Prédication de Vendredi Saint sur Luc 19,41-42 et le récit de la crucifixion.
Quand l’amour de Dieu est blessé, seul le repentir peut Le consoler.
Bien-aimés du Christ Jésus,
Plusieurs études[1] ont montré que l’exposition massive des enfants à des scènes de violences dans les médias (télé, internet, vidéogame) augmente la probabilité d’avoir des ados et adultes violents. La banalisation du mal façonne les comportements.
La banalisation de la mort de Jésus en Croix, quant à elle, conduit à ne plus en percevoir le caractère scandaleux, ni les enjeux. Que s’est-il joué à la Croix ? Rien de moins que le rejet de l’amour de Dieu, blessé à mort.
Dans l’Evangile, Jésus pleure 3 fois.
Il pleure devant le tombeau de Lazare, par compassion pour ses sœurs Marthe et Marie, compassion devant la douleur de leur amour blessé par la mort de leur frère.
Il pleure, nous dit la lettre aux Hébreux, à Gethsémané[2]. Il pleure car il sait la douleur que vont lui infliger les hommes.
Il pleure devant Jérusalem disant : Si tu connaissais, toi aussi, en ce jour, ce qui te donnerait la paix ! Mais maintenant c’est caché à tes yeux (Lc 19,42). Il pleure devant son refus de voir son Sauveur. Il pleure devant son aveuglement.
Un autre pleure, c’est Pierre. Il pleure lorsqu’il s’aperçoit qu’il a renié Jésus. Il pleure car il a blessé Celui qu’il aime, car il a trahi Sa confiance.
Les larmes du disciple expriment sa douleur d’avoir blessé son Sauveur, les larmes du Sauveur expriment sa douleur d’être ignoré. Elles se rejoignent.
Les larmes de Jésus témoignent de ce qui l’attend. Sur la Croix, Jésus traverse des souffrances inimaginables. Il y a les souffrances physiques du crucifié. Il y a aussi la souffrance morale et spirituelle de l’innocent condamné, exécuté et mis à nu devant tout le monde. Il y a la souffrance de Dieu fait homme, qui aime et n’est pas reconnu ; qui est venu pour ôter le péché du monde, restaurer nos humanités branlantes et qui n’est pas reconnu. La souffrance de celui qui prend sur lui tout ce mal pour le pardonner et qui se voit ridiculisé par les bénéficiaires de son geste. La souffrance de celui qui se tient là avec la solution et qui est rejeté et qui en sait les conséquences. La souffrance de celui qui a tout donné et est rejeté. La souffrance de celui qui a fait confiance et espéré et qui est méprisé, abaissé. La souffrance celui qui voulait notre bien et qui est moqué. Oui, la souffrance de l’amour blessé et rejeté. De l’amour incompris.
Sur la Croix, Jésus, venu ôter le péché du monde est déchiré par la souffrance de voir l’incrédulité et la dureté des hommes et femmes qu’il est venu sauver, aimer, relever, restaurer. L’incrédulité de cette humanité qui préfère le pouvoir, le confort, la facilité, une religiosité qui ne dérange pas car enfermant Dieu dans un système de donnant-donnant (je t’offre des sacrifices, t’es content et tu me fiches la paix).
Quand Jésus s’écrie avant de mourir : Tout est accompli ! c’est qu’il ne pouvait pas faire plus. Dieu ne pouvait pas faire plus pour nous dire son amour et sa volonté de salut et de pardon. Jusqu’au bout, il a aimé. Il nous a aimés. Nous n’imaginons pas sa douleur, respectant notre liberté.
Nous ne sommes pas invités à nous auto-flageller avec une culpabilité feinte. Dieu a pardonné. C’est fait. Nous sommes invités à réaliser la blessure que nous causons au Seigneur quand nous dévions de sa trajectoire. Ecoutez ce que Philémon de Gaza, un moine du 6e siècle, dit[3]. Cela m’a beaucoup touché.
