Prédication sur Amos 8,4-13[1] / Apoc 3,14 et 17-22 / Jn 6.35

Quand le/mon système se fissure… c’est qu’il y a de l’espoir.

Bien-aimés du Christ-Jésus,

Quand décembre arrive et que je lis l’actualité du monde, de notre monde, je ne sais parfois plus comment parler de ce Dieu qui nous aime tant, qu’il est venu parmi nous en Jésus. La difficulté vient entre autre du fait que, pour nous, si on aime vraiment une personne, on lui épargnerait les épreuves de la vie. Pourtant, l’amour n’est pas forcément synonyme de vivre sur un nuage rose.

Le texte d’Amos et celui de l’Apocalypse nous parlent de 2 situations sombres. Au travers d’Amos, Dieu s’en prend à une société matérialiste, où le critère qui dirige tout c’est le business. Les congés religieux sont une épine dans le pied des maîtres du rendement. Aujourd’hui, les congés religieux sont devenus objets de tout un commerce – nous en profitons aussi. Toujours est-il que le Seigneur avertit : la course au matérialisme, au bien-être, aux loisirs vous laissera un goût d’insatisfaction très amer. Vous en viendrez à avoir soif de sens, d’une parole autre, de ma parole. Vous peinerez à l’entendre.

Dans l’Apocalypse, Jésus s’adresse à l’Eglise de Laodicée et la reprend sur sa suffisance. Cette Eglise a oublié que sa raison d’être c’est sa relation au Christ vivant. Elle a remplacé cela par sa propre sagesse et l’assurance que lui donne ses ressources. Elle s’est murée dans une sorte d’illusion sur elle-même. Jésus l’avertit : Ouvre les yeux avant que je te mette à nu devant tout le monde. On le voit bien : l’Eglise est mise à nu devant le monde avec l’exposition des abus commis en son sein.

A priori, vous auriez raison de me dire : Gérard, tes propos sont noirs et décourageant, ils plombent l’ambiance de l’Avent. Je me suis fait la même remarque à la lecture de ces textes. Puis, je me suis dit : Notre Dieu, celui qui fait grâce, mais qui sait aussi nous recadrer, est animé par l’amour et la volonté de nous faire avancer, donc de nous encourager. Alors, quels encouragements dans ces textes ?

Les prophètes de l’AT ont en général une ligne de conduite : quand ils décrivent des situations douloureuses, ils mettent aussi le doigt sur la fissure qui laisse passer une lueur d’espoir. Ils seraient d’accord avec cet adage : inutile de combattre l’obscurité, il faut mieux apporter une lumière qui dès qu’elle sera là diminuera l’obscurité. On le voit aussi dans notre monde, si j’actualise ces 2 textes.

  • Une soif spirituelle et de sens habite de plus en plus de gens qui restent insatisfaits par les valeurs proposées par ce monde. Avoir tjs plus, travailler tjs plus pour, etc. Les riches tjs plus riches, les pauvres tjs plus pauvres, etc. Certes, cette soif spirituelle ne va pas toujours s’étancher à la bonne source. Et pour cause…
  • L’Eglise a failli. Je le dis aussi avec douleur. Elle s’est reposée sur une sorte de suffisance. Mais, tiens… Voici que le Seigneur la secoue, nous secoue, et nous invite à un retour aux sources. Et il y a là quelque chose de très positif.

Parfois, lorsque nous nous égarons dans des chemins de traverse, nous finissons perdus, c-à-d qu’il y a un moment où nous finissons par ne plus savoir où nous en sommes : on passe d’un égarement à un sentiment de perdition (un bateau en perdition a perdu son capacité à s’orienter). Et alors surgit en nous un besoin de repères, le besoin d’une parole qui redonne souffle et sens à notre vie. Ce besoin est la faille par laquelle va passer la lumière, l’action de Dieu. C’est notre raison d’espérer, l’encouragement.

Parfois nous persistons dans notre égarement loin du Seigneur, loin de son chemin pour nous, loin de ses principes… pas tant par méchanceté que parce que nous sommes emmenés par un courant de fond traversant la société et ayant pris naissance avant nous. Nous sommes nés dans cette culture globalisée, matérialiste, individualiste, hyper-technologisée. C’est comme ça. Et quand un grain de sable (par exemple, à l’époque, le covid) vient gripper la machine, on commence à s’interroger. C’est comme une fissure dans le mur du système de pensée. Dans nos vies personnelles, parfois des grains de sable viennent perturber notre fonctionnement, nos habitudes, ce que nous pensions acquis, nos désirs, nos rêves, nos modélisations de l’avenir, de la famille. Ces grains de sable sont heureux. Car ils nous poussent à chercher une nouvelle parole, une parole peut-être oubliée, un souffle nouveau. Ces grains de sable nous rappellent en filigrane ces paroles comme : Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez ; comprenez quelle est la volonté de Dieu pour vous[2]. Ces grains de sable témoignent d’une faille qui laisse un filet de lumière pénétrer. Et si on est attentif, on entend alors Celui qui est la vérité, le chemin, la vie frapper discrètement à la porte de notre perdition. On entend alors celui qui est le pain de vie se proposer à notre faim cherchant une parole nouvelle.

Et c’est là que ces textes durs m’apportent de l’espérance. Quand nous nous égarons et que tout semble devenir insensé, sans aucun sens, sans plus aucune direction, que nous rêvons à trouver la boussole pour nous en sortir… C’est là… si nous sommes attentifs, que nous percevons la fissure par laquelle la lumière veut passer. C’est là que Jésus nous attend.

