Textes : Mt 6,13 ; 1 Co 10,12-13 ; Jc 1,12-15 ; Hb 2,14a et 18
Une blague sur le net : « je ne comprends pas que Eve se soit laissée tenter par une pomme. Un éclair au chocolat, une pizza 4 fromages, un verre de vin, oui. Mais une pomme ?! ».
Il y a quelques années les églises ont changé la traduction de cette ultime demande du NP (cf. ne nous soumets pas à la tentation). Elles ne voulaient plus donner l’impression que c’est Dieu lui-même qui serait à l’origine de la tentation. En effet si Dieu est Père, il ne joue pas avec ses enfants. L’épître de Jacques nous dit bien que Dieu ne peut pas être tenté de faire le mal. Comme si Dieu voulait nous piéger et nous inciter à faire le mal ?! Père agit ainsi ? Non ! Luc ne contient pas la fin de la dernière demande (délivre-nous). Selon moi il s’agit donc des deux faces d’une même pièce, deux demandes qui expriment deux nuances d’une même réalité.
- La réalité de la tentation
Le mot grec = tentation/épreuve. Elle n’a aucune connotation morale (cf. être tenté par du chocolat). La tentation n’est pas le mal lui-même. Ce n’est pas synonyme de péché. Mais c’est un piège particulièrement dangereux qui met en péril notre relation au Père, où nous risquons de lâcher sa main, mais aussi de commettre le mal…C’est tout ce qui en nous et autour de nous met tout simplement constamment notre confiance en Dieu à l’épreuve, qui essaie de nous écarter de notre fidélité au Christ, de nous détourner de lui, de remettre en question voire anéantir notre foi et notre amour pour lui. Le chocolat n’a encore jamais mis en péril ma foi au Christ !
Notre prière ici n’est pas du tout d’être débarrassés ou délivrés de l’expérience inévitable de la tentation car les sources de tentations et le mal seront présents tout au long de notre chemin. Nous les évoquerons après. Mais nous prions pour être délivrés de leur pouvoir. Ce n’est pas la même chose. Nous lui demandons qu’il ne nous laisse pas au milieu d’épreuves si dures qu’elles menaceraient notre foi, qu’il nous conduise sain et sauf au travers de ce piège.
Et quand nous prions délivre-nous du mal (arrache-nous, tire-nous hors du mal), cette demande reprend et approfondit celle de ne pas être soumis à la tentation.
Parce que derrière la tentation se cache la réalité du malin (Satan, tentateur par excellence). On ne parle donc pas ici des petits désagréments de la vie ou d’une faute occasionnelle mais de toutes ces forces, internes et externes, dont nous ne voulons pas devenir la proie.
Un théologien fait le lien avec les demandes précédentes du NP : « Délivre-nous de ce qui empêche que ton nom soit sanctifié, qui retient l’avènement de ton règne, qui s’oppose à ta volonté, qui fait dépérir notre vie, qui ronge notre cœur, qui ne trompe sur toi. Délivre-nous, car, d’une manière ou d’une autre, nous sommes déjà en proie à ces forces hostiles dont nous ne pouvons-nous affranchir par nous-mêmes » (F. Fleinert-Jensen in La prière fondamentale)
Cette dernière demande montre que nous ne sommes pas des super-héros de la foi, des croyants invulnérables mais bien faibles et fragiles. Cette demande est un appel au secours. Nous demandons au Père d’aider ses enfants à ne pas trébucher, de ne pas succomber à la séduction du mal, de ne pas devenir victime d’une tentation destructrice, qu’il nous donne la force de ne pas nous y noyer ou encore de ne pas y donner notre assentiment.
Nous réclamons son aide parce que c’est difficile par nos propres forces. Nous sommes sur une pente glissante qu’il est difficile de quitter par nous-mêmes. Même si Paul nous encourage en disant que Dieu, dans sa fidélité et selon sa promesse, ne permettra pas que nous soyons éprouvés au-delà de nos forces.
2. Par quoi sommes-nous tentés ? Qu’est-ce qui nous met à l’épreuve ?
1° Des circonstances de vie ou évènements douloureux (deuil, échec, déception, conflit, épreuve de vie) qui peuvent éprouver la foi et nous poussent à remettre en cause la fidélité et l’amour de Dieu ; Cela ne vous est-il jamais arrivé qu’une de ces épreuves vous fasse dire « à quoi bon ? » ?
2° Il y a aussi notre propre convoitise dit Jc 1,14 (égoïsme, soif de pouvoir, désirs mal placés).
3° L’ambiance culturelle qui peut nous inciter à considérer la question de Dieu comme superflue. Il faut être fort pour vivre en chrétien dans notre monde actuel ! Pour résister aux pressions idéologiques et rester fermement attachés à Jésus-Christ. Dans la parabole du semeur Jésus parle de ceux qui reçoivent la parole mais qui n’ont pas de racines en eux. Ils croient mais au moment de la tentation, ils abandonnent. Et la tentation prend ici les traits ici de « la détresse et la persécution à cause de la parole ». Il y a donc ici menace d’abandon.
4° L’Ennemi du Christ : le tentateur par excellence ! Le diable (celui qui divise/sépare,) fait tout pour nous éloigner du Père voire le renier.
