous situer en vérité devant Lui. Parce que Dieu nous aime, nous n’avons plus besoin de lui faire dire ce que nous avons envie d’entendre. Parce qu’il nous aime, nous n’avons pas besoin de le mettre dans notre poche, au service de notre bonne conscience et de notre assurance d’avoir raison. Parce qu’il nous aime, nous pouvons aller à la rencontre de ce qui doit être réformé en nous. Sans pour autant rabaisser ou écarter notre prochain.

Le péager est un modèle. Il monte au temple pour descendre en lui-même. Le pharisien monte au temple pour se monter la tête. Le péager baisse le regard… signe qu’il vit non seulement une rencontre avec le Seigneur, mais aussi avec qui il est réellement. Le cardinal Martini écrit :

Si nous avançons pendant des années en évitant une confrontation profonde et vraie avec nous-mêmes, à un certain moment, comme nous réveillant d’un long sommeil, nous nous apercevons que nous avons perdu des occasions précieuses d’atteindre la vérité sur nous-mêmes[1] et de laisser Dieu nous faire grâce en nous réformant et en nous restaurant.

Commémorer la Réforme pour se sentir fier d’être protestant est simplement grotesque si nous ne prenons pas le chemin de rencontrer en vérité, en toute vérité le Christ notre Seigneur. Mettre notre identité protestante avant notre identité de chrétien est grotesque, car même les réformateurs ne se sont pas réclamés d’une réforme quelconque, mais du Christ Sauveur et Seigneur, ce Jésus venu nous chercher dans ce qui fait la vérité profonde de notre vie et qui a besoin de restauration, de guérison, de transformation, et parfois de conversion et de pardon.

Martini dit encore : Jésus nous permet de descendre dans le fond de notre âme, et nous y aide, pour l’illuminer dans ses aspects les plus obscurs, les plus enchevêtrés, les plus confus, pour imposer le calme aux eaux tempétueuses de notre cœur. L’orgueil, qui consiste à prétendre dominer le monde, les personnes, l’histoire, à vouloir que tout advienne selon notre façon de voir et à croire qu’on est important[2], notre orgueil empêche Dieu de nous justifier, de nous rendre à notre juste place, à celle qu’il a pour nous. Ça empêche le Seigneur de nous placer au cœur de son amour pour nous, un amour qui nous libère pour grandir. Un amour qui nous libère aussi pour laisser Dieu nous révéler ce que nous n’avons pas envie de voir sur nous-mêmes.

Se réclamer de la Réforme n’a aucun sens si cela ne nous rend pas réformables, malléables dans la main de l’amour et de la grâce de Dieu. C’est dans sa main que chacun et chacune trouve sa véritable et juste place, restauré, relevé, apaisé.

Amen.

 

[1] Cardinal Martini, S’ouvrir à la parole du Christ, Troyes, 1995, p.62.

[2] Idem, p.63-64.

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