On a des exemples de cela dans la Bible. Zachée le riche collecteur d’impôts, collaborateur des Romains à Jéricho. Un homme qui bénéficie d’un pouvoir étendu, de la protection de l’armée d’occupation, aisé, etc. Pourtant qqch le laisse probablement insatisfait pour qu’il cherche à rencontrer Jésus. Cette rencontre le bouleverse. Salomon, quand il est nommé roi aurait de quoi se réjouir mais un doute sur ses compétences propres pour diriger le peuple l’habite, comme une fissure par laquelle se glisse la lumière de Dieu qui le conduit à demander au Seigneur la sagesse de gouverner avec justice. Jacob est un autre exemple. Il a roulé son frère et son père et a dû s’exilé chez Laban son oncle. Il semble y avoir trouvé la sécurité, mais soudain il est lui-même roulé par Laban et même que Dieu le fait prospérer, la machine se grippe. Une fissure se fait dans son univers, une lumière la traverse et il se dit qu’il doit rentrer chez lui, chez son père et se réconcilier avec son frère.

C’est vrai dans nos vies personnelles, comme dans la vie de ce monde.

Le monde va mal, il doit peut-être aller encore plus mal pour se retrouver au pied de ce mur qui est en train de se fissurer… pour laisser place à une soif nouvelle.

Les Eglises suisses se vident par indifférence ou à cause des scandales… C’est triste, mais c’est aussi un appel à retourner à la source, au Seigneur Jésus notre Sauveur et Rédempteur ?

Quand ta vie se grippe et que tu ne sais plus où tu en es… prête l’oreille… Jésus est là. Le laisser entrer, ce n’est pas juste dire : Je donne ma vie à Jésus. Que dit Jésus ? J’entrerai, je dinerai avec toi et toi avec moi, je te ferai siéger sur mon trône. Je comprends ça ainsi : Je veux un moment de qualité avec toi où tu te vois dans mon regard et moi dans ton regard… je veux te dire qui tu es pour moi… Et cela redonnera sens, direction à ta vie. Certes tu devras faire ton chemin… mais tu auras retrouvé direction et sens. Et comme dans un souper en amoureux, en tête à tête, je veux te donner joie et paix, confiance et espérance. J’aimerais te faire voir les choses comme moi je les vois, assis sur mon trône.

Prions.

Seigneur,

Merci pour ce temps de l’Avent qui nous rappelle que tu es venu briller dans l’obscurité de ce monde. Merci parce que tu es le Dieu des prophètes qui ne désespère pas devant l’égarement de ce monde. Tu attends patiemment que le grain de sable s’invite dans nos rouages bien huilés… pour nous faire lever les yeux vers cette fissure qui nous dit un autre possible, un autre chemin, un autre horizon.

Seigneur tu connais chacune et chacun d’entre nous. Tu sais là où nous nous sentons perdus, complètement désemparés… Tu sais là où ça coince… Quand nous désespérons… que le découragement est plus fort que l’espérance… Tu sais… Quand nous avons l’impression d’avoir peiné pour rien… quand tout l’effort consenti se heurte au néant… Aide-nous alors à repérer cette petite fente qui laisse passer un rayon de ta lumière, le discret son de ta voix qui nous appelle à un autrement. Amen.


[1] Introduction aux lectures.

Le texte du prophète Amos que nous allons entendre est un texte dur. Il est important de le remettre dans son contexte historique.

Amos a exercé son ministère sous le règne de Jéroboam II, roi de Samarie, c-à-d des 10 tribus israélites ayant fait sécession après la mort de Salomon, dont le fils ne resta roi que de Juda et Benjamin. Le règne de Jéroboam II s’étend de 786 à 746 avant Jésus-Christ. Il correspond à un essor économique de la région. En effet, le voisin le plus menaçant d’Israël, la Syrie a été réduit à l’insignifiance par la politique d’expansion de l’Assyrie, laquelle connaît ensuite une période de calme qui permet à Israël de se renforcer économiquement et géo-politiquement. On assiste alors à l’essor d’une classe riche au dépens des pauvres, qui se traduit dans l’urbanisme de certains cités mises à jour par l’archéologie. La classe dirigeante et aisée vit clairement au dépend des petites gens exploités[1]. Le syncrétisme religieux est la règle.

Quant au texte d’Apocalypse 3… Jésus s’adresse à l’Eglise de Laodicée. Laodicée est une ville riche économiquement et culturellement. Sa fierté est de n’avoir pas eu besoin de l’aide de Rome pour se reconstruire après les tremblements de terre l’ayant partiellement détruite en 17 et en 60 de notre ère.

Dans Jean 6, Jésus s’adresse aux gens qui courent après lui dans l’idée qu’il leur facilitera la vie à l’infini. Jésus leur dit que le trésor n’est pas dans les miracles qu’il fait, mais dans sa personne même. Il dit que la bénédiction se trouve dans la Parole qu’il incarne.

Pour plus d’infos :

Robert Martin-Achard (1984), Amos, Labor et Fides, Genève, p.84-85

R. Martin-Achard, Amos, l’homme de Teqoa, éd. du Moulin, Aubonne, chap. 1.

Alec Motyer (1982), Amos, le rugissement de Dieu, PBU, Lausanne, p.16.

[2] Mat 7,7 et Eph 5,17.