(Bulle, 5/02/20). Série maturité : qu’est-ce que la maturité ? Col 1,28-29 ; Eph 4,7 et 12-13 ; 1 Co 13,4-11 ; 1 Jn 4,19-21

Pendant ma retraite en Ecosse fin 2018, j’ai lu le livre parfait pour les temps que j’étais en train de vivre et a contribué à ma croissance personnelle (cf. Peter Scazzero, Les chemins d’une spiritualité émotionnellement saine, xl6, 2017). Il est à l’origine du futur Gouter Dieu que je me réjouis de vivre avec vous. Car il va nous conduire sur un chemin pour être toujours plus vrai dans nos relations avec Dieu avec les autres et avec soi-même. L’idée principale du livre c’est que la maturité spirituelle est inséparable de la maturité émotionnelle.  Travaillées ensemble elles permettent la croissance de notre foi et de nos relations.

  1. Qu’est-ce que la maturité ?

Dans la parole de Dieu le mot maturité n’existe pas en tant que tel. Le mot grec utilisé « teleios » implique une notion de plénitude : parfait, accompli, achevé. On parle d’un niveau de compétence atteint où les talents sont complètement développés ; ou d’un travail complet, fini ; quelqu’un dont le caractère est mature et équilibré. Prenons l’image du fruit qui arrive à maturité : entre un arbre qui donne son fruit et le chrétien spirituellement mûr il y a l’idée d’être arrivé à terme en ayant atteint un certain résultat.

Et assez naturellement l’usage ordinaire de ce mot dénote un comportement adulte, la maturité, l’opposé de ce qui est infantile. Maturité c’est donc l’art de passer de l’enfant à l’adulte tant d’un point de vue émotionnel que spirituel. Dans les 2 cas nous ne naissons pas directement adulte/mature. On le devient. On doit tendre vers. Le problème c’est que bien qu’adultes à l’état civil, nous restons parfois enfants autant spirituellement qu’émotionnellement : nos réactions ne sont pas appropriées par rapport aux situations et personnes. Par exemple un adulte ne pleure pas si on lui dit qu’il est moche (cf. un enfant)

La maturité n’a rien à voir avec des compétences ou des connaissances. Il n’y a pas de définition claire/simple de la maturité. Mais il y a plutôt des signes de maturité spirituelle[1] : maitrise de soi, discernement, caractère qui manifeste le fruit de l’esprit. Globalement si l’enfant est centré sur lui et ses propres besoins, l’adulte est centré sur les autres et leurs besoins par amour pour eux.

En effet le signe le plus important c’est qu’il est accompli/adulte dans l’amour. Le but 1er de la vie chrétienne est d’aimer Dieu, son prochain et soi-même (Mc 12,30) de façon toujours plus vraie et vivante. Paul parle en 1 Co 13 de l’amour comme étant la maturité chrétienne en action. Un amour qui sert, inconditionnel, persévérant, qui ne cherche pas son intérêt mais celui d’autrui.

  1. Lien entre les deux maturités

Nous désirons aimer Dieu et les autres d’une façon toujours plus vraie. Mais dans les faits nous savons que ce n’est pas si facile. Nous aimons Dieu, nous avançons dans la foi mais notre amour pour les autres, nos relations avec les autres et avec nous-mêmes sont parfois immatures et pauvres.

Or notre relation à Dieu et notre relation aux autres sont les deux faces d’une même pièce. On ne peut pas les séparer. 1 Jn 4 nous dit que si notre union d’amour avec Dieu ne résulte pas en une union d’amour avec les gens, alors elle n’est pas vraie. Il n’est pas possible d’être spirituellement mature tout en restant émotionnellement immature.

Il faut donc travailler à notre santé émotionnelle. Celle-ci consiste à vivre et manifester cet amour dans notre vie de tous les jours (à l’église comme au travail) de la bonne manière. Aimer comme Jésus aimait. Pas un amour bisounours où « tout le monde il est gentil », on se fait de beaux sourires de façade, des tapes dans le dos, et on évite tout ceux qui ne nous plaisent pas et sont trop différents. Tout cela ne définit pas des relations d’amour vraies.

C’est dans nos relations/interactions avec autrui que la maturité s’observe le mieux. Mais nous n’avons pas toujours développé les compétences nécessaires pour grandir et devenir un adulte émotionnellement mûr qui aime de la bonne manière. Pourtant nos relations en Eglise doivent être qualitativement différentes du monde qui nous entoure. Sinon à quoi bon ?

Signes de santé émotionnelle ? (GD développera) C’est savoir exprimer correctement nos besoins/pensées/sentiments vis-à-vis de qqun. C’est accepter d’être confronté sans chercher l’esquive ou la fuite pour nous débarrasser des problèmes. L’amour de Dieu est confrontant (cf. Jésus et les pharisiens) !  C’est connaitre et faire respecter nos limites, nos faiblesses, nos besoins car aimer ce n’est pas se laisser bouffer… C’est assumer nos responsabilités sans chercher à blâmer les autres ou Dieu ou tordre la vérité.

Par ex. dans le conflit je choisis de rester en relation et d’aimer malgré le différend et je le gère de manière calme en sachant me mettre à la place des autres. Aimer, c’est laisser à l’autre sa liberté et ne pas chercher à le changer. Que ce soit Dieu ou mon prochain, aucun n’est un objet que je peux maitriser, posséder ou commander. L’amour envers Dieu (comme envers qqun) peut être immature : je l’aime pour ce qu’il me donne, pas pour qui il est…   A cet égard, le fils ainé de la parabole du FP est immature !

