Lorsque nous prions que ta volonté soit faite (QTVSF dans le texte), que demandons-nous réellement et qu’entendons-nous par volonté de Dieu ?
1/ Volonté de Dieu et salut
Cette 3ème demande résume en quelque sorte les deux premières. Sa volonté c’est que son nom soit sanctifié et que son règne de paix et de justice soit instauré sur Terre comme ils le sont parfaitement au Ciel. Dieu seul est en mesure de réaliser l’objet de notre prière.
Dieu a une volonté ! L’Homme peut donc entrer en relation avec lui et comme il a une intention cela signifie que nous pouvons nous situer par rapport à lui, et vivre en vérité devant lui. Nous ne sommes pas abandonnés à nous-même ; notre existence n’est pas non plus une toupie qui tourne sans but, ni une feuille ballottée au gré des vents. La vie humaine et la création sont l’objet d’une volonté, d’un projet de la part de Dieu. Quel est ce projet ?
Les demandes du Notre Père s’inscrivent toujours dans une perspective de salut. Comme dit 1 Tm 2,4 : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité. La volonté de Dieu est une volonté de salut, c.-à-d. de libération du péché, de la maladie, du désespoir, de la mort physique et éternelle. D’ailleurs j’ai appris que le mot salut en langue scandinave signifie « avoir le cou libre » = ne pas être réduit à l’état d’esclavage ; les barres du joug sont brisées et on peut marcher la tête haute !
Enfin nous trouvons la volonté de Dieu dans la Torah notamment dans les 10 commandements qui sont un chemin de liberté. Car Dieu nous voulait libre de toute forme d’esclavage. Nous y trouvons la façon d’honorer Dieu et tout ce que Dieu veut à son égard et à l’égard de notre prochain. Jésus résumera le décalogue : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même ».
2/ Volonté de Dieu et volonté humaine
La volonté du Père est à son image : bonne, bienveillante, sage, juste et parfaite ! Mais si on rechigne à la faire, c’est bien parce qu’en Gn 3 le serpent nous a fait croire que ce n’était pas vrai ! Depuis nous avons voulu nous ériger en maître de notre vie en préférant faire notre volonté.
Cette prière peut susciter chez nous plusieurs réactions :
1° de la rébellion : nous préférons faire ce qui nous plaît et ne laisser personne (pas même Dieu) nous dire quoi faire. Nous préférons maintenir à tout prix notre pleine autonomie (orgueil). C’était le cas par ex. de pharaon : qui est l’éternel, pour que je lui obéisse ? (Ex 5,2). Dieu n’a pas son mot à dire dans ma vie.
2° de l’inquiétude : et si sa volonté venait ébranler fortement nos désirs personnels et casser notre joie de vivre ? On aurait plutôt envie de prier : « que ta volonté soit autre » ! Nous la pensons exigeante et nous n’avons pas envie de renoncer à des attitudes, des façons de voir les choses ou d’agir avec lesquelles le Seigneur ne serait pas d’accord…
3° de la résignation. Nous confondons parfois volonté de Dieu et fatalité. Cette prière n’est pas un appel à se soumettre sans comprendre et sans protester à un destin incompréhensible et parfois tragique. De même dire à tout bout de champ « c’est la volonté de Dieu » est une utilisation abusive et peut faire du tort à la foi chrétienne. QTVSF ce n’est pas accepter tout ce qui nous arrive et tout ce qui arrive de mal dans ce monde. Tout ce qui arrive dans ce monde n’est pas dans la volonté de Dieu. Il n’a rien à voir avec le mal, il n’en est jamais la cause et il ne se plaît pas à la souffrance des hommes.
Rébellion, inquiétude ou résignation ? Faire la volonté de Dieu passe donc par un chemin de conversion ! Car notre volonté entre souvent en conflit avec la sienne (mes pensées ne sont pas vos pensées). Nous prions pour que notre volonté coïncide avec la sienne, pour désirer ce que Dieu veut et surtout pour trouver la force d’accomplir sa volonté, même et surtout lorsque cela contrarie nos préférences personnelles et nos petits égoïsmes.
QTVS est une prière exigeante, c’est une démarche de toute une vie, où nous apprenons à renoncer à nos caprices pour embrasser un projet plus vaste, plus lumineux et infiniment plus juste. Luther disait qu’il fallait combattre (dans la prière) tout ce qui en nous s’oppose à la volonté de Dieu. Qu’est-ce qui pourra nous aider ? Qu’est-ce que Jésus nous enseigne à ce sujet ?
3/ La prière de Jésus au jardin de Gethsémané
Nous retrouvons cette prière à deux reprises dans la bouche de Jésus au jardin de Gethsémané. La croix l’attend. L’angoisse le saisit. Jésus prie « mon père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive… ». Au bout de sa prière, il reçoit le courage de l’acceptation : « toutefois que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui soit faite ». Que fait Jésus ici ?
