Prédication sur Ge 1,31a / Eph 5,27 (25-30) / Ps 45 extraits

Redécouvrir le sens du beau et adopter le regard du Christ.

Bien-aimés du Christ-Jésus,

Le temps de l’été et des vacances touche à sa fin. La plupart des vacanciers sont rentrés et retournés au travail, la tête pleine de souvenirs, souvenirs de beaux paysages, de beaux moments en famille ou avec des amis. A priori quand on part en vacances, on cherche un bel endroit. Et on se fait du bien ainsi. Et ce n’est pas par hasard.

Ecoutez comment le Musée Guggenheim de Bilbao fait sa promotion :

La contemplation de la nature ou du beau stimule une zone de notre cerveau dénommée cortex préfrontal, qui est liée au calme et à la connexion. L'observation de la beauté nous fait nous sentir plus confiants, joyeux et sereins, car elle réduit le stress, stimule la production d'ocytocine et apaise le système nerveux. Le contact avec la beauté stimule l'hémisphère droit de notre cerveau, le côté créatif et symbolique, et renforce l'intelligence émotionnelle. La beauté nous incite à plus de sérénité et bienveillance[1]. L’ocytocine, selon la Revue médicale suisse, est l’hormone de l’amour, de la confiance et du lien conjugal et social[2].

Je ne sais pas vous… Mais pour ce qui me concerne, prendre le temps de contempler le beau me fait du bien. Contempler un beau paysage me revigore. Ecouter une belle musique aussi. Etc. En plus, vivre cela en couple renforce le lien conjugal.

Et Dieu là-dedans ?, me direz-vous !!!

Et bien justement… penchons-nous rapidement sur la Bible. Dans le récit de Genèse 1, 7 fois, il nous est dit que Dieu vit que ce qu’il avait fait était une bonne chose. Le mot tov, en hébreu, peut se traduire autant par bon que par beau, autant par bien que par agréable. Pourquoi se limiter à bon qui a une connotation morale ou utilitaire ? Ce que Dieu a fait est non seulement bon, mais beau, c’est-à-dire esthétiquement beau.

Encore faut-il se donner la peine de le voir. Mon propos serait-il juste le résultat d’une élucubration théologique ? Pas sûr !

L’apôtre Paul qui, comme l’AT, compare la relation de Dieu à son peuple à la relation de couple époux-épouse, dit que Jésus a donné sa vie pour l’Eglise afin de se la présenter à lui–même dans toute sa beauté, pure et sans défaut, sans tache ni ride ni aucune autre imperfection (Eph 5,27). Jésus a donné sa vie pour nous sauver, comme on dit, donc aussi pour rétablir le beau qui a été défiguré par le mal, pour sauver le beau. Bien sûr, la beauté biblique n’est pas qu’esthétique, elle est liée à une façon de vivre. Elle a une dimension éthique, d’où le lien entre beauté et pureté.

Toujours est-il que Dieu aime le beau. Le beau qui se cache aussi parfois derrière l’apparence. Et Dieu semble vouloir rétablir le beau en combattant le mal et la mort. Mais ça, c’est théologique, diront certains. Allons donc un peu plus loin.

Si Dieu a en tête de sauver le beau, de nous redonner notre beauté originelle, serait-ce une futilité de notre part que de vouloir racheter le beau, valoriser le beau, la beauté, rechercher le beau dans ce qui nous entoure ? Pas si sûr lorsqu’on voit l’effet produit par le beau sur nous.

Si tu trouves quelque chose beau… vas-tu vouloir ensuite le détruire ? Si tu trouves quelque chose beau, tu auras tendance plutôt à vouloir le préserver. Je me souviens que petit enfant, mes grands-parents m’avaient emmené en voiture faire Grimsel-Furka. J’avais été émerveillé. Quand j’ai appris à 8-9 ans qu’une autoroute allait être construite au bord du lac de Brienz, ça m’a révolté et j’ai écrit au Conseil fédéral. J’ai encore la réponse signée des conseillers fédéraux Gnaegi et Hürlimann me promettant de faire le nécessaire pour préserver la beauté du lieu.

Si tu es touché par la beauté d’un paysage, d’une œuvre d’art et même d’une personne, à moins d’être pervers, tu veux du bien à cela.

