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Cultes tous les dimanches à 10h au Temple

Église Évangélique Réformée

Paroisse de Bulle – La Gruyère

Nous poursuivons notre série sur la maturité émotionnelle et spirituelle en lien avec le Gouter Dieu que nous avons appelé « être vrai avec soi, Dieu et les autres ». Aujourd’hui je ferai le lien entre nos émotions et la prière. Pour introduire mon propos je vous donne un petit témoignage personnel.

En 2018 j’ai réalisé que cela avait été jusque-là extrêmement difficile d’exprimer mes émotions, ce que je ressentais, de partager ce que je vivais, qui se passait en moi. En fait je n’en voyais pas l’utilité ni l’importance. En novembre 2018 une personne a prié pour moi et elle a discerné chez moi un petit garçon blessé. Cela faisait écho chez moi. Et soudain Dieu m’a rappelé un épisode de ma vie où je venais de perdre un grand oncle que j’aimais beaucoup, je n’arrêtais pas de pleurer, j’étais dans une grande tristesse. Je me vois descendre les escaliers encore en pleurant. Et arrivé en bas j’entends un de mes parents me dire qqchose comme « maintenant ça suffit tu en fais trop ». 

Ce jour-là le petit garçon avait compris une chose : puisqu’on ne prend pas au sérieux ma tristesse dorénavant je ne verrais pas l’importance ni l’utilité d’exprimer mes émotions. Et j’ai réalisé que je ne le faisais pas plus avec Dieu notamment dans la prière. Cet épisode fut à l’origine d’un mensonge que j’ai cru et qui a eu un impact sur ma vie relationnelle (et provoqué des échecs). Mais grâce à ces personnes, cela a été le début d’une guérison intérieure. Et en juillet 2019, ce que je pressentais au fond de moi était confirmé par quelqu’un qui, sans connaitre mon histoire, me dit : « il n’y a plus de petit garçon blessé ! ».

Pourquoi je vous partage cela ? Nous sommes des personnes créées pour être en relation les uns avec les autres et avec Dieu. Et un des objectifs des émotions c’est de nous aider à entrer en relation, à nous lier, à nous connecter les uns avec les autres. Par elles nous partageons nos cœurs et ce qui nous fait vivre avec les autres d’une façon profonde et significative.

1.Emotions et relations

Être en relation cela signifie entrer dans l’expérience de l’autre, dans ce qu’il vit et ce de manière authentique et attentionnée. C’est ressentir avec l’autre, à ses côtés, cette expérience qu’elle soit bonne ou mauvaise. Cette façon de connecter, la Bible l’appelle tout simplement AIMER. Si la maturité émotionnelle et spirituelle vont de pair c’est parce que l’amour du prochain et de Dieu inclut l’apprentissage de l’expression de nos émotions dans la prière. Car nous sommes appelés à aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et donc aussi avec nos émotions…Parce nos émotions reflètent ce que nous aimons et adorons vraiment.

Nos émotions expriment ce qui est important pour nous et à quel point cela compte pour nous. Je peux exprimer la joie de mon travail, mon plaisir d’un hobby, mon bonheur d’une relation : si une personne ne s’en soucie pas, ne prête pas attention à ce qui est important et ce qu’exprime mon cœur cela s’appelle de l’indifférence. Le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais l’indifférence. Le propre d’une relation est de partager ce qui nous habite. De même aimer c’est accueillir ce qui est important pour l’autre, c’est avoir un intérêt sincère concernant tout ce qui fait la joie ou la peine de ceux que nous rencontrons (ce qu’on appelle aussi l’empathie).