5° La tentation et le mal se présentent aussi sous des formes parfois très subtiles : l’abondance, la réussite. Si nous prenons le succès, par exemple, il peut nous gonfler facilement d’orgueil (gloire nous revient). Mais aussi sous la forme de choses bonnes auxquelles nous donnons tellement d’importance qu’elles deviennent des idoles. Tout cela nous fait oublier Dieu…
Tertullien (vers 200) traduisait : « ne permets pas que nous soyons séduits par la tentation ». En Genèse 3 Eve est séduite par quelque chose qui lui semble bon (le fruit). Elle cède au mensonge du serpent et choisit d’écouter une autre voix que celle de Dieu. Mensonge qui lui fait miroiter le fantasme de la toute-puissance et de l’autonomie. Je n’ai pas besoin de mon Père… Je peux me passer de lui et y arriver par moi-même et faire mieux que lui… Je ne peux pas lui faire confiance… Il y a mieux ailleurs… En lui faisant douter de la fidélité du Père, la tentation nous pousse à chercher refuge ailleurs qu’en Dieu.
Jésus n’est pas un surhomme épargné par la tentation. 1° Il connaît la tentation au désert. Ce n’est pas Dieu qui le tente mais bien Satan qui va le tester pour le pousser à renier son identité de « Fils de Dieu » qu’il a reçu juste avant lors de son baptême. 2° Pierre a cherché à le dissuader de poursuivre son chemin jusqu’à la croix (Mt 16,23) 3° Il a connu l’épreuve du doute à Gethsémané : va-t-il obéir à la voix de Dieu et accomplir ce pour quoi il est venu ? Jésus n’a jamais renoncé à accomplir la volonté du Père, par amour pour nous.
Au désert, avec la 1ère tentation (pierre en pain) l’Ennemi se sert de sa faim pour savoir s’il va dépendre de Dieu seul. Est-ce que je vais me tourner vers le Père ou les biens de ce monde pour combler ma faim ? La 2ème tentation (se jeter en bas du temple) touche à notre besoin de sécurité. Dieu est-il mon Dieu et mon seul guide et refuge ? Avec la 3ème tentation (adorer Satan) le diable teste notre allégeance. Suis-je prêt à donner toute mon adoration au Père et à refuser tout compromis avec le mal ?
3. Comment vaincre l’épreuve ?
Dieu ne nous promet pas de nous soustraire à la tentation, mais il nous donne les moyens de vivre fidèlement et de faire les bons choix au milieu même des tentations. Nous ne voulons pas tomber dans le filet du tentateur. Les tentations sont là mais nous pouvons y résister. Luther écrit concernant les mauvaises pensées : « tu ne peux empêcher les oiseaux de voler au-dessus de ta tête, mais tu peux les empêcher de faire leur nid dans tes cheveux ». Mais quand elle se fait forte la promesse de Paul est claire : Dieu nous donne les moyens d’en sortir et la force de la supporter (1 Co 10,13). Comment ? Voyons 6 pistes :
1° L’épître aux Hébreux (2,18 et 4,15) nous rappelle que le Christ a connu la tentation et il est pour nous aujourd’hui un soutien puissant pour nous qui sommes soumis à des tentations analogues. Nous avons un Dieu solidaire avec nous. Et Jésus exerce aussi son ministère d’intercession et prie pour que notre foi ne défaille pas comme il a prié pour que la foi de Pierre ne défaille pas.
2° Veiller : je suis appelé à rester vigilant face à ce qui pourrait me faire chuter. Nous constatons que Jésus est tenté lorsqu’il est fatigué, seul et affamé. Nous le sommes davantage en situation de vulnérabilité. Question : où et quand et avec qui suis-je le plus vulnérable ? Sur quel terrain est-ce que je risque d’être soumis à la tentation avec de la peine d’y résister ?
3° Prier : Jésus encourage ses disciples à prier pour ne pas tomber en tentation et rester fidèle à Dieu (Mt 26,41). Il s’agit de s’appuyer sur la force disponible en Christ plutôt que sur notre volonté propre.
4° Une injonction revient comme un fil rouge à travers la Bible « n’oublie pas / souviens-toi ». Évoquer les bienfaits de Dieu pour en garder la réalité au quotidien nous aide à compter sur sa bonté et sa fidélité dans l’épreuve.
5° Fuir. Quand on est allergique aux guêpes on fuit le nid ! Cf. Joseph qui fuit quand il est dragué par la femme de Potifar. Paul a encouragé Timothée (1 Tm 6,9-11) à fuir certaines choses notamment l’amour de l’argent pour s’attacher à d’autres comme la piété pour garder sa foi vivante.
6° Combattre. Nous ne pouvons pas juste rester passifs. Nous devons lui opposer une résistance spirituelle dans un combat assidu dans la prière et l’écoute des Ecritures que Jésus utilise au désert pour contrer l’Ennemi. Dans ce combat Jésus nous donne le Saint-Esprit. Paraclet en grec = celui qui est à nos côtés pour aider, guider, conseiller et fortifier.
Et si je tombe ? Repentance et recevoir la promesse du pardon/amour du Christ
Conclusion : Dans sa bonté il viendra à notre secours. Je termine en disant quand même qu’il y a un aspect positif à la tentation. En effet elle éprouve et teste notre foi. Elle peut donc être l’occasion de clarification, de mûrissement, d’approfondissement et de crise de croissance (où en suis-je dans ma relation au Père ?). Si la lutte ne nous est pas épargnée, nous prions aussi pour que nous puissions en sortir grandis en connaissance de nous-mêmes et surtout en humilité, en foi et en amour.