Dans notre société de l’image, il se trouve que la beauté est recherchée pour elle-même, pour une sorte de jouissance égocentrique narcissique. C’est ce qui se reflète dans le culte du selfie ou de la mise en scène de soi sur internet. Mais, pour reprendre les propos d’Alain Cunho : reconnaître la beauté de quelque chose porte en soi une exigence éthique ; je ne peux pas percevoir la beauté de quelque chose ou de quelqu’un et ne pas lui vouloir du bien, sinon ce serait encombrer notre mémoire de clichés inutiles comme des photos non-développées[3].

Faire l’expérience authentique de la beauté nous ouvre à l’autre, nous ouvre à la relation, et ça nous fait du bien. Et cela nous invite à vouloir et faire le bien.

Si Dieu a trouvé sa Création bonne et belle… Si Christ-Jésus est venu pour nous sauver et rétablir notre beauté originelle… S’il a donné sa vie pour nous redonner notre beauté… Y aurait-il là un encouragement pour nous à cultiver le sens du beau, à cultiver l’aptitude à voir le beau, la sensibilité au beau ?  

Concrètement, ça peut vouloir dire, s’exercer à voir la beauté de notre prochain… Il y a une beauté en chacun et chacune d’entre nous. Elle ne saute pas tjs aux yeux. Mais, il y a une beauté à discerner en chacun et chacune d’entre nous. Et cela suscite en nous alors la bienveillance, voire l’engagement en faveur de l’autre. Cela diminue l’esprit de jugement.

Ça peut aussi vouloir dire prendre soin de soi. Oser reconnaître la beauté de ma propre vie, de ma personne. Ce que Anne-Dauphine Julliand raconte dans son livre Ajouter de la vie aux jours. Anne-Dauphine a perdu 3 de ses 4 enfants. 2 sont mortes d’une maladie neurodégénérative, un de ses garçons s’est suicidé la veille de ses 20 ans. Elle raconte qu’après un 1er état de sidération, elle a pris sur elle de se faire les ongles au moins une fois par semaine, pour se montrer à elle-même qu’elle restait une vivante dans le monde des vivants. Garder de belles mains aux ongles bien rouges même en plein deuil, même en pleine souffrance. Prendre soin de soi c’est aussi valoriser notre relation à l’autre.

Jésus n’est pas contre cela, lui qui veut se présenter à lui-même une Eglise belle, sans tâche, sans défaut. On est d’accord que Paul utilise un langage imagé. Mais il aurait pu parler d’une Eglise bonne ; il a néanmoins utilisé le mot belle.

L’expérience du beau, de la beauté fait du bien et nous entraine au bien.

Elle nous fait du bien même au niveau de notre intériorité, la médecine en témoigne. Elle nous fait du bien et favorise en nous la bienveillance, la sérénité et la confiance. Elle contribue à nous mettre au diapason du bien voulu par Dieu pour nous et pour sa création. Elle contribue à notre santé mentale. Ménageons-nous donc des temps pour cela.

L’expérience de la beauté nous demande de dépasser une démarche égoïste et d’aller au-delà des apparences. C’est oser mettre nos yeux dans ceux de Christ Jésus qui voit ce qui n’est pas encore, mais qui est là en germe en l’autre. C’est, avec Jésus, espérer et attendre le Royaume de Dieu qui est déjà et pas encore là : admirer ce qui se présente tout en restant disponible pour ce qui vient. C’est savoir attendre la beauté qui vient, celle qui n’est pas encore là[4]. Ce que Jésus s’est évertué à vivre dans chacune de ses rencontres. Son amour pour les perdus était aussi un amour pour la beauté perdue ou saccagée de ces vies.

Apprenons donc à regarder autour de nous pour voir la beauté des autres et de la Création. Comme disait Georges Haldas, être capable de s’émouvoir devant la beauté des choses ou des personnes, c’est le signe que rien, en nous, n’est tout à fait perdu[5]. Amen.


[1] Cf. https://www.guggenheim-bilbao.eus/fr/le-saviez-vous/les-bienfaits-physiologiques-de-la-beaute-et-de-la-nature

[2] https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2012/revue-medicale-suisse-333/l-ocytocine-hormone-de-l-amour-de-la-confiance-et-du-lien-conjugal-et-social#

[3] Alain Cunho, La conversion du regard, in la revue Vie chrétienne, n°98, mai-juin 2026, p.12.

[4] Vie chrétienne, n°98, mai-juin 2026, p.10.

[5] Georges Haldas in Guide spirituel des chemins de Saint-Jacques, sous la dir. de Gaële la Bosse, Presse de la Renaissance, Paris 2010, p.86.

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