Prédication sur Mc 3,13-20 et 2Co 13,4-5 et Ga 2,20
Etre « baptissé » ou tisser ma vie avec le Christ.
Bien-aimés du Seigneur Jésus-Christ,
Alors que je préparais avec A.Ga son baptême, à un moment donné, elle m’explique pourquoi elle veut être baptissée. Je l’ai tout de suite arrêtée et j’ai voulu savoir qu’est-ce qu’elle voulait me dire. Elle m’a expliqué que baptiser lui faisait penser à baptisser et qu’elle voulait tisser sa vie avec Dieu, Père, Fils et St. Esprit, et joindre son fil à ses 3 fils.
Parfois, on invente des mots qui font sens.
Comme Anne-Gaëlle a travaillé sur un métier à tisser : on va voir de quoi ça à l’air. (projection de vidéo)
Tisser un tissu implique au moins 2 dimensions : les fils verticaux qui donnent la solidité au tout et les fils horizontaux qui donnent son apparence au tissu, et qu’on fait passer avec la navette entre les fils verticaux. Après chaque passage, le tisserand utilise le peigne pour bien appuyer le dernier fil horizontal contre les autres. Et au fur et à mesure qu’on avance le tissu tissé s’enroule sur un enrouleur – ce qui fait que la tisserande ne voit pas l’ensemble du tissu avant d’avoir tout fini. Mais elle doit avoir une idée de son projet et le garder en tête, en se concentrant sur le travail présent. Il y a là une parabole, une illustration de la vie chrétienne. Et je vais m’arrêter sur 3 aspects.
Demander le baptême ou, dit autrement, être chrétien c’est choisir d’intégrer Dieu dans le tissage de ma vie, intégrer les fils de Dieu dans le tissu de ma vie. Paul illustre cela en disant : c’est Christ qui vit en moi, c’est Christ qui vit en vous. Concrètement : c’est ancrer notre vie en l’Amour que Dieu a pour nous; c’est l’ancrer dans Sa Grâce; c’est l’ancrer dans Sa Souveraineté (croire qu’il est le maître et que rien ne peut m’arracher de sa main). Ancrer ma vie en Jésus passe par la confiance et la gratitude par la prière et l’écoute de sa Parole, etc. Je tisse ma vie avec le Seigneur en laissant ces choses dessiner et colorer le tissu de ma vie. Son Amour qui me rassure, Sa Grâce qui me relève et me permet de toujours repartir à zéro face à mes échecs et mes péchés ; Sa Souveraineté qui nourrit ma confiance quand je traverse des difficultés. Et cela passe par l’écoute du Seigneur dans le silence : il me parle par sa Parole, il m’inspire, il m’encourage et me recadre. C’est la partie verticale de la vie chrétienne. C’est les paroles de vie de Jésus pour nous comme le chantait Do avec la chanteuse Eden. C’est intégrer dans ma vie Jésus mon protecteur, mon consolateur ; Jésus mon bouclier, mon roi, mon berger ; celui qui ouvres et personnes ne peut fermer, celui qui ferme et personne peut ouvrir ; Jésus qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas et qui transforme les rues sans issues en avenues nouvelles. Ce Jésus vit-il en toi ? Si tu examines ta propre vie, peux-tu dire que Jésus vit en toi ? Cela m’a frappé de voir que Paul résume ainsi la vie chrétienne : si Jésus vit en toi c’est que tu as la foi, s’il ne vit pas en toi, si sa présence en toi n’influe pas sur ta vie, sur ton comportement… c’est que ta foi est disqualifiée… Y a de quoi réfléchir… Es-tu conscient de la présence de Jésus en toi ? Si oui… ça devrait avoir une influence sur toi.
Et puis, il y a la partie horizontale.
Demander le baptême ou dit autrement, être chrétien c’est choisir de laisser Dieu nous intégrer dans son projet de tisser une communauté humaine à son image, selon sa volonté. Chacun d’entre nous représentant un fil d’une couleur différente. Jésus avait choisi 12 personnes pour les avoir tout près de lui et pour édifier le Règne de Dieu. Parmi eux, il y avait même celui qui allait le trahir. Comme si Jésus avait espéré qu’il ne le ferait pas. Comme si Jésus avait cru en lui assez fort pour qu’il ne le fasse pas. Ainsi Jésus crée l’Eglise, son Corps sur terre, tel un grand tissage fait de chacun et chacune d’entre nous, si différents les uns des autres. Inclure Jésus dans mon tissage de vie c’est aussi reconnaître au frère, à la sœur en Christ, que Jésus est dans son tissage à elle, à lui. C’est donc le traiter avec le respect dû à Christ-Jésus.
Quelqu’un, dont j’ignore le nom, a écrit ceci :
La communauté est comme un tissu qui s'élabore,
Un tissu dont je ne sais pas ce qu'il sera,
Mais qui, autour de nous, peu à peu se tisse…
(…). Dans ce tissu, je peux être un fil, un trait de couleur ...
Bleu profond ? Rouge éclatant,
Ou bien le fil de lin gris?
Cette troisième couleur, au dire des tisserands, est la plus importante:
Le gris neutre de tous les jours, Celui qui fait chanter le bleu profond et le rouge éclatant,
Celui qui est porteur d'harmonie.
N'avoir que ma propre couleur et de cela me réjouir, Pour qu'elle apporte la joie et non la rivalité… (…).
Et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas entrer avec nous dans l'ouvrage?
Irai-je, les précédant, leur faire place,
Pour qu'ils viennent librement de leurs propres couleurs se mêler au dessin?
Il y a une place pour tous.
Et chaque fil vient apporter une continuité.
Non seulement ceux qui sont à l'origine du travail et ont été tendus d'un support à l'autre, mais chaque fil.
Un fil vient à rompre ? Aussitôt le travail arrête, et les mains patientes des tisserands s'appliquent à le renouer.
Chaque fil, même le plus lumineux,
peut disparaître, tissé sous les autres.
Il est cependant là, non loin,
même si notre oeil, ne le perçoit plus ...
Dernier point brièvement : le tisserand ne voit pas l’œuvre finie avant de pouvoir l’enlever du métier à tisser et de pouvoir la dérouler : il travaille en se concentrant sur le moment présent, sur le travail présent… Ainsi sommes-nous appelés à rester fidèle au Seigneur sans tout comprendre, sans tout maîtriser, sans tout savoir à l’avance.
Jour après jour, nous ajoutons un fil d’obéissance et de confiance à notre vie, un fil d’humilité et d’accueil à nos relations avec autrui.
Jour après jour, nous accueillons les circonstances en les confiant à notre Seigneur-Sauveur Souverain.
Notre souci n’est pas ce que nous deviendrons, c’est d’être le disciple de Jésus fidèle juste aujourd’hui. Demain, on s’en occupera demain.
Un jour nous verrons l’œuvre final du tissage… lorsque Celui qui a donné sa vie par amour pour nous la décrochera du métier à tisser pour nous la faire contempler. Jusque-là, nous pouvons lui faire confiance qu’il travaille avec nous et en nous et parmi nous.
Amen.