L’invitation au repentir (…) contient une révélation magnifique d’un aspect caché de la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus. (…) Le verbe hébreu qui signifie ‘se repentir’ (naham) a un deuxième sens qui lui est inséparable : il signifie aussi ‘consoler’. Ainsi, quiconque se repent console celui qu’il a offensé. Quelle révélation! Lorsque je me repens, je console Dieu que j’ai offensé. Consoler Dieu, quel mystère! Discrètement, Jésus me révèle ici combien Dieu peut être blessé par mes péchés et consolé par mon repentir.
Abba Macaire (…) nous dit que le jour où Adam et Ève ont mangé du fruit défendu et sont partis se cacher, Dieu est allé à leur recherche et les a appelés … en pleurant! Macaire n’en dit pas plus, par pudeur. Jésus, lui aussi, ne nous en dit pas plus, mais il ouvre discrètement une porte devant nous qui nous avançons sur le chemin de la repentance : en nous repentant, nous consolons Dieu. Quel bouleversement pour moi d’apprendre cela! (…). Quel bienfait que le repentir, pour nous… et pour Dieu! Il me faudra encore beaucoup de temps pour comprendre la profondeur de l’invitation au repentir et pour me présenter devant Dieu tel que je suis, dans mon état de pécheur.
Le repentir c’est ce changement de façon de penser, de voir les choses. Le repentir c’est prendre au sérieux l’amour que Dieu nous a montré en Jésus. C’est prendre au sérieux l’amour, la confiance et l’espérance que Dieu investit en chacun et chacune de nous. Le repentir c’est voir notre vie comme dépositaire de l’amour de Dieu. C’est vivre sous le regard de ce Dieu qui m’aime et souffre de me voir me faire du mal à moi-même, de me voir faire du mal aux autres, de me voir Lui faire du mal. Le repentir c’est ne pas banaliser le mal.
Le repentir qui console l’amour de Dieu pour nous, c’est ce qui lui permet de nous refaire, de nous réconcilier, de nous relier. Le repentir qui console le cœur de Dieu, c’est ce qui nous permet de vivre au quotidien de son amour, de sa paix. C’est ce qui me reconnecte à son cœur. C’est ce qui libère son action lumineuse dans ma vie. Le repentir permet à l’amour de Dieu blessé de guérir ET de nous restaurer. On ne confesse pas nos péchés pour avoir bonne conscience. On les confesse pour permettre à notre Dieu consolé d’avoir été entendu, d’agir en nous et de se révéler plus en profondeur à nous. Consoler Dieu c’est aussi lui permettre de nous consoler dans nos manquements. C’est aussi lui permettre de nous consoler dans notre chemin de transformation intérieure. A l’image du retour du fils prodigue qui console son père et se voit à son tour consolé par l’amour paternel.
Parce que le pardon est déjà accordé, parce que Dieu nous a déjà aimés jusqu’au bout, le repentir c’est oser regarder en face ce que nous avons fait, nos manques d’amour, etc., non pour déprimer, mais pour nous ouvrir à cette force créatrice de transformation, dit Timothy Radcliff. Si nous pénétrons dans ce pardon, dans cet amour consolé de Dieu, il va nous changer. Ce qui est stérile portera du fruit[4].
Comme dit Henri Nouwen : Ne serait-ce pas merveilleux de faire sourire Dieu en lui donnant la chance de nous trouver et de nous aimer avec prodigalité[5]? Consoler Dieu… et ne pas banaliser nos égarements blessant.
Prions avec ces paroles de Philémon de Gaza :
Seigneur Jésus, j’avais bien constaté que Dieu se cache lorsque je pèche, et je ne comprenais pas pourquoi. Béni es-tu, car tu me révèles que mes péchés le blessent et que par pudeur, il cache sa souffrance. Béni es-tu de nous inviter à la repentance qui le console. Seigneur Jésus, quand tu t’es senti abandonné par le Père sur la Croix, était-ce parce que le Père se cachait pour pleurer devant la non-repentance de l’humanité ?
