Ma dernière prédication portait sur la fin du NP que l'on appelle une doxologie. Celle-ci se termine par un Amen final qui vient aussi clore le NP. Nous connaissons l'expression « dire oui et Amen à tout ». Cela signifie que nous donnons notre assentiment à tout sans aucun recul critique. Il a donc un sens négatif. Pour bien des personnes, amen après une prière est synonyme de « ça y est c'est fini ! »  ou maintenant c’est à mon tour de prier ! En fait lorsque nous disons Amen nous disons quelque chose de très important. Il faut en comprendre le sens.

Que signifie ce petit mot Amen ? Le mot hébreu emprunté à l'araméen signifie « certainement ». Quand je dis Amen, je dis « c’est vrai, c’est sûr, c’est certain ». Le mot n'est pas très fréquent dans la Bible hébraïque (cf. Dt 27, Nh 8,6…). On utilisait cette formule solennelle pour souligner et renforcer l'importance d'un serment ou pour dire qu’on faisait sien un serment, une doxologie ou une bénédiction.

Dit autrement Amen est aussi une réponse d'approbation.Nous confirmons ou appuyons ce qui vient d’être dit. Cela signifie donc que nous prenons au sérieux ce qui a été dit ou prononcé (cf. récit dans 1 R 1,36 ou Nh 8,6). Quant à Paul dans 1 Co 14,16, il explique qu'il est difficile de répondre Amen à des prières dites en langues puisque les auditeurs ne les comprennent pas. Si vous ne comprenez pas vous ne pouvez pas vous associer à la prière qui est dite.

Dans le Nouveau Testament « Amen » est adhésion et acclamation de la puissance et de la bonté de Dieu. Ga 1,5 et 2  P 3,18 évoquent l’œuvre et la personne de Jésus et se terminent par un : « à lui soit la gloire maintenant et pour toujours. Amen ». Comme dans le cas du NP, le amen souligne le caractère solennel de la doxologie. Dans le culte, quand la communauté dit amen, elle s’unit et prend part à la louange de Dieu (ce qu’on appelle un répons).

Quand nous disons Amen après la doxologie c’est pareil : je reconnais qu’à lui sont le règne, la puissance et la gloire. Que son règne vient, que son nom sera sanctifié, que sa volonté sera faite et qu’il pourvoira à nos besoins matériels et spirituels. C’est sûr et certain ! Donc quand nous disons Amen, ce n’est pas pour faire joli ou dire que la prière est finie !

Mais lorsque nous faisons monter vers Dieu les requêtes du NP qui expriment notre foi vivante dans la puissance, l'amour et la fidélité de notre père, alors nous ne pouvons qu’acquiescer à cette prière en faisant retentir un Amen sonore et fervent ! Je m’associe à l’ensemble de ces enfants qui croient que leur Père fera certainement ce que nous avons demandé !

Mais ce mot du verbe hébreu aman signifie être porté, ce qui peut porter, ce qui est solide, ferme, durable, digne de confiance. On peut donc s’appuyer dessus, c’est stable, ça ne bougera pas. Il provient de la même famille que le mot fidélité, foi, vérité. Donc nous pouvons dire que ce qui vient d'être dit est solide et constitue la base véritable d’une fidélité à toute épreuve. Amen, c’est donc notre confiance en la fidélité de Dieu. C’est notre prise au sérieux de sa fidélité ! Quand nous prions le NP et que nous disons Amen, nous avons l’assurance que le Seigneur ne nous trompera pas et ne nous abandonnera pas. Nous pouvons compter sur la fidélité solide d'un Dieu qui porte le soin de ses créatures avec sollicitude.

Maintenant la question c’est : quand je dis « amen, c’est solide » comment être sûr que je peux m’appuyer dessus à ce point ? En quoi puis-je être sûr que je ne serai pas déçu de la fidélité de Dieu ?