Si quelqu’un se fiche de ce que ressent l’autre et n’entre pas dans son expérience on ne peut appeler cela une relation. Les émotions ne sont pas au centre de ce qu’est l’amour. Mais elles sont une façon d’exprimer notre amour et de se connecter aux autres. En effet les émotions que je ressens pour l’autre indiquent la valeur qu’il a (ou non) à mes yeux. Qu’il vous rende heureux, triste ou en colère, vos émotions expriment en quoi et à quel point ils sont importants pour vous. Si un conjoint ne partage rien à l’autre de ce qu’il a sur le cœur, c’est blessant pour lui et il ne se sentira pas aimé, pas important.

Comprenons bien : tant que nous n’allons pas dans ce sens du cœur à cœur, de l’expression et de l’accueil de nos émotions d’une manière authentique et attentionnée, cela signifie que nous sommes ou restons des anonymes les uns pour les autres, et non plus des frères et sœurs, des amis. On s’assied et on vit à côtés des autres, mais non pas avec. Il y a de la rencontre mais pas de véritable communion. On se parle mais on ne partage pas vraiment. Oui, cela demande d’oser la vulnérabilité.

  1. Quel lien avec la prière ?

La prière est un cœur à cœur avec Dieu, ce temps où nous pouvons épancher notre cœur devant Celui qui prête attention à tout que nous ressentons. Il n’y est pas indifférent. Ce que je ressens est important pour lui et il veut me rejoindre dans mon expérience. Dans son amour il accueille ce qui est important pour moi. Tout parent désire que leur enfant exprime ce qu’il a sur le cœur. Il ne lui dira pas « tu en fais trop ». Dieu nous a donné des émotions pour nous connecter, nous lier les uns aux autres mais aussi à lui. Les émotions sont faites pour nous conduire à Jésus-Christ. Si je ressens de l’anxiété, j’ai le choix entre me laisser dominer par elle ou bien de l’apporter au Seigneur dans la prière.

Jésus n’était pas dépourvu d’émotions. Il a prié en exprimant une angoisse terrible à Gethsémané. Il l’expose devant Dieu. Il n’essaie pas simplement de prendre du recul et de prendre sur lui ! Il tombe à genoux et apporte au Père ce qu’il a sur le cœur. De même Hb 5,7 nous dit que pendant toute sa vie « Jésus adressa des prières et des supplications, accompagnées de grands cris et de larmes ». Ça, c’est pour ceux qui pensent qu’il ne faut pas être trop émotionnel !

Puis il y a tous ces psaumes (69) où David épanche son cœur devant Dieu.  Il lui exprime tristesse, colère, peurs, détresse, désespoir, confusion, amertume, craintes, faiblesses, etc. Il est vrai avec Dieu. Il sait que Dieu accueille tout cela avec bienveillance parce qu’il sait que Dieu l’aime. Et que constatons-nous à la fin de bien des Psaumes ? Il se passe quelque chose d’étonnant. Etrangement son cœur est en paix ! N’avez-vous jamais expérimenté cela ? Difficile à expliquer. Je ne dis pas que les difficultés ne sont plus là, mais le cœur de David s’est recentré sur Dieu au cours de sa prière. Dieu y a comme déversé sa présence. Le cœur de David se calme au bout de 20 versets alors que parfois certains sujets nous tourmentent pendant 20 ans ! Nous prions avec logique et assiduité. Mais l’une des raisons de nos difficultés et que nous faisons très peu part de nos émotions à Dieu.

Instinctivement nous voulons garder nos cœurs pour nous-mêmes. Mais comme j’ai dit le but de nos émotions est de nous conduire à Dieu, de nous conduire droit dans ses bras. En apportant nos émotions à Dieu nous évitons de les laisser éclater d’une façon inappropriée ou de trouver de fausses réponses à ces émotions (fuite dans la boisson, nourriture, travail, comportements inadaptés, etc.).

Exprimons-nous nos émotions à Dieu ? Peut-être n’avons-nous pas pensé à le faire jusque-là. Si Jésus le faisait, pourquoi est-ce si difficile pour nous ? Peut-être parce que nous ne lui faisons pas complètement et entièrement confiance. Peut-être parce qu’au fond de nous nous n’en voyons pas vraiment l’utilité, que cela n’en valait pas la peine. Et pourtant. Voilà pourquoi.

