Prédication sur Ps 8 et 19 et Mt 21.14-16 et 18,3

Vertus de l’émerveillement.

Bien-aimés du Seigneur Jésus,

Ces dernières années, la recherche en psychologie s’est penchée sur le rôle et les effets de l’émerveillement dans notre vie. On découvre ainsi les nombreux bienfaits de l’émerveillement : il favorise l’humilité et la gratitude, il combat la dépression et la nostalgie pathologique, il stimule l’envie d’apprendre, etc. On a aussi constaté que l’émerveillement est à la base de l’expérience religieuse, entendez par là, de l’ouverture à Dieu. Ce qui m’a interpellé dans mes lectures, c’est que l’émerveillement nous ouvre à plus grand que nous, nous ouvre à un mystère ; l’émerveillement n’est pas une démarche rationaliste voulant expliquer ; l’émerveillement est le fruit d’une prise de conscience que je suis face à plus grand que moi, face à un mystère de vie, qui me remplit de joie. L’émerveillement, disent les chercheurs, me décentre de moi-même et m’ouvre à l’autre, à l’Autre avec un grand A parfois.

Le philosophe français Paul Ricoeur disait que la capacité à s’émerveiller combat la rumination du négatif, la rumination de mauvaises pensées, et contribue à nous maintenir intérieurement vivants.

Si les psaumes font une grande place à la plainte, ils font aussi une place à la louange et à l’émerveillement, notamment les psaumes 8 et 19, ou le 139 aussi. Jésus, lui aussi, sait s’émerveiller devant la nature et devant la foi de ceux qu’ils rencontrent (cf. Mt 8,10 ou 6,28-29).

Quelle place occupe donc l’émerveillement dans notre vie ? Et dans notre foi, dans notre relation avec Dieu ? J’aimerais m’arrêter sur ce sujet ce matin. Les chercheurs anglophones travaillant ce sujet utilisent le mot awe pour parler de l’émerveillement. C’est le mot que le vieil anglais utilise pour désigner la crainte de Dieu, ce qu’on ressent lorsqu’on est face à la grandeur de Dieu. Malheureusement, bien des chrétiens ont fait de la crainte de Dieu une peur du jugement de Dieu, ce qui transforme notre foi en une foi rigoriste, légaliste, moraliste, sans grâce. La question que cela nous pose est : Et si notre foi était une foi de l’émerveillement face à la grandeur de Dieu qui nous aime ?! Ne serions-nous pas plus rayonnant ?

Dans ce psaume, David s’émerveille. Il s’émerveille devant la grandeur de l’univers, devant la beauté du ciel. Ce n’est pas seulement beau et grand, mais ça l’interpelle sur lui-même. Ce n’est pas seulement beau et grand, mais ça le tourne vers plus grand que lui-même, vers le Créateur. Et ce regard posé sur le Créateur ne le culpabilise pas, cette contemplation du créateur lui donne des ailes pour se découvrir petit devant Lui, mais aussi objet de la sollicitude de Dieu. Il se découvre petit, mais précieux ; petit mais investi d’une responsabilité et d’une confiance admirable. La grandeur de l’univers, la majesté du Créateur ne l’écrase pas, mais lui font prendre conscience de sa véritable grandeur humaine. Qui suis-je pour que tu te préoccupes de moi, ô Dieu ? Qui sommes-nous pour que tu prennes soin de nous, que tu nous visites, dit littéralement l’hébreu ? Qui sommes-nous pour que tu mettes entre nos mains le pouvoir de dominer la Création ? En fait, David s’émerveille plus de la sollicitude de ce grand Dieu envers lui, que de l’Univers en soi.

Face à la grandeur et à la beauté de l’Univers, il s’ouvre au mystère du Créateur. Si le Créateur a fait tout cela si merveilleusement, c’est que sa Loi doit être bonne. S’il se penche vers nous avec tant d’amour, c’est qu’il nous veut du bien et veut que nous soyons source de bien dans ce monde et pour notre prochain. Face à tant de grandeur, qui suis-je pour faire preuve d’arrogance ou d’orgueil ? Quelle responsabilité, il met entre nos mains ! Quelle confiance !!! O Dieu, sois loué, et prends pitié de nous.

Son émerveillement lui fait voir la véritable grandeur de Dieu et sa véritable grandeur d’être humain. Le propre de l’émerveillement est de me faire voir la grandeur de l’autre et sans me diminuer moi-même.

L’émerveillement me permet de voir Dieu à l’œuvre dans mon quotidien; Dieu à l’œuvre dans ma vie, dans sa Providence qui se manifeste parfois de façon mystérieuse. Je pense à Etty Hillesum qui est prisonnière dans le camp de concentration de Westerbork en Hollande et qui écrit dans son journal que la vie est belle et qui s’émerveille à la vue du champ de lupins en fleur de l’autre côté des barbelés. Elle prie pour garder sa capacité d’émerveillement. Je pense à cette femme qui doit passer 2 mois couchée la tête en bas, les jambes en haut pour que sa grossesse arrive à terme sans encombre et qui s’émerveille de ce qu’un soir une infirmière vienne lui raconter sa vie et tous ses problèmes cherchant auprès d’elle consolation et confiance. Elle s’émerveille de la confiance de cette femme et que Dieu puisse passer par elle alitée pour consoler la soignante. L’émerveillement ne veut pas expliquer le mystère, il s’en réjouit. L’émerveillement nourrit la force de vivre. Il me maintient en vie.

Sommes-nous capables de nous émerveiller face à l’Amour que Dieu nous a montré en Jésus à la Croix ? Face à l’Amour que Jésus nous a montré en nous donnant sa vie, je peux soit réduire cela à un acte judiciaire – Dieu a donné la vie de son fils pour nous faire grâce, à nous coupables – soit je peux me laisser subjuguer, émerveiller, réjouir par la folie de Son Amour pour nous. Et alors… ma confiance surgit de la joie et non d’une redevabilité culpabilisante ou moralisatrice. Et alors mon obéissance surgit de la joie de me savoir aimé, de l’envie de ne pas blesser ce Dieu qui m’aime. L’émerveillement est un don à demander à Dieu.

Les petits enfants ont cette capacité à s’émerveiller devant des choses que nous les adultes considérons comme banales et normales. Eux ils y voient un mystère à explorer, un miracle. Est-ce pour cela que Jésus dit que le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent ?

L’émerveillement suscitera en nous la gratitude envers le Seigneur, envers notre prochain aussi. L’émerveillement réveillera parfois notre sens des responsabilités pour ce qui nous est donné. L’émerveillement nous gardera de l’orgueil et de l’arrogance qui sont le propre de ceux qui pensent que tout est dû à leur propre force.

Que notre foi se nourrisse de l’émerveillement devant tous les signes de l’amour du Seigneur pour nous.

Amen.

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