Il ne se résigne pas passivement, il adhère volontairement à un projet qui dépasse ses désirs humains immédiats. Il prie pour trouver la force d’aller jusqu’au bout de ce pour quoi il est venu. Il ne regarde pas à sa propre vie, mais il accepte d’offrir sa vie pour accomplir le projet de salut pour les Hommes.
Ce soir-là il fait advenir l’amour… La mort de Jésus ne génère pas le néant et le désespoir, mais la vie en abondance pour tous. Sa prière est précisément ce qui nous a sauvés. Car si Jésus n’avait pas fait cette prière, nous serions encore dans l’angoisse, la culpabilité, l’esclavage et la mort… Mais grâce à lui nous avons dorénavant « le cou libre » !
Cet amour ne peut que susciter en nos cœurs de la reconnaissance ! Quand Jésus nous invite à prier QTVSF, nous désirons que sa volonté d’amour soit faite. C’est la volonté d’un Dieu bienveillant. Dite à la lumière de l’Evangile (de ce que Jésus a fait) on ne peut plus la considérer comme un acte de soumission résigné, aliénant et exigeant. Elle n’est pas contrainte. Nous ne sommes pas dans le devoir. Nous ne sommes pas obligés de faire cette volonté, mais nous en avons la possibilité ; nous pouvons la faire advenir gratuitement dans notre propre vie. Elle est même acceptation libre et joyeuse !
Oui Dieu seul fera advenir sa volonté. Mais nous ne sommes pas pour autant dégagés de notre responsabilité ! Cela implique un engagement de notre part. Nous désirons disposer nos cœurs pour collaborer avec Dieu. Sa volonté est volonté d’amour, de justice, de paix, de lumière, etc. Nous voulons y contribuer par notre message et notre engagement. Nous sommes des instruments pour la réalisation de sa volonté : par exemple dans l’évangélisation du monde car celle-ci ne se fera pas sans nous. Nous désirons participer à son œuvre de transformation. Paul écrit : nous sommes ouvriers avec Dieu. Toujours avec Paul nous prions : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? ».
Je ne suis pas moins libre en faisant sa volonté. Luther a expliqué que notre vraie liberté réside dans notre désir de faire ce qui plait à Dieu ! Selon Paul, ce que Dieu veut c’est notamment notre sanctification. Notre but est de devenir une authentique image du Christ. Jésus nous en montre le chemin. Dans le SM il reformule et détaille ce qu’est la volonté de Dieu de façon très pratique aussi. Il nous indique de quelle façon marche le disciple du Christ.
Le sermon nous parle en effet de réconciliation, de lutte contre la convoitise, de fidélité conjugale, d’amour des ennemis, de refus de la violence, de prière, de ne pas s’attacher à l’argent, de ne pas s’inquiéter, ni de juger… le sermon nous rappelle que toute bonne théologie est d’abord une théologie bienveillante, c’est-à-dire qui veille au bien et qui est vivifiante, qui porte la vie. En priant « QTVSF » nous mobilisons notre énergie pour mettre en pratique sa parole.
Admettons que le premier frein à ce désir d’accomplissement de sa volonté c’est nous-mêmes ! Nos désirs ne sont pas toujours les désirs de Dieu ! Et puis ça nous coute ! Ça va très souvent à l’encontre de notre désir de bien-être, de réussite, de tranquillité… Très clairement, l’accomplissement de la volonté de Dieu n’implique pas l’assurance d’une vie sans aucun problème, et qui satisfait à tous les critères de réussite et de bonheur définis par la société moderne.
Mais je dois poser la question : quelle volonté décisive conduit mon existence et lui donne son ultime justification ? Est-ce la mienne ou la sienne ? Ce n’est pas ma volonté qui fera mon bonheur, mais le désir de laisser sa volonté, faire son chemin dans ma vie et dans le monde. Pour sa gloire et…notre joie !
Conclusion : QTVSF : cette prière ne nous condamne ni à la résignation ni à l’inactivité. Sa volonté est bonne, juste et sage. C’est la vie en plénitude qu’il désire procurer sur Terre comme elle est instaurée au Ciel. Nous ne sommes pas toujours alignés à cette volonté. Mais plus nous sommes convaincus que Dieu est notre père bon et bienveillant et plus nous aurons à cœur de dire « que ta volonté soit faite ». Plus nous l’aimerons plus nous voudrons qu’elle se réalise dans nos vies et dans ce monde. Faisons-lui confiance, car sa volonté est pour nous chemin de joie, de paix et de vraie liberté ! « Père, aide-moi à vouloir ce que tu veux ! Pour ta gloire et mon bonheur ! » Amen
