Prédication sur Marc 3,7-21
Venir à Jésus, suivre Jésus. Qu’est-ce à dire ?
Bien-aimés du Seigneur Jésus-Christ,
Le récit de l’évangile de ce matin n’est pas sans lien avec la remarque du Dr Tournier, mentionnée en ouverture[1].
Une grande foule entoure Jésus. A y regarder de plus près, il y a en fait 2 foules différentes.
La 1ère issue de Galilée suit Jésus. Suivre, c’est le mot utilisé par Marc pour parler de Pierre, André, Jacques et Jean qui répondent à l’appel de Jésus et le suivent comme disciples. Cette foule de Galilée est sans doute composée de gens qui ont entendu l’enseignement de Jésus et vu ses faits et gestes. C’est la foule de ceux et celles qui ont envie de devenir disciples de Jésus, de mettre leur pas dans les siens, de se laisser enseigner et façonner par Lui.
Et puis, il y a la 2e foule, celle qui vient à Jésus (v.8). Celle qui vient de loin, qui a aussi entendu parler de Jésus et de ses miracles. Ces personnes viennent de loin avec le désir que Jésus leur donne ce qu’elles désirent : une guérison, une solution, une parole, etc. Ou peut-être viennent-ils juste par curiosité, pour voir. Et Jésus les accueille. Certes, il met une distance en montant sur la petite barque, pour signifier qu’il ne se laissera pas écraser, mettre sous pression ou récupérer par nous et nos attentes. Mais cela dit, il accueille. Il est venu pour nous aimer et pour prendre soin de nous. Le texte dit que Jésus guérissait beaucoup de gens au v.10. C’est plus juste de traduire thérapein par soigner ou prendre soin que par guérir.
En méditant sur ces 2 foules, je me suis demandé : Toi, Gérard, tu fais partie de quelle foule ? Pourquoi tu cherches Jésus ? Est-ce parce que tu as besoin de son aide ? Qu’il t’oriente et te guide ? Qu’il apporte une solution à tel ou tel problème ? Qu’il te guérisse de ceci ou cela ? Qu’il te parle ? Ou pour qu’il soit avec tes proches ou protège ceux que tu aimes ? Cherches-tu Jésus parce que tu as des demandes à lui présenter ? Etc.
OU est-ce que je cherche Jésus parce qu’ayant appris à le connaitre un peu, je souhaite approfondir mon lien avec Lui et me laisser façonner par Lui ? Me laisser façonner… c’est-à-dire prendre distance de mes habitudes, de mes schémas de penser, de mes instincts réactifs naturels. Comme dit le texte grec en parlant de ceux que Jésus appelle à lui sur la montagne : ils s’éloignent de pour aller vers Lui[2]. Est-ce que mon lien à Jésus est sporadique, intéressé ou est-ce qu’il me rapproche Lui ?
Tu as beau être chrétien ou avoir la foi depuis très longtemps, venir et être engagé à l’Eglise depuis longtemps, cela n’exclut pas la possibilité d’être une personne qui va à Jésus pour obtenir ce qu’elle croit avoir besoin.
La bonne nouvelle c’est que Jésus nous accueille à bras ouvert lorsqu’on va à lui pour ceci ou cela, avec nos demandes de ceci ou cela. Il n’attend pas de nous que nous soyons d’abord spirituels, religieux, ou désintéressés. Il nous accueille car il nous aime. Le texte nous dit que son accueil est tel qu’il n’a pas le temps de manger. Parce qu’il nous aime. Alors, je te le dis : Tu es venu à Jésus avec tes demandes ? Vas-y franchement ! Tu es venu à Jésus curieux, peut-être sceptique sur sa disposition à écouter tes prières, tes demandes ? Vas-y franchement ! Qu’attends-tu de lui ? Un emploi, la santé, la paix ? Il t’accueille avec infiniment d’amour. Ça ne veut pas dire qu’il t’exaucera comme tu le souhaites. Ça veut dire qu’il va t’accueillir et te montrer qu’il t’a entendu. Et tu le sauras. Ça, c’est la 1ère partie de la bonne nouvelle. C’est important de le dire, particulièrement lorsqu’on baptise un petit enfant. Jésus nous reçoit. Mais il a plus pour vous, pour vos enfants que ce que vous imaginez. La graine de l’amour de Dieu que vous plantez en A. souhaite produire un arbre avec beaucoup de fruit.
