Le NP se termine par « car c’est à toi… ». C’est ce qu’on appelle une doxologie. Le mot doxologie vient du mot grec doxa qui signifie gloire. Le NP se termine donc par une louange à la gloire de Dieu. Pour l’anecdote amusante, savez-vous à quoi on reconnaît un catholique, un protestant et un orthodoxe dans une réunion œcuménique ? Écoutez comment ils terminent le NP : un catholique dit « pour les siècles des siècles », un protestant « aux siècles des siècles » et un orthodoxe « dans les siècles des siècles » ! Mais là n’est pas le plus important !

  1. La doxologie

    Cette doxologie n’apparaît que chez Matthieu, et encore, que dans certains manuscrits plus tardifs. Jésus ne l’aurait donc pas prononcé.  Elle a été ajoutée plus tard à une époque où on a commencé à dire le NP dans le cadre du culte.

    Ce n’était pas un type de prière si nouveau que cela. On en trouve déjà une en dehors des évangiles, dans la Didaché (enseignement des apôtres – fin 1er s : « Car c’est à toi qu’appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles »).

    De plus on avait pour habitude dans le judaïsme de terminer les prières (notamment dans le Kaddish) par de semblables doxologies. Au temps de Jésus il était habituel qu’un membre de la communauté prononce la prière et que la communauté l’achève par une doxologie dite en commun. Dans l’Ancien Testament, David prie dans 1 Chr 29,10-11 : « A toi Eternel, la grandeur, la puissance et la splendeur, l’éternité et l’éclat, ainsi que le règne, toi qui t’élèves souverainement au-dessus de tout ». Nous trouvons dans le Nouveau Testament d’autres doxologies notamment dans Jude 25 ou dans Ap 5,13 et 7,12 mais tournée vers le Christ-agneau de Dieu.

    2. Sens de cet ajout 

    a/ Il n’est pas dit « que le règne, la puissance et la gloire soient à Dieu ». Mais bien sont à Dieu. On passe d’un optatif à l’indicatif. Cette certitude se manifeste dans le petit mot « car ». Nous pouvons prier Notre Père avec confiance parce que le règne appartient déjà à Dieu. Nous affirmons notre confiance en l’actualité bien réelle du règne de Dieu : il est roi quand bien même sa royauté ne s’est pas encore manifestée dans toutes ses dimensions. De même la puissance est à Dieu depuis toujours. Et la gloire est à Dieu qui se manifeste dans la Bible de bien des manières et à plusieurs reprises. Si elle est cachée elle est bien réelle et elle est éternelle. Cette doxologie est donc aussi un appel à contester tous les faux règnes, les fausses puissances et les fausses gloires.

    b/ Nous avons demandé dans le NP tout ce dont nous avions besoin pour vivre et cette doxologie nous élève au-dessus de notre petite personne pour élargir notre regard aux dimensions d’un Dieu qui règne depuis toujours et pour toujours. Nous ne terminons pas une prière centrée sur nous ni sur le malin mais bien en étant tournés vers le Seigneur à qui nous redonnons la place qui lui revient c’est-à-dire la première et l’ultime.  Cette doxologie  permet donc le retour à la perspective initiale du NP à savoir la glorification de son nom, la venue de son règne et sa puissance.

    c/ Souvenez-vous : la dernière demande était « ne nous laisse pas…mais délivre-nous du mal ». On comprend qu’ils n’aient pas voulu terminer sur ces mots. On pourrait la comprendre comme un pur cri de détresse, l’expression d’une angoisse. Or, ce « CAR c’est à toi » vient atténuer cette impression. Cette doxologie vient nous détourner de nous-mêmes et nous rappeler qui a vraiment le dernier le mot dans cette histoire : ce n’est pas le malin, mais c’est bien le Seigneur à qui sont le règne, la puissance et la gloire !

    Cette doxologie est bien aussi une confession de foi. Nous confessons notre espérance que la victoire, au final, revient à notre Père et à son amour. Car… le dernier mot n’appartient pas au mal, mais au créateur et seigneur. C’est Dieu qui règne et non le mal, c’est Dieu qui possède la puissance décisive et non le mal, c’est à Dieu qu’est due la reconnaissance ultime, la gloire, et non au mal.

    d/ Cette doxologie nous replace aussi sur le chemin de l’humilité et de la modestie. Pourquoi ? En tant que fils et filles du Royaume, nous sommes des collaborateurs de l’œuvre de Dieu, partie prenante de ce projet, mêlés à ses projets. Or il peut arriver que les collaborateurs se prennent eux-mêmes pour le Patron qui les a embauchés ! Or tout est resté avant tout dans les mains du Père. Même si nous avons pu faire avancer un tant soit peu son règne en luttant contre des formes d’injustice notamment, c’est d’abord à lui que nous le devons ! C’est lui qui établit son règne, nous ne sommes pas les constructeurs de la nouvelle Jérusalem !