  1. Connaitre celui que nous prions

Nous pouvons faire confiance en Dieu pour lui apporter nos émotions. Pour quelle raison lui faire confiance ? Parce qu’il est notre refuge (cf. Ps 62 et Ps 71,3).  En lui, avec lui, je me sens en sécurité. Je ne peux pas exposer le plus intime de moi-même si cette personne n’est pas digne de confiance.  

Exprimer nos émotions à Dieu traduit le cœur de notre espérance, celle d’avoir en lui un sauveur, un berger et une aide toujours présente dans les temps où nous en avons besoin. Christ connait nos émotions et les a lui-même vécues. Il est capable de les accueillir. Il est dans l’empathie complète. Nous avons un Dieu qui voit, qui nous connait, nous aime et a le pouvoir de nous aider dans la tourmente de nos cœurs et ce à tout moment.  Hb 4 dit que nous pouvons nous approcher de lui car il compatit à nos détresses.  Et l’apôtre Pierre nous invite à « déposer notre anxiété sur lui » parce qu’il prend soin de nous (1 P 5,7).

Oui, nous pouvons croire que Dieu s’engage à nous faire du bien et il est digne de confiance dans l’attention qu’il nous porte. La prière de Jésus exprime la relation et la confiance profondes qu’il a en son Père. Il apporte son cœur, sa douleur, ses espoirs et l’anticipation effrayée de son agonie entre les seules mains dignes de confiance qui pouvaient véritablement l’aider, il les porte aux seules oreilles ce celui qui pouvait vraiment le comprendre…Dieu tend l’oreille et il nous tire des profondeurs de notre âme pour nous amener dans la sécurité d’une relation avec lui. Nous pouvons entièrement compter sur son cœur plein d’amour, sa compassion, sa tendresse, etc. qui ne changent pas.

Conclusion : Dieu nous aime et désire connecter avec nous et ce partage des émotions contribue à développer notre relation d’amour avec le Seigneur.  Si exprimer vos émotions vous est difficile, parlez-en à quelqu’un de confiance. Et puis si notre vie de prière est parfois un peu sèche nous pouvons commencer à mettre en pratique ce que David faisait : Disons à Dieu « Père, voici ce qui me fait vraiment souffrir en cet instant » ; « voici ce que j’éprouve à propos de ce problème » ou encore « voici ce que j’aime particulièrement chez toi ». Plutôt que de répéter les mêmes demandes, je crois que ce cœur à cœur commencera à faire bouger les choses dans notre vie.  Pourquoi ne pas essayer ?

Prière : Je vous propose un petit temps de mis en pratique maintenant en guise de prière. Ne pensez à rien d’autre que ce que vous avez sur le cœur concernant : soit ce qui vous fait souffrir, soit ce que vous éprouver à propos d’un problème ou ce que vous aimez chez Dieu.  Epanchez votre cœur librement devant lui…ne demandez rien. Exprimez juste vos émotions. Seigneur, aide-moi à voir en toi celui qui accueille avec bienveillances mes émotions. Je suis important pour toi, ce que je vis est important pour toi. Je viens vers toi en t’exprimant ce qu’il y a sur mon cœur et je sais que toi tu me rejoins et veut m’apporter ta paix... (exprimer ce que vous avez sur le cœur)

Pour aller plus loin : concernant mes émotions : Qu’est-ce que mes émotions du moment disent de ce qui est important pour moi ? Qu’est-ce qui fait que c’est difficile pour moi d’apporter mes émotions à Dieu ? Concernant celle des autres : comment est-ce que j’accueille les émotions d’autrui ?  

Emmanuel de Calonne

Série maturité : émotions et prière. 4-10-2020 : Lc 22,39-44 ; Ps 62,2-3 ; Ps 69,1-12 ; 19-21 ; 30-37

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