C’est là qu’il nous faire le lien entre amen et la figure de Jésus.  Dans le NT et dans l’Evangile de Jean, le mot Amen est exclusivement utilisé par Jésus qui introduit ses propos par un « Amen, amen je vous le dis ». En utilisant cette formule Jésus renforce une déclaration. Cet Amen souligne encore plus radicalement l’autorité de sa personne et l'autorité de ce qu'il dit. C’est une formule équivalente à celle employée par les prophètes : « ainsi parle le seigneur ». Leurs paroles n'émanent pas de leur sagesse personnelle mais de Dieu lui-même. Ces paroles d'autorité fondent donc aussi notre assurance. Ce qui fait tenir notre Amen, ce n'est pas la force de notre foi, c'est la solidité de celui en qui nous croyons.

Esaïe 65 parle du Dieu sur qui on peut compter, du Dieu de l’Amen. Et dans Ap 3,14, on attribue à Jésus ce titre de « l’Amen » : « ainsi parle l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le Principe de la création de Dieu ». Ce titre fait de lui le seul fondement solide et digne de confiance. Jésus est l’incarnation même de la fidélité de Dieu. Je peux m’appuyer sur lui car il est choisi par Dieu pour  que nos prières seront exaucées.

Autre passage important. Paul nous dit en 2 Co 1,18-20 que toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur « oui » en la personne de Jésus. Et il écrit : « aussi est-ce par lui que nous disons Amen à Dieu pour sa gloire ».  Qu’est-ce que cela signifie ? Dans l'Antiquité, quand un roi faisait une promesse, il apposait son sceau. Ce sceau, c'était sa parole rendue visible, tangible, officielle. Personne ne pouvait la contester. Dieu a fait de nombreuses promesses à son peuple. Et pour les sceller — il n'a pas envoyé un cachet de cire. Il a envoyé son Fils. Jésus-Christ, c'est le sceau de Dieu sur toutes ses promesses. Et ce sceau-là — personne, jamais, ne pourra le briser.

Quand nous disons Amen nous reconnaissons le sceau. Nous disons : ta parole est certaine, elle est vraie, ta promesse tient en Jésus-Christ. Toutes les promesses sont oui c.-à-d. qu’il ne les laissera certainement pas en suspens parce qu’il sait que cette prière contient tout ce dont nous avons besoin, tout ce que nous pouvons et devons demander au Père pour sa gloire et notre joie. Quand nous disons Amen nous exprimons la confiance que celui auquel notre prière a été adressée est aussi celui qui prendra soin de l’exaucer

Lorsque nous prions le NP nous ne prions pas seulement la prière que Jésus lui-même nous a enseignée. Nous prions la prière pour laquelle Jésus lui-même se porte garant.

Illustration. Vous postulez pour un poste important. Votre dossier est mince. Mais quelqu'un que tout le monde respecte écrit une lettre de recommandation en votre faveur et signe de son nom. Cette signature change tout — non pas parce que vous avez changé, mais parce que quelqu'un de crédible a mis sa réputation pour vous. Nos prières arrivent devant Dieu signées du nom de Jésus. C'est pour ça que nous prions 'au nom de Jésus' — ce n'est pas une formule magique, c'est une signature.

Dernière chose : notre amen scelle notre sincérité : nous sommes vraiment désireux que le nom de Dieu soit sanctifié, que son règne s’établisse, que sa volonté s’accomplisse sur terre comme au ciel.

Mais quand je dis amen c’est aussi notre engagement de ne pas contredire son œuvre par nos paroles et par nos actes ! Car la sincérité de la prière ne dépend pas seulement des paroles prononcées mais aussi de l'attitude de celui qui prie.

Quand nous disons Amen, nous ne disons «  pas advienne que pourra », nous ne faisons pas non plus preuve d'attentisme passif ou de quiétude tranquille. Quand nous disons Amen nous croyons que Dieu va pourvoir à nos besoins, mais cela ne doit pas nous empêcher d'assumer nos responsabilités dans ce monde. Pour le dire autrement notre amen engage notre vie. Certainement tu le feras mais certainement tu m’envoies être témoin de ton règne au quotidien. 

Conclusion : amen = véritablement l'expression de notre confiance en la fidélité divine. Jésus, l’amen final est l’autorité qui fonde cette confiance et l’assurance qu’il répondra à cette prière. Pour sa gloire et notre joie. J’ose dire …Amen ?!

Textes : Mt 6,13 ; 2 Co 1,18-20 ; Ap 3,14 ; 1 R 1,33-37

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