    C’est parce qu’il a régné en nous que nous avons pu agir avec amour. Il a régné en nous et donc nous avons pu manifester la puissance de son amour. Mais c’est à la puissance de son amour que nous le devons ! Nous ne pouvons tirer aucune gloire de cela puisque c’est à lui seul que revient cette gloire. La force qui nous a permis d’agir est aussi venue de lui.

    3. Règne, puissance et gloire

    Le Règne : lui seul est Seigneur et roi. Il faut rappeler cela car depuis toujours et aujourd’hui encore beaucoup de rois et dirigeants aux prétentions démesurées pensent que c’est à eux qu’appartient l’autorité suprême… Ils pensent que leur pouvoir durera pour toujours mais aucun pouvoir, aucun royaume, aucun empire n’a jamais duré éternellement. Aucun ! L’arrogance a été fatale pour beaucoup à commencer par  Nabuchodonosor (relisez Daniel) qui n’avait pas compris que la souveraineté ultime appartient au Dieu de l’Univers. Notre Père est l’unique souverain à qui tout et tous sont soumis. Dieu règne depuis toujours et pour toujours. Même si parfois on pourrait en douter, nous savons qu’il a le dernier mot dans l’Histoire.

    Puissance : Les pouvoirs humains sont obsédés par un pouvoir sans limite et assoiffés de toute-puissance. Dieu n’est pas un tyran avide de pouvoir dont la puissance opprime et domine. On parle ici de sa puissance de Père qui se déploie dans la justice, la sainteté et la grâce. Il est puissant dans sa capacité de créer, d’aimer, de pourvoir et bien sûr de libérer et de vaincre le mal. C’est à lui que revient et qu’appartient cette puissance et non pas à nous. Quand bien même nous avons pu contribuer à manifester cet amour et lutter contre le mal, cette force nous l’avons reçue de lui au service de son règne.

    Gloire : La gloire en hébreu c’est ce qui a du poids, le poids de son nom : en d’autres termes à lui la réputation, le nom, l’honneur. La gloire n’appartient qu’à Dieu. Nous lui rendons gloire pour son règne manifesté en Christ et qui vient, pour ses bienfaits (le pain, le pardon et la délivrance, le mal vaincu). A lui la gloire, car comme son pouvoir, elle est visible dans sa création (Ps 19,1) ; dans ce qu’il a fait pour son peuple (Es 66,18-19) et pour nous ses enfants ; et surtout elle s’est révélée et nous la contemplons en Jésus-Christ (Jn 1,14).

    Cette gloire lui revient ; elle est belle et éternelle contrairement à celle que recherche les hommes : une gloire éphémère, humiliante, mortifère et engendre suffisance et vanité. Celle de Dieu inspire au contraire respect et adoration. Elle se manifestera pleinement à la fin des temps lorsqu’il établira son règne de justice, de paix et d’amour. Tout vient de lui et sera pour lui ! Notre joie sera d’y participer. Pour cela et pour tout le reste nous lui rendons gloire par notre louange.

    Aux siècles des siècles : nous reconnaissons par cette formule la vanité de notre vie en comparaison de l’immensité et de l’éternité de Dieu. Quand nous faisons face au défaitisme ou au découragement n’oublions pas que notre Dieu a été, est et sera depuis toujours. Le règne, la puissance et la gloire de Dieu sont éternels comme Dieu lui-même. Ils précèdent la création, se voient dans la création et se poursuivront dans la nouvelle création là où nous vivrons parfaitement tout ce que nous aurons demandé dans le Notre Père. En attendant nous pouvons avec confiance redire le Notre Père depuis le début avec la certitude que nos demandes recevront une réponse favorable.

    Conclusion :  Cette doxologie est une réponse à toutes les demandes du NP. Son nom sera sanctifié, son règne viendra, sa volonté sera faite, nous ne manquerons pas du pain quotidien, le péché sera pardonné, nous ne serons pas vaincus dans la tentation, nous serons délivrés du malin. Par la foi nous le croyons : il en sera ainsi parce que nous sommes entre les mains de notre père à qui appartiennent le règne, la puissance et la gloire. Amen

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