Que ton amour est profond. Que ton cœur est magnifique ô Dieu. Aide-nous à nous laisser toucher par ton amour, à te prendre au sérieux.
Amen.
[1]Etude française https://www.clemi.fr/familles/publications/le-guide-de-la-famille-tout-ecran/proteger-les-enfants-des-images-violentes/ecrans-et-violence-comment-proteger-votre-enfant-votre-ado
Etude américaine https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2792693/#:~:text=10%2C19).-,La%20violence,d%C3%A9tresse%20(2%2C7).
Etude canadienne https://nouvelles.umontreal.ca/article/2025/01/20/violence-a-l-ecran-quelles-consequences-sur-les-enfants-qui-y-sont-exposes
[2] Héb 5:7 C’est lui qui, dans les jours de sa chair, offrit à grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à Celui qui pouvait le sauver de la mort.
[3] Daniel Bourguet, Le moine Philémon de Gaza médite l’Évangile de Marc, Olivétan, Lyon, 2022, p.25-26.
[4] Timothy Radcliffe, Les 7 dernières paroles du Christ, Cerf, Paris, 2004, p.32.
[5] Henri Nouwen, Le retour de l’enfant prodigue, Presse biblique universitaire, 1992, p.133.
Luc 19 : 41 Comme il approchait de la ville, Jésus en la voyant, pleura sur elle et dit :
42 Si tu connaissais, toi aussi, en ce jour, ce qui te donnerait la paix ! Mais maintenant c’est caché à tes yeux. 43 Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de palissades, t’encercleront et te presseront de toutes parts ; 44 ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée. 45 Il entra dans le temple et se mit à chasser les marchands, 46 en leur disant: Il est écrit: Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs
Héb 5,7 Durant sa vie terrestre, Jésus adressa des prières et des supplications, accompagnées de grands cris et de larmes, à Dieu qui pouvait le sauver de la mort.
La passion.
Luc 23 : 33 Lorsqu’ils arrivèrent à l’endroit appelé Le Crâne, les soldats clouèrent Jésus sur la croix ainsi que deux malfaiteurs, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche.
34 Jésus dit alors : Père, pardonne–leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils partagèrent ses vêtements entre eux en les tirant au sort.
35 Le peuple se tenait là et regardait. Les chefs juifs se moquaient de lui en disant : Il a sauvé d’autres gens ; qu’il se sauve lui–même, s’il est le Messie, celui que Dieu a choisi !
36 Les soldats aussi se moquèrent de lui ; ils s’approchèrent, lui présentèrent du vinaigre
37 et dirent : Si tu es le roi des Juifs, sauve–toi toi–même !
38 Au–dessus de lui, il y avait cette inscription : Celui–ci est le roi des Juifs.
39 L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’insultait en disant : N’es–tu pas le Messie ? Sauve–toi toi–même.
40 Mais l’autre lui fit des reproches et lui dit : Ne crains–tu pas Dieu, toi qui subis la même punition ?
41 Pour nous, cette punition est juste, car nous recevons ce que nous avons mérité par nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal.
42 Puis il ajouta : Jésus, souviens–toi de moi quand tu viendras pour être roi.
43 Jésus lui répondit : Je te le déclare, c’est la vérité : aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.
Mar 15 :33 A midi, l’obscurité se fit sur tout le pays et dura jusqu’à trois heures de l’après–midi. 34 Et à trois heures, Jésus cria avec force : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as–tu abandonné ?
35 Quelques-uns de ceux qui étaient là l’entendirent et s’écrièrent : Écoutez, il appelle Élie ! 36 L’un d’eux courut remplir une éponge de vinaigre et la fixa au bout d’un roseau, puis il la tendit à Jésus pour qu’il boive et dit : Attendez, nous allons voir si Élie vient le descendre de la croix !
Jn 19 : 30 / Luc 23,46 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus s’écria d’une voix forte : Tout est accompli. Père, je remets mon esprit entre tes mains. Après avoir dit ces mots, il mourut.