La 2e partie c’est que Jésus ne veut pas seulement nous exaucer, il veut nous faire grandir. Il ne veut pas seulement nous exaucer, il veut soigner, prendre soin de ce qui est blessé en nous. Il ne veut pas seulement nous exaucer, il veut nous restaurer et nous aider à mieux nous connaître nous-mêmes et à mieux Le connaître Lui. La 2e partie de la bonne nouvelle c’est que Jésus a beaucoup plus pour nous que ce que nous lui demandions, que ce que nous imaginions. Il veut nous emmener vers ses horizons à lui. Tu viens à lui avec tes demandes et il te reçoit et il veut te faire découvrir des dimensions de vie que tu n’imaginais pas. Mais pour cela, il nous demande d’être prêt à L’accompagner, Le suivre. A donc prendre distance de nous-mêmes, de notre besoin premier, de notre demande première pour nous mettre à son écoute. Pour entendre son appel. Nous allons alors passer de croyant qui cherche un exaucement à croyant qui écoute… et qui entendra… et vivra une relation avec Jésus. Et là… il se passe quelque chose de plus…
Si j’applique cela à nos relations humaines… Le monde irait mieux si on ne s’approchait pas seulement des autres pour obtenir qqch d’eux, mais si on s’approchait des autres pour les écouter et pour écouter ce qu’ils veulent nous dire d’eux et de nous.
Je vous donne un témoignage personnel. L’autre jour, comme pasteur, j’étais contrarié par qqch qui s’était passé dans la paroisse. Une contrariété qui n’avait rien de personnel. Ça concernait qqch qui touchait à une question de fond où j’avais l’impression que qqn avait manipulé d’autres personnes. Je me suis dit : je dois en parler avec la personne concernée, mais, Seigneur, aide-moi à le faire avec douceur, sans que cela soit ressenti comme une façon d’exercer un pouvoir. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque j’ai eu l’occasion de rencontrer la personne, de l’entendre me dire spontanément : Au fait, j’ai mal vécu ce truc, la prochaine fois il faudra qu’on fasse autrement. Qu’est-ce que t’en penses ? Je suis allé vers Jésus avec une demande. Il a répondu au-delà de mes attentes. Mais il m’a révélé aussi que je n’ai pas besoin de tout contrôler, qu’il sait s’y faire, qu’il sait s’occuper de ce qui me tracasse.
3e partie de la Bonne Nouvelle : Jésus nous connaît personnellement ; il nous aime personnellement. Il nous appelle par notre nom. Chacun avec notre histoire. Même Judas qui le trahit. Si nous écoutons… il passera par chacun et chacune d’entre nous pour édifier un monde autre, pour édifier son Règne de bienveillance, de paix et de restauration. Dressons l’oreille à l’appel de notre nom.
Mais à chacun son rythme. C’est aussi une partie de la bonne nouvelle. A chacun son rythme. Commence à aller vers Jésus avec tes demandes, puis écoute, écoutes vraiment, en silence, en prenant distance de ta demande… écoute… et tu L’entendras te révéler plus qu’un exaucement : une révélation de qui Il est et de Sa capacité à passer par toi pour un monde meilleur. D’abord chez toi à la maison.
Amen.
[1] Quand un malade vient nous consulter, il nous expose les maux dont il souffre et nous demande un remède. Mais il n’est pas forcément disposé à nous parler de tout ce qu’il faudrait réformer dans sa manière de vivre pour assurer sa guérison. Rien de plus beau pour un médecin de sauver ou guérir une vie. Mais que devient-elle après ? P. Tournier, Médecine de la personne, Neuchâtel, 1942, p.2-3.
[2] Au v.13 le texte décrit la démarche du disciple : aphlyon prov auton.