  1. Qu’est-ce qui nous fait grandir en maturité émotionnelle/spirituelle ?

Notre objectif est de vivre des relations plus vraies, plus fortes, plus adultes, plus authentiques entre nous. Aimer véritablement est l’essence de la vraie spiritualité. En entendant tout cela vous vous dites : pourquoi est-ce que je n’arrive pas à aimer mieux ? Pourquoi je fuis dans le conflit ? Pourquoi mes relations sont superficielles ? Pourquoi j’arrive pas à être vrai avec moi/autrui ?

Nous verrons plus tard que nos relations sont encore conditionnées par des blessures, notre éducation et des héritages pourris, et surtout des peurs (peur du rejet, peur d’être blessé). Et du coup nous érigeons des barrières de protection. Nous pouvons sincèrement aimer Dieu et croire de nombreuses vérités à son sujet mais rester un enfant émotionnel et constater que des pans entiers de notre humanité n’ont pas été touchés par le Christ.

Grandir en maturité réclame du temps et demande des progrès patients. Cela ne s’improvise pas. Cela ne se décrète pas. Cela ne s’acquiert pas d’un seul coup. Il n’existe pas de raccourci garantissant un résultat immédiat ou plus rapide. Cela se travaille. Nous sommes en mouvement sur un chemin de maturité que nous n’aurons jamais vraiment atteint tout à fait ici-bas.

Paul dit que cette maturité ne se produit que dans notre « union avec Christ » (Col 1,28). Jésus dit en Jean « demeurez en moi et moi en vous ». Cette maturité découle donc d’une relation profonde au Seigneur que lui Seul peut produire en nous parce que lui seul les a vécues parfaitement.

C’est un processus continu qui découle de la présence et de l’action du SE dans nos vies. Nous permettons à Dieu d’habiter pleinement les profondeurs de notre être pour nous laisser transformer toujours un peu plus à l’image de Christ (2 Co 3,18). Il vient guérir, libérer, émonder ce qui a besoin de l’être en nous afin que nous puissions vivre nos relations dans Sa vérité.

Alors d’un côté il nous faut la santé émotionnelle. Elle nous aide à aimer les autres d’une bonne manière. Elle nous relie à notre vie intérieure nous rendant capable de traiter les autres avec respect, parce que créés par Dieu. La mesure avec laquelle nous nous aimons et nous nous respectons, est la mesure avec laquelle nous serons capables d’aimer les autres et de les respecter. De l’autre côté notre union avec Christ nous permet de faire l’expérience de Dieu au quotidien et de son amour pour nous et surtout à y répondre. Les deux vont de pair et sont nécessaires pour aimer Dieu, s’aimer soi-même et aimer les autres.

Enfin, nous sommes invités dans nos relations quotidiennes, à faire l’expérience de la présence des autres, tout en étant conscient de Sa présence à Lui. Les chefs religieux de l’époque de Jésus ne faisaient pas ce lien. Ils étaient déconnectés. Plus préoccupés qu’ils étaient par leur vie religieuse que par les gens. Jésus refusait de séparer la pratique de la présence de Dieu de la pratique de la présence des gens. Rappelons-le, amour de Dieu et amour des autres sont les 2 faces d’une même pièce.

Conclusion : Paul a fait de la maturité un objectif central de son ministère. Il a travaillé dur pour que chacun devienne teleios en Christ (Col 1,28-29). C’était un enseignement majeur du NT et une préoccupation des premiers croyants. Cela devrait donc aussi être la nôtre car cela représente la vie chrétienne normale que le Seigneur attend de ses enfants.

La maturité n’est donc pas une option de la vie chrétienne, c’est la vie chrétienne elle-même. Il y a une double motivation à cette maturité : d’abord parce que Jésus nous a donné un exemple ; et ensuite parce que c’est une des raisons pour lesquelles il est mort pour nous. Jésus est mort pour nous conduire à cette maturité et il vit en nous pour nous aider à accomplir cet objectif. Jésus avait une maturité spirituelle et émotionnelle totale. Il était parfaitement calibré dans ses relations au Père et aux autres. Alors nous pouvons aller à lui afin de l’imiter. Pour sa gloire. Mais aussi pour notre plus grande joie et bonheur !

[1] Si l’adulte spirituel est tourné vers les autres, il est aussi (liste non exhaustive) maître de lui-même, conscient de ses limites et besoins, capable de discernement, obéit plus à la raison qu’à ses sentiments, il a des points de repères clairs et n’est pas influençable, il utilise les dons que Dieu lui a donné pour son service, il se laisse façonner par l’esprit de Dieu pour développer en lui un caractère qui manifeste le fruit de l’esprit. Mais attention : paradoxalement, la maturité est moins une question de perfection (morale) qu’une prise de conscience croissante de notre imperfection et de notre nature pécheresse.

Pour aller plus loin : 

–      Comment trouves-tu tes relations aux autres à l’intérieur de la paroisse aujourd’hui (vraies, profondes, authentiques / superficielles / difficiles / …) ?

–          A ton avis, qu’est-ce qui nous/t’empêche de vivre, construire des relations aux autres plus matures-adultes-vraies (en église et ailleurs) ?
–          Penses-tu (et en quoi) ta relation à Dieu influence ta relation aux autres ?
–          As-tu déjà essayé d’être présent à Dieu en étant présent aux autres ? Qu’est-ce que cela peut changer ?
–          T’aimes-tu ? Si non, comment le Seigneur te voit-il à ton avis ? En quoi cela peut changer les choses pour toi et dans tes relations aux autres ?

 

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